Les gilets jaunes ne seraient pas organisés comme ça sur Facebook si Trump n'avait pas été élu

RESEAUX SOCIAUX – A quoi ressemblera ce samedi 8 décembre le 4ème acte des gilets jaunes? Impossible à prédire dans un contexte explosif, mais sur Facebook, les membres du mouvement sont déterminés à ne pas lâcher prise. Et comme le rappelle très bien le journaliste Vincent Glad dans un article de Libération, "si l'action se déroule dans la rue, la délibération se déroule sur les réseaux sociaux" .Différent même pour entourer réellement les gilets jaunes, tout un tas d'interprétations. Donald Trump a même assuré le 4 décembre que ce mouvement lui donnait raison sur le climat et sa vision du monde. Si ce genre de déclaration péremptoire semble hors de propos, nous pouvons toujours trouver un lien entre les vestes jaunes et le président des États-Unis. Ils ne se seraient pas organisés de la sorte si Donald Trump n'avait pas remporté les élections américaines de 2016. Ce n'est pas que nous puissions établir un lien entre l'électorat trompé et ce mouvement. Mais l'élection électrochoc du candidat républicain en 2016 a provoqué des changements profonds et profonds dans Facebook, a expliqué à plusieurs reprises son fondateur, Mark Zuckerberg. L'objectif à peine voilé était de répondre aux accusations grandissantes de diffusion de fausses informations et de création de bulles filtrantes via le réseau social. Si les fausses nouvelles, ces fausses informations politiques diffusées pour influencer les électeurs en ont assez parlé, les bulles de filtres ont également été longuement discutées. C’est l’idée que l’algorithme de Facebook offre, sur le fil d’actualité d’un utilisateur, un statut qui "colle" à votre personnalité, à vos désirs, à vos revendications (et à celles de vos amis). La pertinence ou la véracité des propos n’ont pas pesé de poids contre cette logique de partage et autres. C'est l'élection de Donald Trump qui a mis en lumière ces deux problèmes, clairement représentés sur Facebook. Et les transformations du réseau social pour répondre à ces critiques ont changé le mode d’information et de communication et ont donné aux utilisateurs de nouvelles options dont l’impact, bénéfique ou néfaste, prendra longtemps à être mesuré.Amis, familles, groupes et informations localesPour répondre à ces critiques, Facebook a beaucoup évolué en deux ans. Premier objectif: limiter la prolifération de fausses nouvelles (après avoir nié leur impact). D'abord en essayant de les faire vérifier, puis en diminuant leur visibilité. En parallèle, Mark Zuckerberg est lancé en janvier 2017, quelques mois après l'élection de Donald Trump, dans une tournée de 50 États. Objectif: "mieux comprendre comment les gens vivent, travaillent et pensent à l'avenir". Tout cela dans un contexte où de nombreux travaux de chercheurs montrent que l'élection de Donald Trump est le symbole d'une Amérique divisée, où la classe moyenne rurale s'est sentie abandonnée. Les résultats de ces réflexions sont faits à plusieurs reprises. En juin, Mark Zuckerberg a annoncé que son réseau social ferait la fierté des "groupes". Ces structures sont très différentes des pages Facebook, utilisées notamment par les marques et les médias et informent ceux qui les suivent. Dans un groupe, il y a des administrateurs et des modérateurs, mais tout le monde peut s'exprimer, comme sur un forum de discussion. L’idée pour Mark Zuckerberg est de recréer le lien. Communautés virtuelles et physiques. Deuxième étape, en janvier 2018. Mark Zuckerberg dresse le bilan de son voyage sur la route et note notamment que "le monde est anxieux et divisé, et que Facebook a beaucoup à faire". Il se fixe ensuite comme objectif de "réparer" les problèmes importants du réseau social. Difficile ici aussi de ne pas voir une référence directe au rôle du réseau social dans le climat politique de ces dernières années. Quelques jours plus tard, le patron de Facebook annonce deux mesures. Le premier consiste en une modification du fil d'actualités visant à réduire l'impact des pages (et donc des médias, y compris ceux propageant de fausses informations) et à augmenter le nombre de contenus provenant de "vos amis, votre famille et vos groupes". La seconde vise à "donner la priorité à des informations fiables, informatives et locales". Les gilets jaunes organisés en groupes C'est dans ce nouveau contexte que la révolte des gilets jaunes est née sur Internet. Tout a commencé par une pétition et un événement, comme nous le rappelle BuzzFeed, mais cela a surtout explosé via des groupes Facebook. Il y a des dizaines de départements, régionaux, rassemblant des milliers de personnes. D'autres, plus fédérateurs et nationaux, rassemblent des dizaines de milliers de membres. Ce sont leurs modérateurs qui sont devenus porte-parole (parfois éphémère) du gilet jaune, comme l’a indiqué fin novembre la libération.
Crowdtangle

