L’obélisque de Louxor fait peau neuve à Paris

Son granit rose va « retrouver tout son éclat ». L’obélisque de Louxor, qui trône au centre de la place de la Concorde à Paris, « demeure dans un bon état général », assure la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Mais « altéré en surface par la pollution et la météo », le plus ancien monument de la capitale « méritait » un bon nettoyage en cette année du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion.

La restauration du monolithe de 23 mètres taillé à Assouan (Égypte) sous le règne de Ramsès II au XIIIe siècle avant Jésus-Christ, désormais enserré dans un large échafaudage recouvert d’une bâche, va tout juste débuter. Elle est préparée depuis des mois avec le mécène Kärcher, entreprise célèbre pour ses nettoyeurs haute pression, mais aussi habituée aux opérations patrimoniales.

Nettoyage par microsablage

L’obélisque de Louxor, offert par l’Égypte à la France, a été érigé sur la place de la Concorde, au cœur de Paris, en 1836. Le monolithe, haut de 23 mètres pour quelque 222 tonnes, a été taillé dans le granit rose d’Assouan au XIIIe siècle avant notre ère, sous le règne du pharaon Ramsès II. Il est couvert de hiéroglyphes sur ses quatre faces. © Daniel Fouray / Ouest-France

Sous l’œil attentif de l’architecte en chef François Chatillon, elle suivra des « protocoles stricts validés » par le laboratoire de recherches des monuments historiques du ministère de la Culture. Pour l’obélisque lui-même, « on va d’abord consolider des parties fragiles en injectant un produit (silicate d’éthyle), explique Laurent Roturier, directeur de la Drac Ile-de-France. Cela pour éviter qu’elles ne tombent lors du nettoyage par microsablage, c’est-à-dire par l’envoi de particules de sable à basse pression ».

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Une technique « douce permettant d’enlever les salissures sans abîmer la pierre », précise-t-il, ajoutant qu’une fissure à la base du fût quadrangulaire, qui « existe depuis l’origine reste toujours sous surveillance mais n’évolue pas ». Le pyramidion en tôle de bronze laminé et doré à la feuille d’or qui coiffe le monument depuis seulement 1998 « sera juste nettoyé à l’éponge ». Et de la vapeur d’eau sera utilisée pour le piédestal, réalisé avec du granit issu des carrières de l’Aber-Ildut (Finistère). Le chantier doit durer environ six mois.

Des hiéroglyphes « très travaillés »

photo vincent rondot, le directeur du département des antiquités égyptiennes au louvre examine de près des hiéroglyphes de l’obélisque de granit rose qui fait être entièrement restauré.  ©  philippe mirkovic / ouest-france

Vincent Rondot, le directeur du département des antiquités égyptiennes au Louvre examine de près des hiéroglyphes de l’obélisque de granit rose qui fait être entièrement restauré. © Philippe Mirkovic / Ouest-France

L’ensemble va « s’éclaircir de manière assez spectaculaire », note Isabelle Morin-Loutrel, conservatrice générale du patrimoine à la Drac, qui peut examiner de près, sur une plateforme de l’échafaudage, les « hiéroglyphes très travaillés » ornant les quatre faces de l’obélisque. Apparaissent « des détails très fins », invisibles depuis le sol : plumages d’oiseaux, le visage des personnages, plis de leurs vêtements, etc. Un « travail remarquable », relève également Vincent Rondot, directeur du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre.

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On peut voir sur le sommet du monolithe des représentations de Ramsès II « faisant une offrande à Amon-Ré, le roi des dieux, coiffé d’une couronne à mortier surmontée de deux hautes plumes verticales », détaille un égyptologue, évoquant aussi des inscriptions sur le monument : « La justice de Ré (le soleil) est puissante ». Et encore « Je te donne le bonheur parfait ». Ou « je te donne la santé parfaite ».

« Messages incantatoires à la glorification du souverain »

photo détails de hiéroglyphes sur l’obélisque de la concorde.  ©  philippe mirkovic / ouest-france

Détails de hiéroglyphes sur l’obélisque de la Concorde. © Philippe Mirkovic / Ouest-France

« Un obélisque est destiné par définition à porter des messages incantatoires à la glorification du souverain, ici Ramsès II, et des dieux du temple où il est installé, explique Vincent Rondot. C’est par cette glorification que le souverain est capable d’honorer les dieux. De remplir son rôle de seul prêtre de l’Égypte. Il les honore et ce faisant il protège le monde, poursuit-il. On est dans une civilisation polythéiste qui fait que le panthéon divin irrigue tout le monde sensible. Il n’y a rien qui ne soit divin, y compris les hiéroglyphes. C’est pourquoi ils sont si perfectionnés. »

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Le monolithe de 222 tonnes s’élevait au côté d’un autre, toujours en place, devant l’entrée du temple d’Amon à Louxor, sur les bords du Nil. Les deux avaient été offerts à la France en 1830 par le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, en remerciement des travaux du spécialiste des langues anciennes, Jean-François Champollion.

Plus de deux années, avec la construction d’un bateau spécialement conçu, ont été nécessaires pour ramener le seul obélisque qui rejoindra Paris en 1833, la France n’ayant renoncé officiellement qu’en 1981 à prendre possession du deuxième. Il est érigé en grande pompe au centre de l’immense place entre Champs-Élysées et jardin des Tuileries, comme le souhaitait le roi Louis-Philippe, le 25 octobre 1836. Quelque 200 000 parisiens assistent alors à la spectaculaire opération, racontée par des gravures dorées sur le piédestal du monument.

photo le pyramidion qui coiffe l’obélisque de louxor est recouvert de feuilles d’or.  ©  philippe mirkovic / ouest-france

Le pyramidion qui coiffe l’obélisque de Louxor est recouvert de feuilles d’or. © Philippe Mirkovic / Ouest-France

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