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L’UE va-t-elle exploser à cause de l’Ukraine ?

La division entre les pays qui veulent la paix et ceux qui veulent avant tout une victoire de l’Ukraine pourrait conduire à une explosion interne à l’Union européenne. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a défendu cette thèse dans une interview au journal français Le Figaro. Après une rencontre avec le président français Emmanuel Macron à Paris, il a déclaré que l’Allemagne et la France devraient davantage écouter les pays d’Europe centrale et orientale.

CHIFFRE: Vous avez rencontré Emmanuel Macron lundi. Que lui avez-vous dit et que lui avez-vous demandé ?

Mateusz MORAVECKI : Nous avons discuté du contexte géopolitique, de l’agression russe en Ukraine, comment l’arrêter au plus vite et forcer les troupes russes à se retirer. Mais nous avons également discuté des effets indirects de la guerre, en particulier le chaos du marché de l’énergie et l’inflation. Ce sont les défis d’aujourd’hui, nous devons y répondre et trouver des solutions. J’appelle également Emmanuel Macron à suspendre pendant un certain temps l’ETS (EU Emissions Trading System) pour créer un répit pour les économies européennes. Comment rendre le système énergétique européen durable et souverain, mais aussi comment mieux aider l’Ukraine à ne pas succomber au chantage russe ? Nous partageons tous deux l’idée que les capacités militaires de l’Union européenne et de chacun de ses pays doivent être renforcées.

CHIFFRE: Comment jugez-vous la politique russe d’Emmanuel Macron ?

M MORAVECKI : Nous avons des divergences sur le conflit, mais nous pensons tous les deux que l’unité de l’Europe doit être protégée car c’est une condition préalable à l’adoption de sanctions supplémentaires. Sans l’unanimité des vingt-sept, rien ne se passera. Donc mon but est d’essayer de trouver un dénominateur commun.

FIGARO : A-t-il raison de continuer à parler à Vladimir Poutine ?

M MORAVECKI : Je pense qu’il devrait parler davantage avec Vladimir Zelensky, dont la position est extrêmement difficile et qui fait tout pour préserver la souveraineté de son pays et le défendre contre cette agression brutale et barbare. A mes yeux, Zelensky mérite tout le soutien de la France, car il se bat pour les valeurs européennes les plus importantes, pour la liberté, la justice, la souveraineté. Il doit être le premier destinataire des appels téléphoniques de l’Elysée.

FIGARO : Si la Pologne était présidente de l’UE à la place de la France, que feriez-vous différemment de Macron vis-à-vis de la Russie ?

M MORAVECKI : Les Européens disposent de deux types d’armes contre la Russie : les sanctions et le soutien à l’Ukraine. Dans ces deux domaines, j’essaierais de faire plus. Je suggérerais de confisquer les avoirs des oligarques russes et de la Fédération de Russie. Il s’agit de plus de 300 milliards d’euros. C’est ce que la présidence française n’a pas proposé, et pourtant ce genre de sanctions pourrait bel et bien menacer la Russie. Alors le Kremlin comprendra que nous utiliserons toutes nos forces pour protéger la liberté de l’Europe. Nous venons de geler les avoirs. Et les actifs peuvent valoir encore plus dans quelques années, donc le gel seul ne suffit certainement pas. Une vraie action serait de les confisquer et de les utiliser pour réduire les coûts de l’énergie pour les contribuables français, allemands ou polonais… Et ainsi mettre fin au chantage de la Russie sur les pays européens. J’accorderais également une priorité encore plus élevée au soutien militaire et financier à l’Ukraine. Vladimir Poutine veut saper l’existence de l’État ukrainien et provoquer son effondrement. Nous devons avoir notre contre-politique contre cette intention de lui, et actuellement nous faisons trop peu trop tard.

FIGARO : Le clivage entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest peut-il être surmonté ?

M MORAVECKI : Il est naturel que les pays situés sur le flanc oriental de l’OTAN comprennent bien mieux la Russie que des pays comme la France, plus éloignés géographiquement ou ayant des liens traditionnels avec elle, voire une certaine inclination naturelle vers Moscou. Dans un tel contexte, il est important que la France et Emmanuel Macron discutent plus souvent avec nous, mais aussi avec la Lituanie, la Finlande et d’autres pays d’Europe centrale.

FIGARO : Que nous apprend la guerre en Ukraine sur l’Europe et les Européens ?

M MORAVECKI : Nous voudrions tous vivre en paix et avoir des relations commerciales pacifiques, y compris avec une Russie démocratique. Mais la réalité est différente, il n’y a pas que de bonnes personnes sur Terre. Pas seulement des pays bons, normaux et démocratiques. La Russie nous a déjà fait sortir brutalement de ce rêve géopolitique à plusieurs reprises. C’est pourquoi ce moment est capital dans l’histoire moderne du monde. C’est aussi un moment de vérité pour l’Europe.

FIGARO : L’automne arrive, et avec lui la peur de l’inflation et des pannes d’électricité. La division entre les pays qui veulent la paix et ceux qui veulent avant tout une victoire de l’Ukraine pourrait-elle un jour conduire à une explosion interne à l’Union européenne ?

M MORAVECKI : Le moyen le plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette guerre. Et la propagande russe, il faut le savoir, va se développer très intensément en Occident pour tenter de convaincre l’opinion publique et les dirigeants qu’il est possible de mettre fin à la guerre et de revenir au “business as usual”. Alors oui, cette menace d’implosion existe. C’est pourquoi il est si important de maintenir un dialogue les uns avec les autres, de trouver des compromis et un dénominateur commun.

FIGARO : Comment imaginez-vous la fin de l’histoire pour la Russie ? Effondrement de l’armée russe ? Un soulèvement populaire ? Quels sont vos différents scénarios ?

M MORAVECKI: L’histoire ne se termine jamais et de temps en temps des choses imprévisibles se produisent. Parfois rien de remarquable ne se passe pendant des décennies, et puis soudain on assiste à une éruption de liberté ou, au contraire, à une flambée de violence dans le monde. L’Union européenne, avec son économie forte, doit être capable de faire preuve de résilience. Vladimir Poutine ne fera que s’affaiblir. Même les dictateurs et les régimes totalitaires sont vulnérables aux humeurs des sociétés, et personne ne peut dire combien de temps la société russe restera forte et saine. Il ne peut être exclu qu’un jour se produisent des événements qui semblent imprévisibles aujourd’hui. Je crois aussi que la récente attaque contre la fille d’Alexander Dugin, un ami proche de Vladimir Poutine, est une provocation lancée par les Russes. On sait de quoi le FSB et les Russes étaient capables pendant la guerre en Tchétchénie et combien d’opposants, mais aussi d'”amis” politiques du président Poutine ont été éliminés. Par conséquent, je pense que tous les scénarios doivent être envisagés.

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