Le nombre de membres est indiqué en bleu dans la colonne de droite.
Le changement d'algorithme de Facebook met en évidence de manière disproportionnée les publications d'un groupe sur lequel on est actif. Faites le test pour voir l’influence d’un groupe actif sur le fil de nouvelles d’une personne. Et ainsi de suite sur sa vision du monde. Autant que cette bulle de filtre est particulièrement présente dans certaines catégories de la population. En fait, les jeunes, mais aussi les catégories populaires et à faibles revenus, apprennent beaucoup plus que la moyenne sur les réseaux sociaux, plutôt que via les médias traditionnels, selon un sondage réalisé en janvier par Odoxa. Les pages inversées suivies permettent également à toute la communauté de participer. C'était l'objectif de Mark Zuckerberg, explique le chercheur Olivier Ertzscheid sur son blog Affordance. Les changements initiés depuis 2017 servent à "encourager la participation aux processus politiques existants" et à "établir de nouveaux processus participatifs dans la prise de décision collective". Divers groupes diversifiésCertainement, cela implique logiquement sa part de fausses nouvelles et de commentaires insultants, qui ont été mis en évidence. Cependant, une étude (préliminaire et ne permettant pas d'identifier sociologiquement les vestes jaunes) de l'un de ces groupes locaux montre que les discussions sont variées et que le champ lexical n'est pas celui d'un groupe politique particulier, par exemple d'extrême droite, dont les termes récurrents sont facilement identifiables. Il suffit, pour s'en rendre compte, de plonger dans les centaines de commentaires sous les publications des principaux groupes Facebook de gilets jaunes. Si le sentiment de rupture avec un pouvoir en place et une classe dirigeante est partagé, ainsi que la volonté d'aller au bout, les débats sont nombreux et récurrents. Il est rare de ne pas voir deux points de vue diamétralement opposés sur un sujet. Par exemple, vendredi 7 décembre, alors qu'Eric Drouet, l'un des directeurs de l'une des pages les plus suivies, a appelé à "passer à l'acte" et à éviter que le centre de Paris samedi ne soit mélangé avec les "casseurs", les avis divergent:
Facebook

Groupes qui sont loin d'être monolithiques.
Cela aussi est quelque chose qui n'existerait pas sans ces groupes Facebook. Dominique Pasquier, sociologue au CNRS, a enquêté sur l'utilisation d'Internet par les classes populaires et rurales. Dans Libération, elle a expliqué que sur Facebook, ces populations ont généralement tendance à interagir avec des "échanges qui restent dans l’inter-social". Avec des usages (citations de partage, en particulier) qui visent à rechercher un "consensus dans le but de se rassurer sur la moralité commune". Dans les groupes Facebook, bien qu'il y ait évidemment de nombreuses similitudes entre les gilets jaunes, il existe également des différences. C'est à partir de ces espaces de débat que naissent et sont discutées diverses initiatives, de la nomination de porte-parole à l'établissement de listes de revendications ou de lieux de manifestation. C’est également ici que naît le désir d’imposer une mesure particulière: les citoyens & # 39; référendum d'initiative. De plus, les modérateurs eux-mêmes, dans les vidéos en direct où ils interagissent avec d'autres gilets jaunes, expliquent ne pas savoir exactement ce qu'ils veulent, veulent écouter les autres, proposer des sondages, lire des commentaires, y répondre en direct.
Facebook

Une enquête d'Eric Drouet.
L’émergence de ce mouvement, dans la vie réelle et dans ces groupes Facebook, inclut bien sûr ses excès et ses risques (violence, reprise politique, discours de haine …). L'utilisation même du réseau social est un problème, prévient Olivier Ertzscheid dans un autre article. Il rappelle qu'une "plate-forme commerciale privée" est "principalement destinée à exploiter toute forme d'expression singulière ou de groupe au service de ses propres intérêts économiques". Pour autant, ce qui se passe sur le terrain et sur ces groupes est assez nouveau, note le chercheur. "Ce que les Gilets jaunes tentent de reconstruire dans une errance politique qui ne peut être mesurée que par leur désespoir idéologique est simplement, fondamentalement et fondamentalement, un véritable espace de revendications." maintenant pour voir ce qui va arriver à ce processus et quel sera le rôle joué par Facebook. Voir aussi The HuffPost:

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