Les prémices de la rafle du Vél d’Hiv en Eure-et-Loir

« Une logique industrielle de préparation et de rentabilité des frais. » L’analyse de l’historienne locale, Juliette Clément a de quoi faire frémir. C’est pourtant la réalité de la Seconde Guerre mondiale. La rafle du Vél d’Hiv du 16 juillet 1942 à Paris a été préparée et permise par les rafles du 25 et 26 juin en Eure-et-Loir et dans la région Centre. Celles-ci ont été organisées par la police française du gouvernement pétainiste de Vichy. « Aucun allemand n’était présent », précise l’historienne locale, Juliette Clément.

À la demande du préfet d’Eure-et-Loir, Françoise Souliman, une conférence aura lieu le vendredi 24 juin à 17h dans l’amphithéâtre du lycée Marceau. Un retour pour Juliette Clément, qui dispensait, dans ce même amphithéâtre, des cours de Lettres. Pour celle qui se présente comme étant « née sous Pétain en 1944, sous les bombes à Nevers, dans la cave d’une épicerie », les rafles et la Seconde Guerre mondiale « montrent toute la violence dont l’homme est capable. »

Devoir de mémoire et lutte contre le racisme et l’antisémitisme à Chartres

Présidente de la Société archéologique d’Eure-et-Loir de 2005 à 2013 dont elle est actuellement la directrice de publication, elle donnera durant la conférence des détails sur ces rafles en présentant le portrait de familles de “Justes” et la diversité des profils déportés. Dans une série de trois articles à retrouver dans nos colonnes, l’historienne locale dressera le portrait de certains d’entre eux.

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Entre 1941 et 1943, environ 16.000 Juifs dont 4.700 enfants sont internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande (Loiret). Ce sont d’abord des hommes qui sont arrêtés lors de la « rafle du billet vert » le 14 mai 1941 puis des femmes et des enfants à partir de l’été 1942.

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Des rafles en Eure-et-Loir

« Deux rafles en Eure-et-Loir ont une incidence sur ce qui se passe ensuite à Paris notamment lors de la rafle du Vél d’Hiv », explique Juliette Clément. Le 25 juin 1942, une première rafle survient à Chartres et dans le département. Parmi les dizaines de personnes arrêtées : 25 Euréliens juifs. « Tout le monde n’a pas été trouvé lors de cette première rafle. » Les forces de l’ordre françaises procèdent ainsi à une seconde rafle le lendemain, le 26 juin 1942 en Eure-et-Loir.

Avant d’être déportés, les Juifs internés au camp de Pithiviers sont enregistrés. Archives : La République du Centre

Les interpellés sont d’abord transférés dans la prison de Chartres avant d’être internés à Beaune-la-Rolande. « La police française effectue une troisième rafle « complémentaire » le 10 juillet de la même année. Ceux arrêtés sont déportés à partir de Chartres vers le camp de Pithiviers.

« Les deux camps sont français et sont également gérés par l’administration française : le gouvernement et la police de Vichy. À l’entrée de ces camps, la devise “Travail, Famille, Patrie”. »

Juliette Clément (Directrice de publication de la Société archéologie d’Eure-et-Loir)

Ces Juifs arrêtés en Eure-et-Loir puis internés dans le Loiret s’ajoutent aux Juifs arrêtés au même moment dans les départements limitrophes (Loiret, Cher et Loir-et-Cher) et à ceux de la « rafle du billet vert » du printemps 1941. « Ils sont remis aux Allemands à la montée dans les trains en convoi vers les camps de concentration », explique Juliette Clément. « Du fait que le nombre de Juifs déportés ne correspond pas à celui des recensements effectués depuis 1940, d’autres rafles continueront par la suite. »

Des convois directs vers les camps de concentration

Les personnes, arrêtées en juin dans la région, internées à Beaune-la-Rolande sont transportées, le 28 juin, à Auschwitz par le « convoi 5 », direct entre le camp d’internement du Loiret et le camp de concentration situé en Pologne alors occupée par les nazis. Le train comporte 928 Juifs.

Les Euréliens arrêtés le 10 juillet et internés à Pithiviers sont transportés, eux aussi directement vers les camps de concentration, par le « convoi 6 », le 17 juillet. Celui-ci comporte au total 965 personnes. La logique nazie prévoit une rationalisation des moyens préalablement mise en place par la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942. Même si la Shoah a débuté depuis plusieurs mois, elle a pour objet d’organiser la mise en application de la « solution finale » de la « question juive ».

Parmi les caractéristiques de cette volonté d’extermination, une vision industrielle. Les convois ferroviaires doivent tous être remplis au maximum avec « 1.000 unités ». « Les nazis parlent des Juifs de la même manière qu’un transport de marchandises en voulant réduire le nombre de trains affrétés », souligne Juliette Clément. Au total, grâce à ses recherches, elle a pu recenser plus de 120 Euréliens déportés ou exécutés.

Préparer la rafle du Vél d’Hiv

Le but de ces arrestations, internements puis déportations, dans le contexte local et historique, est de préparer la rafle du Vélodrome d’hiver à Paris des 16 et 17 juillet 1942. La plus grande rafle de Juifs réalisée en France. Au total, près de 13.000 personnes, dont 4.000 enfants de moins de seize ans sont arrêtées. Entassés dans des autobus, les personnes seules ou les couples sans enfants sont envoyés à Drancy.

Durant cinq jours, les familles composées de 8.160 personnes dont une majorité d’enfants sont, elles, internées dans des conditions déplorables (aucune hygiène ni nourriture) au Vélodrome d’hiver. 7.600 d’entre elles sont envoyées ensuite vers les camps du Loiret en partant de la gare d’Austerlitz. Dans ces camps, peu de couchage. Dans le Loiret, rien n’a été prévu pour les accueillir. Plusieurs épidémies se déclarent.

Entre le 31 juillet et le 7 août, trois convois de Pithiviers et un en partance de Beaune-la-Rolande partent directement vers Auschwitz-Birkenau remplies de centaines d’hommes, femmes et enfants. La police française propose aux Allemands de déporter également les enfants.

Dans l’attente de la réponse nazie, les camps du Loiret restent occupés par 3.000 autres enfants. L’autorisation de Berlin tombe le 13 août, mais interdit que les convois soient exclusivement constitués d’enfants. Ils sont alors envoyés dans différents convois d’abord vers Drancy afin de les mélanger à d’autres adultes qui viennent d’être interpellés dans la zone non-occupée avant d’être livrés à la Gestapo.

Ils sont ensuite, pour la grande majorité, envoyés à Auschwitz dans six convois différents convois entre le 17 et le 23 août 1942 comprenant jusqu’à 565 enfants. Le dernier train part de Pithiviers le 21 septembre composés d’autres Juifs arrêtés entre temps. Selon les archives du camp de Pithiviers, aucun enfant n’a survécu.
Ce camp détient ensuite 3.000 internés politiques. Celui de Beaune-la-Rolande enferme jusqu’en 1943 1.400 autres Juifs déportés qui partiront ensuite à Drancy et vers l’Allemagne.

Le 8 mai, « une grande date de l’histoire française » pour l’association du Souvenir français en Eure-et-Loir

Thomas Desprez
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