Les cinq jours qui ont fait de l'affaire Benalla un scandale d'Etat

Les cinq jours qui ont fait de l'affaire Benalla un scandale d'Etat

Enquêtes judiciaires et parlementaires, paralysie du travail législatif, déstabilisation du président … revenir sur un cas sans précédent depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron.

18 juillet: l'identificationAprès plusieurs semaines d'enquête, Le Monde révèle qu'Alexandre Benalla, proche collaborateur du Président de la République, est l'auteur de violences filmées pour deux manifestants, en marge du défilé du 1er mai, place de la Contrescarpe, dans le 5ème arrondissement de Paris.
Une vidéo, postée le 1er mai et largement diffusée depuis, a montré un homme avec un casque tirer une jeune fille par le cou, puis revenir violemment à un jeune homme, déjà au sol, entouré de CRS. Lorsque Le Monde l'identifie plus de deux mois plus tard, Patrick Strzoda, le directeur du cabinet de la présidence, reconnaît avoir été informé lors des actes de M. Benalla et a immédiatement averti le président de la République. Une sanction a alors été imposée: une mise à pied de quinze jours, avec suspension de salaire, ainsi qu'une rétrogradation de statut à un poste administratif. Mesures trop clémentes selon l'opposition, qui est l'Elysée à donner des explications le plus tôt possible.

Lire aussi:


"The World" identifie, sur une vidéo, un employé de Macron frappant un manifestant, le 1er mai, à Paris

19 juillet: les enquêtes Jeudi matin, l'Elysée finit par réagir par la voix de son porte-parole, Bruno Roger-Petit, qui, dans la presse, se concentre sur les mesures prises, affirmant qu'elles constituent "la sanction la plus grave jamais prononcée". contre un chargé de mission travaillant à l'Elysée ". Un autre homme présent ce jour-là et également soupçonné de violence, Vincent Crase, avait également été sanctionné: un réserviste gendarme et employé de La République en marche, il fut alors averti de la «fin» de «toute collaboration entre lui et le président».
Parallèlement, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire sur les actes de violence commis par un responsable de mission de service public, d'usurpation de fonctions et d'usurpation de signes réservés à l'autorité publique. Une enquête est confiée à la brigade du crime contre la personne (BRDP). Parallèlement à l'enquête ouverte par le parquet de Paris, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé qu'il avait saisi l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) pour «déterminer sous quelles conditions» les deux hommes avoir pu assister aux manifestations aux côtés de la police
Dans la soirée, trois fonctionnaires du siège de la police à Paris sont suspendus, soupçonnés d'avoir transmis à M. Benalla, la soirée des révélations du Monde, une vidéo de la scène, capturée par des caméras de vidéosurveillance.

Lire aussi:


Pourquoi l'affaire Benalla devient une affaire d'Etat

En voyageant en Dordogne, Emmanuel Macron affiche un silence résolu, se contentant de s'assurer que «la République est inaltérable», tandis qu'à la Chambre, la confusion règne dans les députés du LRM, face à une opposition dénonçant un «scandale» "et un" climat d'impunité ".
Alors que les députés étaient en pleine révision du projet de loi sur la révision constitutionnelle, plusieurs politiciens de l'opposition, dont le communiste Sébastien Jumel ou le chef des députés républicains (LR), Christian Jacob, montent dans l'après-midi pour demander la création d'une commission d'enquête sur la violence du 1er mai dans la capitale.
Le même soir, les membres de la commission des lois décident de se munir des prérogatives d'une commission d'enquête pendant un mois afin de faire la lumière sur «les événements survenus lors de la manifestation parisienne du 1er mai 2018» .

Lire aussi:


Affaire Benalla: quels pouvoirs pour la commission d'enquête?

20 juillet: fugueAprès vingt-quatre heures de crise qui ont fait tanguer Macronie, l'Elysée cède enfin à la pression et entame une procédure de licenciement contre M. Benalla. Sans donner plus de détails, la Présidence justifie cette décision par le fait que, "dans le but de prouver son innocence, […] aurait reçu un document du quartier général de la police qu'il n'était pas autorisé à détenir ".
Dans le même jour, tandis que MM. Benalla, Crase et les trois exécutifs de la préfecture sont placés en garde à vue, Le Monde révèle que l'ancienne "Sécurité" du Président de la République a été déclarée domiciliée depuis le 9 juillet dans un responsable du logement, dans une dépendance de l'Elysée, Quai Branly.
Le supérieur hiérarchique de M. Benalla à l'Elysée, Patrick Strzoda, chef d'état-major d'Emmanuel Macron, est également entendu comme témoin; c'est lui qui a donné l'autorisation à Alexandre Benalla de participer en qualité d '«observateur» à la manifestation de Paris du 1er mai.

Lire aussi:


Benalla: la mécanique d'une affaire d'Etat

Si l'enquête se poursuit, les débats parlementaires sont paralysés par l'affaire. Les politiciens d'opposition réclament la suspension du débat constitutionnel, les députés de la France insoumis proposent à tous les parlementaires de déposer ensemble une motion de censure du gouvernement alors que d'autres accusent Gérard Collomb de "mensonges", demandant que le ministre de l'intérieur, ou même le Premier ministre, venez expliquer aux élus. Après son homologue de l'Assemblée, le Comité sénatorial des lois décide à son tour de se donner les prérogatives d'une commission d'enquête, pour une période de six mois.
21-22 juillet: la paralysie Samedi matin, alors que les cinq gardes à vue sont prolongés, la résidence d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) de M. Benalla est fouillée. L'enquête est ensuite confiée à un juge d'instruction et les suspects sont tous mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. Cinq chefs d'accusation ont été portés contre M. Benalla, dont ceux de violences n'ayant pas entraîné d'incapacité de travail temporaire et d'ingérence dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes qui lui étaient réservés. autorité publique.
Pour leur part, les deux présumées victimes présentes sur la vidéo, identifiées, ont indiqué qu'elles avaient accepté d'être entendues, mais plus tard.
Sur les bancs de l'Assemblée, où la révision de la réforme constitutionnelle continue d'être perturbée, les députés de l'opposition demandent des explications après avoir découvert qu'Alexander Benalla bénéficiait d'un badge d'accès à l'hémicycle depuis le 24 juillet 2017. Face à l'impossibilité de poursuivre sereinement les débats, le président de l'Assemblée, François de Rugy, annule la séance de nuit.

Lire la chronique de Françoise Fressoz:


Benalla: Gerard Collomb, l'homme faible de l'affaire

Cinq jours après les premières révélations, l'affaire Benalla avait raison, au moins temporairement, du projet de révision constitutionnelle voulu par Emmanuel Macron: à la reprise de la session, dimanche matin, le gouvernement suspend officiellement le travail jusqu'à nouvel ordre, après un blocage sans précédent de l'Assemblée nationale.
Dans la soirée, l'entourage du Président communique un message laconique, assurant que "il y a eu et il n'y aura pas d'impunité" pour des faits jugés "inacceptables". Après une réunion à l'Elysée réunissant plusieurs membres du gouvernement, un participant rapporte que le chef de l'Etat «condamne à la fois le comportement des fauteurs de troubles et les dysfonctionnements qui ont permis à Alexandre Benalla de faire cela».

Leave a comment

Send a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.