Les gynécologues mettent en garde contre une "épidémie de césarienne"

Des gynécologues et des obstétriciens posent un nouveau-né sur le ventre de la mère, le 27 juillet 2001 à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, à la fin d'un accouchement par césarienne. – DIDIER PALLAGES / AFP

Des chiffres surprenants. Le nombre de naissances par césarienne a presque doublé dans le monde en quinze ans, passant de 12% à 21% entre 2000 et 2015, dépassant même 40% dans 15 pays, amenant les gynécologues à remettre en cause cette "épidémie", dans un dossier publié dans la Lancette Vendredi.

On estime que 10 à 15% des césariennes sont absolument nécessaires pour des raisons médicales. Toutefois, 60% des 169 pays étudiés se situent au-dessus de cette fourchette, tandis qu'un quart d'entre eux se situent en dessous, mettant en danger à la fois la mère et l'enfant, selon une étude basée sur les chiffres de l'OMS et de l'Unicef.

Risques pour la mère et l'enfant

Dans 15 pays, plus de 40% des naissances ont lieu par césarienne (République dominicaine, Brésil, Égypte, Turquie, Venezuela, Chili, Colombie, Iran, etc.).
"La forte augmentation du nombre de césariennes – principalement dans des environnements confortables et malsains – pose problème en raison des risques associés pour la mère et l'enfant", a déclaré la coordinatrice de l'étude, Marleen Temmermann (Université Aga Khan de Toronto). Kenya et Université de Gand en Belgique).

"Dans les cas où des complications surviennent, les césariennes sauvent des vies et nous devons promouvoir l'accès des femmes (à cette opération) aux zones pauvres, mais nous ne devons pas en abuser." Les disparités sont énormes entre l’Afrique subsaharienne (4,1% de la césarienne) et l’Amérique latine et les Caraïbes, où le taux a atteint 44,3% en 2015.

Une augmentation vertigineuse du nombre de césariennes en Asie

En Asie, l’utilisation des césariennes a augmenté en moyenne de 6% par an, passant de 7,2% à 18,1% des naissances entre 2000 et 2015. En Amérique du Nord (32% des césariennes en 2015) et en Europe occidentale (26,9%), l'augmentation est d'environ 2% par an.

L'Etude de Lancette, sur la base des données recueillies par l’OMS et l’UNICEF, n’explique pas cette forte augmentation du nombre de césariennes dans certains pays. Cependant, il note un lien avec le niveau de revenu et d'éducation des femmes: au Brésil, par exemple, les césariennes représentent 54,4% des naissances chez les femmes ayant un niveau d'éducation élevé, contre 19,4% pour les femmes moins éduquées. .

Le confort de la programmation des naissances d'un jour

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les femmes plus riches ont six fois plus de chances d'accoucher par césarienne que les pauvres et les opérations sont 1,6 fois plus susceptibles dans les cliniques privées.

Le Congrès mondial de gynécologie et d'obstétrique au Brésil avance plusieurs pistes dans le Lancette sur les raisons de cette "épidémie": diminution de la capacité de la profession médicale d’accompagner une naissance potentiellement difficile par voie naturelle, confort du programme de naissances de jour, taux plus attractifs pour les médecins et les cliniques en cas de césarienne. ..

France stable autour de 20%

En France, le taux de césarienne (20,4% en 2016) reste stable depuis 2010, "ce qui suggère une attitude générale tendant à limiter la réalisation de cette intervention", note la dernière enquête périnatale publiée par le ministère de la Santé.

Cédric Grouchka, membre du collège de la Haute autorité de la santé française, parle de "stabilisation à la baisse" et distingue les "césariennes effectuées à la hâte, soit après un accouchement laborieux, soit pendant le travail, soit 60% du total en France. césariennes programmées pour des raisons médicales (40%) et celles programmées pour une raison non médicale, à la demande des femmes ", estime-t-il" moins de 1% ".

La peur de l'accouchement

Pour Jane Sandall du King's College London, si certaines femmes choisissent une césarienne, il s’agit généralement de «peur de l’accouchement, parfois après une première expérience traumatisante». La qualité des soins et des installations, qui doivent préserver la vie privée des femmes et permettre la présence d'un être cher, est essentielle face à ces peurs, estime-t-elle.

Le Congrès mondial de gynécologie (FIGO) préconise plusieurs moyens de limiter les abus de césariennes: appliquer un taux unique pour les naissances, césariennes ou non, obliger les hôpitaux à publier leurs statistiques, mieux informer les femmes des risques, améliorer la formation à l'accouchement naturel.

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