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Mise à jour orale intermédiaire du HCDH sur la situation des droits de l’homme au Bélarus (23 septembre 2022) – Bélarus

LIVRÉ PAR Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire par intérim des Nations Unies aux droits de l’homme
À la 51e session du Conseil des droits de l’homme
LIEU Genève, Palais des Nations, Salle XX

Président distingué
Excellences
Collègues,

Je me réjouis d’avoir l’occasion d’informer aujourd’hui le Conseil de la situation des droits de l’homme au Bélarus, conformément à la résolution 49/26.

L’examen par le HCDH de la situation des droits de l’homme au Bélarus à l’approche de l’élection présidentielle de 2020 et au lendemain de celle-ci se poursuit, les informations relatives aux violations présumées au Bélarus étant largement documentées et conservées.

Deux ans après les élections présidentielles contestées d’août 2020, le climat de répression se poursuit avec une détérioration de la situation des droits humains, impliquant de graves violations des droits civils et politiques et une impunité endémique.

Nous observons une répression massive de la société civile, des médias, de l’opposition politique, des syndicats et, plus généralement, de l’exercice des droits à la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique et de participation aux affaires publiques.

Depuis la dernière mise à jour de mon bureau en mars, le nombre de personnes détenues pour ce que le HCDH a des motifs raisonnables de croire être des accusations à motivation politique est passé à 1 296, contre 1 085 comme indiqué en mars. Cela comprend des candidats de l’opposition, des militants politiques, des défenseurs des droits de l’homme, militants, journalistes et manifestants.

Les autorités perquisitionnent les locaux des organisations de la société civile et les domiciles des défenseurs des droits de l’homme et procèdent à des arrestations et détentions arbitraires, souvent pour des accusations liées à des activités « extrémistes », à l’évasion fiscale, à l’ordre public, à l’implication dans les activités d’organisations non enregistrées, à l’insulte à des agents publics, et même haute trahison. Depuis août 2020, au moins 370 organisations ont fait le choix difficile de fermer leurs portes, pour éviter d’éventuelles poursuites pénales. Plus de 634 organisations ont été ou sont en cours de dissolution par les autorités, dont pratiquement tous les groupes de défense des droits de l’homme travaillant dans le pays.

En juillet 2022, la Cour suprême a dissous le Congrès biélorusse des syndicats démocratiques ainsi que ses quatre organisations membres, démantelant ainsi le mouvement syndical indépendant.

Presque tous les médias indépendants sont qualifiés de « formations extrémistes » et interdits, ce qui les oblige à fermer ou à délocaliser des rédactions à l’étranger, contre un seul avant l’élection présidentielle de 2020. Des centaines de chaînes de médias sociaux et de blogs ont également été interdits.

Les modifications troublantes de la loi sur la lutte contre l’extrémisme permettent un nombre croissant de poursuites contre des dissidents. Selon la commission d’enquête, entre le 9 août 2020 et le 1er juillet 2022, plus de 11 000 affaires pénales liées à « l’extrémisme » ont été ouvertes, avec des peines pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Nous avons reçu des informations faisant état de personnes faisant face à de telles accusations simplement pour s’être abonnées à des groupes sur des réseaux sociaux ou des chaînes Telegram, ainsi que pour avoir affiché des symboles blanc-rouge-blanc, y compris dans des maisons et des zones privées. Ces mesures soulèvent de sérieuses inquiétudes quant au respect des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.

Les procès contre des membres de l’opposition politique, des militants de la société civile, des manifestants, ainsi que des personnes arrêtées à proximité des manifestations et des journalistes, se déroulent à huis clos, au mépris de la procédure régulière et du droit à un procès équitable. De récents amendements au Code de procédure pénale instituant des poursuites pénales spéciales (par contumace) contre des personnes qui se trouvent hors du Bélarus sapent davantage les garanties d’un procès équitable et d’une procédure régulière.

Les amendements apportés au Code pénal étendant la peine de mort aux « tentatives d’actes de terrorisme et aux meurtres de fonctionnaires ou de personnalités publiques » sont particulièrement préoccupants. Des dizaines de militants politiques ont déjà été inculpés de ces crimes. Conformément à notre position générale de principe sur la question de la peine de mort, je demande instamment un moratoire immédiat sur l’application de la peine de mort, en tant qu’étape vers l’abolition légale de cette peine, ainsi qu’un calendrier précis pour un examen complet de celle-ci.

En outre, aucune enquête véritable et impartiale n’est en cours sur les allégations de torture et les cas de décès. Au contraire, nous continuons de recevoir des informations crédibles selon lesquelles les autorités harcèlent et intimident les personnes qui demandent justice en rapport avec de telles allégations, y compris les proches des victimes, ce qui porte encore plus atteinte à l’état de droit et au système judiciaire.

Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de fuir vers les pays voisins. Les impacts de la répression sur les droits humains, en particulier sur les femmes, les enfants et les personnes handicapées, sont particulièrement préoccupants. Des informations font également état de saisies d’actifs et d’expulsions illégales de proches de ceux qui ont quitté le pays.

Le retrait du Bélarus de la convention d’Aarhus de la CEE-ONU est une étape regrettable. Tout aussi préoccupant est le projet de loi soumis par le Conseil des ministres à la Chambre des représentants visant à dénoncer le Protocole facultatif se rapportant au Pacte relatif aux droits civils et politiques. S’il était adopté, il diminuerait encore la protection effective des droits de l’homme en supprimant le droit important de toute personne au Bélarus de soumettre des communications individuelles au Comité des droits de l’homme.

Monsieur le Président,

Je saisis cette occasion pour reconnaître et remercier tous ceux – victimes, survivants et autres – qui ont partagé leurs expériences avec notre Bureau.

Je réitère notre appel au Gouvernement du Bélarus pour qu’il accorde un accès sans entrave à notre Bureau, afin de nous permettre au mieux de nous acquitter du mandat du Conseil. J’appelle également le gouvernement à libérer immédiatement tous les prisonniers arrêtés, inculpés ou condamnés pour des motifs politiques, et à cesser toutes les autres violations des droits de l’homme en cours, y compris la répression systématique de la société civile, des médias indépendants et des groupes d’opposition.

Je demande instamment que des enquêtes rapides, efficaces, transparentes et indépendantes soient menées sur toutes les violations des droits de l’homme ou crimes passés en vertu du droit national ou international, avec la mise à disposition de recours appropriés. La communauté internationale devrait poursuivre ses appels au Gouvernement, publiquement et bilatéralement, pour qu’il s’acquitte de ses obligations internationales en matière de droits de l’homme, notamment en luttant contre l’impunité.

Je suis reconnaissant pour l’engagement et le soutien continus à l’examen du HCDH par les trois experts – Mme Karinna Moskalenko, Mme Susan Bazilli et également Mme Monika Platek qui a remplacé M. Marko Milanovic – et par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le Bélarus. Le Bureau présentera un rapport détaillé et des recommandations à la prochaine session de ce Conseil.

Merci.

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