Les victimes de phishing s’allient contre Argenta

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Une nouvelle action collective des clients d’Argenta victimes de phishing alimente le débat sur l’attitude des banques belges face à la fraude sur Internet.

Une trentaine de clients d’Argenta qui se disent braqués par des hameçonneurs vont ensemble saisir la justice pour exiger que la caisse d’épargne anversoise indemnise leur préjudice. Les hameçonneurs sont des escrocs qui volent des informations financières par le biais de messages trompeurs.

L’essence

  • Un groupe d’une trentaine de clients d’Argenta victimes d’hameçonnage poursuit la banque anversoise pour obtenir réparation.
  • Argenta ne veut pas récupérer les pertes car il y aurait faute grave, disent les victimes. Ils nient cela et prétendent qu’Argenta a elle-même commis des erreurs.
  • Argenta n’est pas la seule banque à être en désaccord avec ses clients à propos du phishing. Il existe plusieurs procès dans lesquels les clients demandent une compensation à leur banque. Mais selon le collectif Argenta, il s’agit de la première réclamation collective contre une banque.

Les clients dupés affirment avoir été braqués ensemble pour 600 000 euros. Ils veulent récupérer ce montant auprès de leur banque, mais ils ne le donnent pas chez eux. Selon les clients volés, Argenta dit que c’est entièrement de leur faute et qu’il y a faute grave. Selon ce raisonnement, les clients ont délibérément transféré leur argent aux hameçonneurs. Dans ce scénario, la banque n’est pas légalement responsable et l’argent ne doit pas être remboursé.

Argenta souhaite engager des discussions avec les clients, mais sur une base individuelle. “En tant qu’établissement de crédit agréé, Argenta est soumise à des obligations de confidentialité strictes envers ses clients”, a déclaré la banque dans une réponse. Par conséquent, il ne peut s’adresser qu’aux clients eux-mêmes ou à des représentants expressément désignés par eux.

Les clients lésés poursuivent Argenta et demandent au tribunal que la banque indemnise toujours leurs dommages. Lors d’une action symbolique, la convocation a été remise jeudi après-midi au siège d’Argenta à Anvers. Selon les initiateurs, il s’agit de la première action collective jamais engagée contre une banque en Belgique.

Dans une réponse, Argenta a déclaré qu’elle coopérerait pleinement. La banque affirme avoir déjà été informée en septembre d’une éventuelle réclamation collective et déclare vouloir en discuter. « Argenta a demandé un minimum d’informations, comme l’identité des clients. Malheureusement, nous n’avons obtenu cette information qu’aujourd’hui. La convocation qui a été remise jeudi contient les informations nécessaires pour engager une «conversation constructive», semble-t-il.

Usurpation

Les clients pensent qu’Argenta n’a pas non plus commis d’erreurs et que la banque ne les a pas informés à temps des nouvelles techniques de fraude. « Nous avons craqué après avoir reçu un e-mail d’Argenta indiquant que nous devions remplacer nos digipas », racontent Hedwig et Josée, deux clientes qui vont en justice avec d’autres victimes.

© BELGA

« Après avoir cliqué, nous avons reçu un appel du numéro de téléphone de la banque. Un employé nous a prévenus que des transactions suspectes avaient été détectées, mais que nous pouvions toujours sécuriser notre argent en le transférant sur un autre compte que la banque avait prêt. Au total, nous avons perdu 25 000 euros. Par la suite, nous nous sommes avérés être l’une des premières victimes de l’usurpation d’identité, dans laquelle les criminels remplacent leur numéro de téléphone par celui de la banque. Même notre directeur de succursale local n’avait jamais entendu parler de cette pratique. Comment alors peut-on dire que nous avons été délibérément induits en erreur ?


Même notre directeur de bureau local n’avait jamais entendu parler d’usurpation d’identité. Comment alors peut-on dire que nous avons été délibérément induits en erreur ?

L’action des clients d’Argenta alimente la discussion sur l’attitude des banques belges vis-à-vis de la fraude sur Internet. Ombudsfin, l’ombudsman des services financiers, a déjà noté que les banques ne remplissent pas toujours leurs obligations de remboursement des clients s’ils sont victimes de fraude sur Internet.

usure

Une loi de 2018 stipule que les banques sont responsables de l’argent volé lors de transactions frauduleuses. Toutefois, cela ne s’applique pas si la banque a établi une faute grave de la part du client. L’ombudsfin a établi l’année dernière que certaines banques rendent difficile pour les clients de prouver qu’il n’y a pas eu de négligence grave dans leurs conditions générales.

Argenta n’est pas la seule banque à être poursuivie par des victimes de phishing. Plus tôt cette année, KBC a été condamnée dans deux actions en justice à rembourser un total de plus de 32 000 euros aux clients concernés. Dans un cas, il n’y a pas eu de jugement pour négligence grave, mais le juge a statué que la victime d’hameçonnage n’avait pas été en mesure de détecter la fraude. KBC a déclaré avoir fait appel “pour des raisons valables” dans les deux cas.

Ce genre de jugements se termine généralement par une guerre d’usure que seuls les clients les plus riches peuvent se permettre, note un avocat. Le lent moulin judiciaire fait le jeu des banques. « Il y a deux ans, j’ai gagné une affaire similaire de phishing devant le tribunal des sociétés de Louvain », explique l’avocat. « La banque a fait appel et le dossier est désormais en liste d’attente. La date de plaidoyer prévue est en 2027.

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