Objets connectés, une autre relation à la maladie

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Lorsque Fanny Pergod a découvert ce système il y a deux ans et demi, elle a rapidement voulu l'essayer. Elle a acheté la petite boîte qui, on lui avait promis, allait mesurer son taux de glycémie en continu. Un changement radical pour cette nourrice de puériculture Haute-Savoie, âgée de 34 ans, habituée jusqu'ici à se piquer les doigts huit à dix fois par jour pour effectuer cette mesure.

Une fois installé, le nouveau capteur envoie les données collectées à la pompe à insuline, en ajustant automatiquement le traitement. "J'ai également programmé des alarmes pour que le capteur me prévienne s'il détecte une situation d'hypo ou d'hyperglycémie"elle explique. Dans un tel cas, la boîte vibre ou, si la situation est plus préoccupante, commence à sonner. "Par rapport à il y a trois ans, j'ai acquis beaucoup d'autonomie. Je suis moins fatiguée et je me sens moins malade."

"Les objets connectés conduisent à une standardisation de la médecine"

Comme elle, de plus en plus de personnes utilisent des appareils médicaux connectés. Outre les applications et les objets connectés qui ne sont pas considérés comme des dispositifs médicaux, tels que les applications conçues pour augmenter l'activité physique en calculant le nombre d'étapes par jour, les initiatives dans le secteur médical se multiplient ces dernières années. Glucomètres, neurostimulateurs, défibrillateurs … Tous ces objets constituent un marché considérable.

Une genouillère en relation directe avec votre physiothérapeute

La société Arnaud Pioli, Panda Orthopaedics, est l’un des exemples de ce secteur en plein essor. Basé à Marseille, le jeune homme, diplômé de l'École Polytechnique en 2016, a mis au point une attelle de genou connectée. Avec deux capteurs, l'objet permet à ceux qui l'utilisent d'effectuer des exercices de rééducation prescrits par des physiothérapeutes. "Ce système permet au patient de se surveiller lorsqu'il n'est pas chez son physiothérapeute", explique l'ingénieur, qui a eu l'idée de créer ce produit après avoir observé son grand-père souffrant d'arthrose du genou.

Au cours d'un exercice, les capteurs placés sur l'interrupteur à bascule transmettent à un logiciel un "score de réussite" qui peut être consulté en direct sur le téléphone du patient et sur son fournisseur de soins. "Il indique au physiothérapeute si la personne a été capable de faire les exercices et lui permet d'adapter le traitement en fonction de ces données. Par exemple, lors de la rupture d'un ligament croisé, l'objectif est de réduire le temps de rééducation, développe Arnaud Pioli. Actuellement en phase de test, le produit devrait être commercialisé, sur ordonnance, à partir de septembre.

Efficacité clinique et amélioration de la qualité de vie

Il reste à voir comment évaluer l'efficacité de tels produits. Pour répondre à cette question, la Haute Autorité de la Santé (HAS) a publié en janvier un guide à l’usage des fabricants, fixant les conditions de remboursement de ces auxiliaires médicaux d’un nouveau type. Parmi les critères évoqués: l'efficacité vis-à-vis de la maladie elle-même, mais aussi l'amélioration de la qualité de vie, l'acceptabilité et la satisfaction du patient ou des soignants.

"Nous devons faire la distinction entre innovation technologique et innovation clinique", dit le professeur Alain Bernard. Chef de l'unité cœur-vaisseaux-poumons de l'hôpital universitaire de Dijon, membre depuis 2005 de la commission de la HAS chargée de l'évaluation des dispositifs médicaux, il invite à "Posez les bonnes questions" bien juger ces appareils connectés. "Ce produit empêchera-t-il le patient de nouvelles hospitalisations? Améliorera-t-il sa qualité de vie?", interroge ce spécialiste. On ne doit pas faire croire au patient que la technologie transformera sa vie comme une baguette magique. En fait, nous ne savons pas. "

Equipement pour les patients … et les hôpitaux

Les diabétiques veulent nier les clichés

Il poursuit: "De tous les fichiers que je peux voir dans HAS, ces appareils connectés sont plutôt marginaux. Par contre, en tant que praticien, je suis très recherché par les industriels qui offrent en permanence des outils connectés à l'hôpital." Surveiller le pouls, la saturation, la tension … En cardiologie, les objets connectés se sont en effet multipliés.

"Lorsque nous nous mesurons constamment, nous sommes amenés à fixer des objectifs qui peuvent beaucoup nous inquiéter, ce qui peut générer plus d'inquiétude que toute autre chose", explique Véronique. Tout comme Fanny Pergod, cette diabétique de 35 ans a essayé d'utiliser un glucomètre, mais à ses yeux, l'appareil s'est avéré décevant. "Tout d'abord, le capteur était incapable de fournir des données fiables. Ensuite, placé sur mon bras, il a rendu ma maladie visible, alors que je ne le souhaite pas, pour des raisons professionnelles", poursuit la jeune femme.

Un "engouement" pour les diabétiques

"Nous ne pouvons évaluer ces dispositifs uniquement sur la base de ce qu'ils apportent d'un point de vue strictement médical", Caroline Guillot, sociologue et responsable du "Labo Diabète" de la Fédération Française des Diabétiques. Elle trouve un vrai "Engouement", chez les diabétiques, autour des appareils connectés.

"Nous devons être en mesure de prendre en compte des éléments plus subjectifs, tels que l'expérience du patient", Elle continue. Dans un article publié dans le Anthropologie de la connaissance (1), ce chercheur insiste notamment sur la manière dont les appareils connectés peuvent réduire ou atténuer les contraintes liées à l’autosurveillance, ainsi qu’à l’amélioration de la connaissance de soi.

Evolution de la relation médecin-patient

Internet bouleverse la relation médecin-patient

Mais au-delà de ces deux éléments, Caroline Guillot observe que ces appareils connectés modifient la relation des patients à leur maladie. "Il y a un double mouvement. D'une part, ces outils ont permis, en 2014, de rendre le diabète plus discret pour de nombreux patients, qui ne pouvaient plus se cacher de leurs empreintes digitales. Mais, d'autre part, de plus en plus de patients leurs résultats sur les réseaux sociaux, et font de ces mesures l’équivalent d’un signe de ralliement. "

L'obtention de ces mesures modifie également en permanence la relation entre le patient et son médecin, explique le sociologue. "Hier, le patient est allé voir son médecin tous les trois mois et lui a remis son livre de glycémie sur lequel il avait noté toutes ses mesures. Aujourd'hui, ils tentent de comprendre ensemble les données collectées par les appareils. Des patients et des médecins sont entrés une forme de codécision ".

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► Augmentation des ventes

180 000 dispositifs médicaux connectés ont été vendus en France en 2017, selon une étude de GfK. Cela représente une augmentation de 57% par rapport à l'année précédente.

Nous différencions dispositifs médicaux connectés (DMC) et objets de santé connectés (OCS). Un DMC est un instrument, logiciel ou équipement destiné à être utilisé à des fins diagnostiques ou thérapeutiques. Par ailleurs, la notion d’OCS est plus large, car elle inclut des objets destinés à contribuer au bien-être de son utilisateur.

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