les prêtres & # 39; les enfants sortent de la "clandestinité" en rencontrant des évêques français

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Jeudi, pour la première fois en France, des représentants de l'Église recevront des enfants de prêtres. Longtemps considérés comme des parias, ces hommes et ces femmes vivaient dans le secret et le non-dit. Ils s'engagent avec Franceinfo.

"Je suis l'aîné d'une grande famille et elle a une particularité: notre père est un prêtre." C'est avec ces mots que Maya * commence à raconter son histoire. Ce professeur de sciences sociales âgé de 50 ans n'a jamais témoigné auparavant. Mais elle a décidé de dialoguer avec Franceinfo à l'occasion de la réunion qui se tiendra le jeudi 13 juin entre des représentants de l'Eglise catholique française et des enfants de prêtres membres de l'association Children of Silence.

Le père de Maya, qui a environ 80 ans, continue à exercer son ministère. Présent à sa famille, tout en répondant aux missions confiées par son évêque, il a toujours été "Fermer" de sa fille, qui confie: "Je n'ai pas du tout souffert de l'absence d'un père."

Au quotidien, il n'était pas là tout le temps, comme un père qui peut être commercial, qui part sur la route et qui revient.Maya, fille du prêtrechez franceinfo

Ignorée par l'Église depuis des temps immémoriaux, la question des enfants de prêtres a réussi à s'imposer à travers plusieurs initiatives, dont celle de l'association Children of Silence, qui a porté le sujet sur la place publique. Elle a fini par trouver une oreille attentive avec Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général de la Conférence des évêques de France.

L'existence de ces familles interdites n'est connue que par quelques-uns. "Certains prêtres étaient au courant, mais pas l'église institutionnelle"Maya révèle son histoire. Pendant longtemps, elle a gardé le silence sur sa situation familiale. "Quand on vit comme enfant de prêtre, on a l'obligation de se taire"dit la fillette qui a appris à l’âge de 7 ans, de la bouche de ses parents, la vraie fonction de son père. Ce n'est qu'à partir de 18 ans qu'elle commence à s'ouvrir à quelques proches. Avant cela, elle élude les questions sur son père. "Je n'ai pas répondu", elle dit. Préoccupés par l'éducation de leur aînée, les parents de Maya lui ont interdit de mentir, malgré le secret qui pèse sur la famille. "Je n'ai jamais raconté d'histoires"Elle insiste.

Pour Maya, son père n'a pas fait le choix de "mener une double vie". Elle préfère comparer la situation à celle de "Résistant" qui multiplient les précautions. "La clandestinité dans laquelle devait vivre mon père était de protéger sa famille", elle dit. Selon Maya, si la vérité avait éclaté, son père aurait été posté dans une autre région et ses enfants "mis en adoption".

Parfois, le silence est si lourd qu'il étouffe les questions. "J'étais comme la plupart des enfants qui vivent dans une situation de non-conformité, je n'ai pas posé de questions, il y avait une sorte d'obstacle mental à poser", se souvient de franceinfo Marie-Christine Miquel, née en 1959 alors que son père était toujours prêtre. Ce silence, la petite fille qui a grandi dans une riche résidence de Versailles (Yvelines) a souffert. "Un secret de famille, ça ruine (…) Il y a des choses taboues, ça creuse très profondément."

Ce n'est qu'à l'âge de 9 ans, en 1968, qu'elle a appris la vérité et a vu son père pour la première fois alors qu'il venait de quitter la prêtrise. "Nous sommes allés déjeuner au restaurant, nous étions en vacances et ma mère m'a dit que nous allions rencontrer un monsieur qui était mon père", a-t-elle déclaré, en mai, devant une caméra de France 2.

FRANCE 2

Une semaine plus tard, ses parents se marient. Sa relation avec son père se normalise "pas à pas". "Il y avait vraiment une vie de famille très classique", commentaires Marié-Christine Miquel, qui a plus tard eu deux petites soeurs. Mais son père est décédé accidentellement en s'électrocutant cinq ans après avoir quitté l'Église. "Les gens disaient que c'était une vengeance, que c'était mérité, que nous ne pouvions pas trahir Dieu impunément", rapporte-t-elle, dénonçant des individus "à la foi simpliste". Elle a raconté cette histoire dans le livre Le soutane et le chemisier blanc (Pippa ed., 2018).

