Lienemann-Mélenchon, quarante ans d'amitié très combative

Lienemann-Mélenchon, quarante ans d'amitié très combative

Elle n'a pas fini le "Chasse". Marie-Noëlle Lienemann a annoncé samedi son départ du Parti socialiste pour se rapprocher de son ex-camarade Jean-Luc Mélenchon et de son insubordonné France. Quarante ans que ces deux-là se connaissent, se mesurent, se fréquentent, s'en vont et se retrouvent. De Massy dans l’Essonne en passant par le gouvernement de Lionel Jospin pour ensuite vivre séparés, l’un dans la minorité PS, l’autre comme porte-parole du Front de gauche et de la France insubordonnée. L'histoire politique compte pour les couples qui se séparent. Mais qui réconcilie, plus de dix ans après une rupture, c'est plutôt rare. Surtout quand on a commencé par se détester.

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Quand le jeune Mélenchon est recruté par Claude Bourgon, maire de Massy, ​​et arrive dans l'Essonne fin août 1978 avec ses meubles en bois brut du Jura, il reçoit comme premier "mission" de "Se dégager" Lienemann. Jeune rocardienne, elle est alors, à 27 ans, l'adversaire interne de l'édile qui est, lui, proche de François Mitterrand. Formé, lors de ses études à Besançon, auprès des trotskystes lambertistes de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), Mélenchon – un mois son junior – est chargé de constituer une petite armée de "Faire la peau Marie-Noëlle". "Albacore était complètement déprimé! Ultramarine! Mélenchon s'est souvenu de 2011 lors d'une série d'interviews pour la biographie que nous lui avions donnée. Le premier vote auquel j'ai assisté: trois votes pour lui et tout le reste pour Lienemann! "

Fourmis, cafards et Lienemann

La "tâche" de Mélenchon est simple: "Recruter des gens, produire un discours politique, surveiller" le rocardien. Le jeune Mitterrandien passait son temps, "matin midi et soir", faire des cartes de fête. Mais le "tâche" s'avère impossible: en 1979, Lienemann prit l'investiture socialiste pour le canton et non pour un membre de sa famille. "Pourtant nous avions tout fait pour le planter, se souvient Mélenchon. Y compris avec les moyens les plus injustes possibles! Je ne vivais pas, je passais mon temps à essayer de la battre mais je refusais toujours les astuces concernant la vie privée. Je dois dire que c’était une crevasse de Marie-Noëlle … Elle vous poursuivait en enfer! Après le désastre atomique, il y aura des cafards, des fourmis et Marie-Noëlle Lienemann! " Mélenchon a toujours soupçonné son camarade d'avoir, avant de prendre sa carte au PS, "Pabliste", ce courant trotskiste proche des idées libertaires et d'autogestion qui rejoindront en 1977 le Parti socialiste unifié de Michel Rocard.

Demandé pour le même travail, le sénateur de Paris a raconté à l'époque la "Pouilles" avec Mélenchon: "Nous nous sommes fait face, Elle a raconté. Il bourre, je bourre. Je crée une radio, il en lance une autre. Il volait une association, j'en prenais une autre. " Cette compétition amène cependant les deux militants de la même génération à sympathiser. Pour une raison stupide: Mélenchon n’a pas de permis de conduire. C'est donc Lienemann qui l'a envoyé à des réunions fédérales ou nationales avant de se réunir, après 1985, sur les bancs du Conseil général. L’avenir rebelle aime rappeler que ce scientifique l’a initié "Principe d'incertitude" alors qu'à l'époque il n'était que"Un déterministe enragé". Lienemann aime aussi souligner qu’elle est à l’origine des idées de Mélenchon dans un travail qu’il se présente comme un "Base de sa pensée" : Conquérir le chaos publié en 1991.

Trio avec Dray

La mitterrandie remercie les deux fauteurs de troubles: l'un devient sénateur en 1986, l'autre membre du Parlement européen en 1984 puis député de l'Essonne en 1988. Déjà allié à Julien Dray dans un petit courant appelé "La nouvelle école socialiste" (NDA) depuis 1986, Jean-Luc Mélenchon finit par faire affaire avec Lienemann. En 1991, les trois parlementaires font partie de la poignée de socialistes à voter "contre" Intervention militaire française dans la guerre du Golfe. En août de la même année, dans une salle de cinéma de Hérouville avant la célébration officielle de ce mariage politique devant 300 militants à Val-de-Reuil, les trois voleurs et leurs lieutenants ont fondé l'actuelle "Gauche socialiste" (GS) qui va marquer le PS.

Marie-Noëlle Lienemann (à droite), Jean-Luc Mélenchon (c.) Et Julien Dray (à gauche), à ​​la Convention pour la VIe République, le 8 novembre 1992 à Paris.

