Les manifestations interdites à Conakry contre la hausse des prix du carburant

Les manifestations interdites à Conakry contre la hausse des prix du carburant

Depuis début juillet, des manifestations ont régulièrement lieu dans la capitale guinéenne pour protester contre les mesures d'austérité.

Le Monde.fr avec AFP

Le 23.07.2018 à 18h20


Un homme vend du carburant au «marché noir» à côté d'une station-service à Conakry en janvier 2007.
Crédits: GEORGES GOBET / AFP

A l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogènes, la police guinéenne a dispersé lundi 23 juillet deux manifestations organisées pour demander l'annulation de la hausse du prix du carburant. La manifestation de quelques dizaines de personnes à l'appel des "Forces Sociales", une nouvelle coalition de la société civile, avait été interdite par le gouverneur de Conakry et avait abouti à l'arrestation de six personnes.

Les syndicalistes se sont ensuite tournés vers la Bourse du travail, où ils ont tenu une réunion au cours de laquelle ils ont annoncé "Une grève générale illimitée sur tout le territoire national".

En Guinée, depuis début juillet, les syndicats et les membres de la société civile tentent de se mobiliser contre une hausse de 25% du prix du carburant à la pompe, de 8 000 francs guinéens à 10 000 francs guinéens par litre (de 76 à 95 centimes) le 1st Juillet dernier.

A la station service de Bambeto, dans la banlieue de Conakry, Mustafa Diallo soupire avant de prendre le volant de son taxi, le réservoir à moitié plein: "Les chiffres vont trop vite, je consomme 20 litres par jour, ce qui fait 200 000 francs guinéens [19 euros]. Avec ce que je donne au patron, à ma famille et à la police, où veux-tu que je trouve une telle somme? "

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Malgré la grève, les manifestations et les jours de «ville morte», le gouvernement ne s'incline pas parce que c'est un "Réajustement inévitable" Selon Amara Somparé, ministre de l'Information, cette hausse est liée à la hausse des prix mondiaux du pétrole. "Nous ne produisons pas de pétrole et sommes donc soumis aux prix du marché, les subventions représentent près de 100 milliards de pertes guinéennes par mois."

"Exportations de bauxite [dont le pays détient les plus grandes réserves mondiales] ont été multipliés par trois en un an mais cela n'a pas été reflété proportionnellement dans les recettes, dit un économiste. Le Fonds monétaire international [FMI] a donc fait une série de recommandations. En février, le gouvernement s'est engagé en choisissant les mesures les plus simples à appliquer, mais pas nécessairement les plus équitables. "

"Droits royaux"

"Vous avez dû réduire les dépenses! insulte Abdourahman Sano, un membre de la société civile. Le mode de vie de l'Etat est insupportable, les cadres dirigeants s'enrichissent, 87% des contrats publics sont passés d'un commun accord et nous accordons des exonérations exorbitantes aux sociétés minières. "

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"Le riz, le sac de charbon, tout a augmenté ici parce que l'économie repose sur le transport routier"explique Souleymane Diallo, un bijoutier qui a décidé de fermer boutique en signe de protestation. "Pour limiter cette inflation, nous subventionnons les nécessités de base, assure Amara Somparé. Les importateurs de riz se sont engagés à ne pas augmenter leurs prix. "

Le 16 juillet, à l'appel des Forces Sociales, quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues de Conakry en criant "8 000, c'est bien, 10 000, non!" en référence à l'augmentation du prix du carburant. "Pour la première fois en dix ans, nous parlons encore d'une seule voix!"accueille l'un des nouveaux membres de la coalition. Mais derrière cette unité apparente, "Il y a des intérêts, des luttes d'ego, des ambitions politiques", décrypte un diplomate, plutôt pessimiste quant à l'avenir du mouvement.

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Dans le même temps, les syndicats dénoncent une mesure "Unilatéral". "Le gouvernement devrait nous appeler plutôt que d'agir comme Pharaon"regrette Mamadou Mansaray, secrétaire général adjoint de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée. "Il n'y avait pas assez de consultation, concède le ministre Amara Somparé. Mais rien ne nous oblige à consulter les syndicats. Il est temps de restaurer l'Etat dans ses droits souverains. "

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