Alexandra *, elle aussi, connaît ces réactions hostiles. Ancien prêtre, son père est resté vingt ans dans les ordres. Un jour de 1971, il croise le chemin de sa mère, enseignante dans la même école catholique. Ils tombent amoureux. "A partir de là, il a décidé de laisser les ordres", dit-elle à franceinfo. Ils se marient deux ans après la demande faite par son père au Vatican de quitter la vie cléricale. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Sa famille reçoit des lettres de menaces anonymes et les persécutions se succèdent: "Un jour, ma mère m'a laissé cinq minutes dans le landau et quand elle est revenue, j'avais un sac poubelle sur ses genoux."

Pour essayer de trouver la tranquillité, la famille est discrète. Par exemple, le père d'Alexandra prend le nom de famille de sa femme. "Je ne parle jamais de ce passé quand j'aimerais que tous mes amis le sachent"dit cet aîné d'une famille de quatre enfants. Aujourd'hui, le quarante ans est décrit comme "fragile". "Ma vie personnelle est compliquée, j'ai beaucoup isolé à cause de cette histoire (…) et inévitablement je souffre"Elle ajoute. Mariée depuis un moment, Alexandra est maintenant divorcée et sans enfant.

Les enfants de prêtres sont tous très méfiants. Le passé m'a tellement marqué que j'aurais peur de venir m'attaquer chez moi.Alexandra, fille du prêtrechez franceinfo

"Il y a trop d'enfants de prêtres qui souffrent encore, qui ont connu le rejet, les reproches d'êtres nésAnne-Marie Mariani-Jarzac, présidente de l'association "Enfants du silence", créée en 2013, compte environ 70 membres. "On nous a appelés bâtards, enfants du diable, enfants de Satan", rappelle ce passionné de théologie – auteur du livre Le droit d'aimer (Ed j'ai lu, 2015) – elle-même fille de prêtre et nonne.

Anne-Marie Mariani-Jarzac, fille d'un prêtre et d'une religieuse, présidente de l'association Les enfants du silence, pose à Crolles (Isère), le 24 mai 2019.
Anne-Marie Mariani-Jarzac, fille d'un prêtre et d'une religieuse, présidente de l'association Les enfants du silence, pose à Crolles (Isère), le 24 mai 2019. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

Le climat et les sentiments sont diamétralement différents de ceux d’Eva. "Il n'y a pas de douleur liée à l'histoire de ma famille, je n'étais pas caché, j'ai été reconnu, j'ai toujours su la vérité", décrite dans franceinfo cette femme née en 1972, qui témoigne également pour la première fois. Son père, qui a fait Mai-68 dans un collier romain, a été réduit à l'état laïc un an après sa naissance. "Mais il s'était déjà éloigné de l'Eglise", elle dit.

Si Eva n’a pas souffert, c’est aussi parce que les réactions ont été positives dans la famille espagnole de son père. "Il n'a pas provoqué de cataclysme lorsqu'il a quitté l'ordre, elle décrit. Il y avait même des blagues parce que mon père avait épousé un de mes oncles, nous nous sommes donc demandé si c'était toujours valable. "

Pour les autres prêtres devenus pères, l'issue n'est pas toujours aussi heureuse. En 1973, après six ans de sacerdoce, Dominique Michelez fit part à sa hiérarchie de son désir de se marier afin de fonder une famille tout en restant prêtre. Ses espoirs sont vite comblés, alors il jette l'éponge. "Mon évêque a refusé ma réduction à l'état laïc, il a dit que puisque je voulais vivre avec une femme divorcée d'un mariage catholique, j'étais excommuniée et je n'avais qu'à disparaître et en silence", rapporte-t-il à franceinfo.

Rejeté par l'Église, cet homme, maintenant âgé de 79 ans, est également exclu par sa famille.