Marie-Noëlle Lienemann (à droite), Jean-Luc Mélenchon (c.) Et Julien Dray (à gauche), à ​​la Convention pour la VIe République, le 8 novembre 1992 à Paris. (Photo François-Xavier Marit, AFP)

Un nombre important de dirigeants politiques de gauche ont été formés. France: Alexis Corbière, ancien ministre de l’Écologie, Delphine Batho, scénariste du baron Noir, Eric Benzékri, ancien député de Paris – désormais proche de Benoît Hamon – Pascal Cherki, ou l’ancien candidat du maire Patrick Mennucci à Marseille … Le courant est marqué par le tandem Dray-Mélenchon. Lienemann est là pour atténuer les tensions entre les deux hommes alpha. "J'ai souvent convenu avec Jean-Luc de ralentir l'ardeur de Julien", dit-elle en 2011. Du trio, c'est Lienemann qui, d'abord, est appelé au gouvernement. En avril 1992, Pierre Bérégovoy a été nommée secrétaire d’État au logement.

Avec son statut d’aile gauche du parti et ses 10% de participation aux congrès, le "GS" fait et défait les premiers secrétaires du PS. D'abord Fabius, puis Rocard après la débâcle législative de 1993 et ​​son "big-bang". Lienemann reste toutefois réservé à l’idée de faire alliance avec le représentant de la deuxième gauche. Ce sera ensuite Emmanuelli, Jospin … En mars 2000, Mélenchon est nommé ministre délégué à la formation professionnelle au sein du gouvernement de gauche plurielle. Lienemann l’a rejoint à l’automne pour occuper son poste au logement. Les deux auraient pu continuer à grimper sans la chute de la maison Jospin le 21 avril 2002.

"Populiste de gauche"

Une fois le séisme digéré, les chemins des deux camarades divergent. GS est dissous. D'abord avec Emmanuelli, Mélenchon choisit de combattre le leadership du PS, puis de faire campagne contre le traité constitutionnel européen de 2005, avec le noyau des fidèles de son club de l'époque "Pour la République sociale" (PRS) et d'autres "anti-libéraux". forces telles que le Parti communiste, Olivier Besancenot ou José Bové. Il prend un chemin qui le conduit à quitter le PS pour fonder le parti de gauche en 2008.

Pour sa part, Lienemann joue la partition plus classique de l'aile gauche: jouer le rôle de stimulant de la direction du PS, dirigé par François Hollande et Martine Aubry devant Harlem Desire et Jean-Christophe Cambadélis. Un coup avec Henri Emmanuelli, puis avec Benoît Hamon ou Emmanuel Maurel. Elle ne croyait pas, à l'époque, la possibilité pour Melenchon de sortir sans le PS et le montant en privé d'envoyer des signaux à son ancienne famille plutôt que de les insulter – afin d'empêcher le rassemblement de la gauche – ou de jouer "Le populiste est parti".

Si Mélenchon, après son départ du PS, a coupé les ponts avec de nombreux anciens camarades, cela n’a jamais été le cas avec "Marie-Noëlle". Et surtout depuis le mari du sénateur, il a rejoint le PG et le Front de gauche. Tout le monde prend des nouvelles les uns des autres, sonde le camp d'en face. Ils discutent de l’état de la social-démocratie en France et en Europe, de ce qui reste du PS, de la "République sociale" dont ils ont toujours partagé le projet, sur ce "Populisme de gauche" ce qui rend Lienemann malheureux, discutez des avantages de la stratégie de chacun. Remplacez le PS et prenez le pouvoir de l'extérieur pour l'un, transformez-le et prenez-le de l'intérieur vers l'autre …

Il y a un an, Marie-Noëlle Lienemann a été vue dans son grand bureau en tant que vice-présidente du Sénat pour interroger à nouveau Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois après les 19% de son ex-camarade à l'élection présidentielle, elle se demandait: "Il est face à un choix. Que veut-il être? Le président de la République française parce qu'il pense que la France a un rôle historique majeur à jouer dans une période historique sombres? Ou un grand leader des courants de reconquête du des gens par la gauche? Il ne fait aucun doute qu'il doit hésiter entre les deux "elle a analysé. Les signaux de celui qui avait autrefois pour tâche de "libérer" finirent par convaincre Lienemann de quitter un parti socialiste qu'elle n'avait jamais imaginé quitter. Elle dit qu'elle est "Arrivez au bout de la route". Celui avec Mélenchon n'est pas fini.


Lilian Alemagna

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1 Comment

  1. Le maire de Massy (Essonne) s’appelait Claude GERMA. Merci de corriger.

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