"Les flics ont été surpris de me voir à la gare", entre le premier arrêté et la police, calme avant le chaos

Les tensions entre les forces de police et les vestes jaunes ont été limitées le 17 novembre 2018 avant une montée des tensions dès le 24 novembre. – Lucas BARIOULET / AFP

  • Il y a un an, le 17 novembre 2018, les "gilets jaunes" multipliaient pour la première fois leurs actions sur le territoire.
  • Un acte 1 qui a fait basculer les citoyens, les politiciens et les forces de l’ordre au cœur d’un mouvement extraordinaire. Mais comment chacun a-t-il vécu cette journée spéciale? 20 minutes remonter dans le temps.
  • Dans ce troisième épisode, nous sommes allés rencontrer le tout premier arrêté ou placé en détention. Considérées comme des alliés ou un rempart contre les automobilistes épuisés, la police est devenue en quelques semaines une cible et un symbole de la violence.

"Le 17 novembre, je suis allé au rond-point la tête en l'air pour aller à une soirée. Je ne ressentais aucune crainte, ni d'appréhension particulières. Maintenant, quand je vais protester, je prends le temps de presser mon enfants dans mes bras avant, je ne sais pas
dans quel état je reviendrai, "souffla Amandine, 37 ans," un gilet jaune "dès la première heure" et jusqu'au dernier ". Aux portes du péage et à la périphérie des villes, ce matin de l'acte 1, peu de gens ont jamais senti dans leur vie le goût des gaz lacrymogènes, connus sous le nom de bancs d'une cellule d'un commissariat de police, ou entendu des détonations de grenades désencerclement.

"J'ai passé pour un OVNI"

Gilles, un chauffeur de barbe impeccablement sculpté, est l'un des tout premiers manifestants arrêtés. Pas très bavard quand il s'agit d'évoquer les faits qui l'ont conduit au commissariat, il admet avoir été "un peu trop véhément sur son rond-point" près de Toulouse et dégage en partie les forces de l'ordre: "Au moment de m'embarquer , les policiers sont très prévenants, ils me rappellent mes droits, tout se fait dans le calme ". Gilles est l'une des 73 personnes en garde à vue de la police lors de cette première journée. Un chiffre dérisoire par rapport à ceux publiés les week-ends suivants. Trois semaines plus tard, ils seront 1 700 dans son cas.

"Le premier samedi, je me sentais comme un vilain petit canard. Mes camarades" gilets jaunes "ont même crié en me disant que la police était notre amie et partageait nos galères: peu de salaire et trop de travail."

À l'autre bout de la France, ce 17 novembre, non loin de Paris, Jules est également arrêté, un peu plus tard dans la journée. Dans les couloirs du commissariat où il est amené, en fin d'après-midi, aucune trace de "gilet jaune". Le jeune homme se retrouve seul: "J'ai un peu passé pour un OVNI. Même les flics semblaient surpris de me voir là-bas. Au sein du mouvement, nous étions un peu divisés sur la police. Mais beaucoup les ont soutenus, et il n'y avait aucun sentiment de méfiance en ce moment. "

Quand Amandine évoque les violences policières qui ont ensuite émaillé le mouvement, ses mains tremblent. Loin, loin de la sérénité du 17 novembre 2018: "J'ai rencontré deux ou trois policiers mobilisés. Ils se contentaient de regarder les ronds-points de loin. Nous n'en avions pas peur et nous ne faisions pas attention."

Le calme avant la conflagration

Stéphane Rakowski est un policier motard dans une entreprise de sécurité et d'intervention en région parisienne. Comme Amandine, il décrit une atmosphère "de bonne humeur" au cours de cet acte 1. "Quand il y a des tensions, nous sommes appelés à renforcer Paris. Ce jour-là, nous sommes restés dans notre département, nous avons fait une petite surveillance des carrefours giratoires. était calme. De plus, aucune instruction particulière n’a été reçue ", se souvient le membre du syndicat Alternative Police.

Comme lui, 2 500 à 3 000 fonctionnaires sont mobilisés ce jour-là. Leurs missions principales: sécuriser les bâtiments officiels et superviser les 200 points de blocage constitués par les "gilets jaunes". À Nantes, Troyes ou aux Champs-Élysées à Paris, des affrontements éclatent. Le ministre de l'Intérieur évoque le soir même une "évaluation sérieuse": une personne est morte sur un barrage en Savoie, heurtée par un véhicule, 227 personnes ont été blessées, dont 6 graves.

Une relocalisation des manifestations

À Perpignan, Luc, 42 ans, arrive avec la chemise du Barca sous son gilet jaune. Cela évoque un samedi sans histoire avec la police: "Le 17, notre seule crainte était les voitures pouvant circuler sur les ronds-points. Nous étions donc heureux d'avoir la police à nos côtés, nous nous sommes sentis protégés. Ce caissier continue:" C'était Macron contre nous, les automobilistes étaient dangereux contre nous, mais pas la police contre nous. "

Les relations entre la police et les "gilets jaunes" se détérioreront dans quelques semaines. "Le 17 novembre, la majorité écrasante des" gilets jaunes "se trouvaient aux ronds-points, souvent à la périphérie des agglomérations, a déclaré François Boulo, l'avocat de plusieurs manifestants. Ensuite, la police a reçu l'ordre Maxime, un policier mobilisé depuis le début du mouvement, confirme: "À partir du moment où les manifestations sont devenues urbaines, nous avons assisté à des greffes sur le défilé d'individus violents".

"Nous avons même partagé notre barbecue"

Violence contenue dans le tout premier acte ayant donné lieu à de rares cas de violences policières. Le 17 novembre, le journaliste David Dufresne n'est pas derrière son ordinateur. "Je n'ai commencé à faire des reportages au ministère de l'Intérieur sur les réseaux sociaux que le 4 décembre", a déclaré l'un de ceux qui sont devenus un véritable lanceur d'alerte pour les manifestants. Par la suite ajouté par Dufresne, cinq cas de violence contre des manifestants sont notés à Quimper, Somain, Passy, ​​Bordeaux et La Réunion. Les vidéos de blessés dans le sang se multiplient, à partir du 24 novembre, sur des groupes de "gilets jaunes" sur Facebook.

À la veille de l'anniversaire du 17, Luc, le Perpignanais, pense à ce premier jour avec nostalgie: "Sur notre rond-point, nous avons même partagé notre barbecue avec la police qui était sur le chemin. On s'est dit:" autant à faites-en des alliés, ils doivent aussi en avoir marre de Macron ". Quand j'y réfléchis, l'atmosphère était différente. J'avais même emmené ma fille de 5 ans. Aujourd'hui, c'est hors de question."

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