Je me suis défroqué, un être détestable à qui tout ce qui comptait pour elle lui avait manqué.Dominique Michelez, ancien prêtre devenu pèrechez franceinfo

Et même s'il était "pleinement heureux" chez lui, ce grand-père de dix petits-enfants confie que le rejet de sa famille "était une grande souffrance, qui (1) a été déchirée pendant des décennies". "C'était pire que si j'étais devenu un criminel, aux yeux de mes frères et sœurs, j'avais trahi le sacré, trahi Dieu et trahi le plus bel appel du monde."

Une situation orageuse, différente de celle vécue par David Greea. Prêtre de premier plan dans le milieu catholique lyonnais, où il a servi pendant dix-sept ans, cet homme est maintenant marié et a un petit garçon. En 2016, il adopte la même démarche que Dominique Michelez: il partage avec son évêque, le cardinal Barbarin, son souhait de se marier. "J'ai dit que j'étais très heureux en tant que prêtre et que je voulais continuer à être prêtre", dit Franceinfo l'ancien prêtre de Sainte-Blandine.

Sa demande est refusée. Mais contrairement à son collègue Dominique Michelez, l’entraîneur actuel de 49 ans ne souffre ni d’excommunication ni de rejet. "Les gens m'ont surtout encouragé. Ce n’est pas le célibat qui fait le prêtre ", souligne-t-il, notant que les catholiques attachés au pape et qui suivent le rite oriental (comme les maronites, les Chaldéens ou les Melkites) sont autorisés à se marier. Selon David Gréa, certains évêques, dans les coulisses, sont ouverts au sujet. Sans aller jusqu'à faire le même discours en public, "être sur la même ligne que le Vatican".

Il existe un fossé important entre les fidèles et le clergé.David Gréa, ancien prêtre devenu pèrechez franceinfo

Maya, qui se présente comme une "chrétien engagé", est convaincu que les souffrances de ces prêtres sont liées à "piège" du célibat: "Je ne conteste pas cela, mais le fait que ce soit obligatoire."

Interrogée par Franceinfo, la Conférence des évêques de France souligne que ce sujet "est une règle qui touche à l'Eglise universelle" depuis le onzième siècle et elle "ne peut rien faire". "Cette question ne concerne qu'un petit nombre de prêtres avec un enfant, et cela ne peut suffire à remettre en question le célibat sacerdotal", dit l'instance. Plus que de remettre en question le célibat, l’important pour Alexandra est de faire cesser la stigmatisation des enfants de prêtres: "Nous sommes perçus comme des personnes coupables d'être étranges et d'avoir des parents religieux, mais un enfant qui atterrit dans une famille ne le choisit pas, c'est mystérieux."

Face à ces histoires souvent douloureuses, l'attente de reconnaissance de la part de l'Église pour les enfants de prêtres n'en est que plus grande. La réunion du 13 juin est considérée comme une bonne nouvelle pour beaucoup d’entre eux, croyants ou non. "C'est la première fois que les autorités de l'Église acceptent de regarder les enfants de prêtres, jusqu'à présent, nous n'existions pas"Maya se réjouit.

"Pour nous, c'est incroyable (…) Je suis plein d'espoir"sourit Anne-Marie Mariani-Jarzac en faisant preuve de prudence. Selon elle, c'est un "contact" pour "faire connaissance" avant les prochaines réunions qui doivent avoir lieu dès l'automne prochain. Elle veut maintenant que les enfants des prêtres soient "entendu, écouté, reconnu" et, finalement, une poignée d'entre eux,"trois ou quatre", soyez reçu et béni par le pape.

Pour sa part, et bien qu'elle se réjouisse de cette rencontre avec les évêques, Alexandra n'attend pas nécessairement une telle bénédiction. "Je ne suis pas religieux, mais je veux être reconnu comme tout le monde", elle dit. Maya n'a pas d'attente particulière. D'autre part, elle espère que le "dialogue" qui commence à régler éliminera "jugement et condamnation".

* Les prénoms ont été changés.

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