Le "Verseau" a quitté Marseille, les bunkers pleins "pour pouvoir faire face à l'inattendu"

Le navire se dirige vers la Méditerranée centrale, où il sera le seul acteur humanitaire à aider les migrants qui tentent d’atteindre l’Europe.

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L'équipage d'Aquarius reçoit la dernière livraison avant le départ pour une mission de sauvetage au large des côtes de la Libye. Ici, Antonin Richard, pilote de canot de sauvetage pour SOS Mediterranean. Marseille, 15 septembre 2018.

Le Verseau a finalement quitté le port de Marseille le samedi 15 septembre peu après 19 heures, en direction de la Méditerranée centrale. Lorsqu'il arrive dans sa zone de patrouille, dans quelques jours, le navire sera le seul acteur humanitaire présent au large de la Libye. Depuis février 2016, le navire a déjà sauvé plus de 29 000 personnes en mer.

Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée – l’ONG qui affrète le bateau aux côtés de Médecins sans frontières (MSF) – est à la fois résolu et inquiet, alors que les États européens n’ont toujours pas trouvé d’accord pour autoriser les débarquements de personnes en mer.

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Dans quel état d'esprit abordez-vous cette nouvelle mission de sauvetage en mer?

Frédéric Penard: Notre état d'esprit est avant tout celui de la résolution. Il n'y a pas de bateaux d'ONG en Méditerranée centrale ces jours-ci et nous avons le devoir d'être présents pour aider les personnes qui sont probablement, en ce moment même, en train d'essayer de traverser à bord. des bateaux qui ne sont pas faits pour ça. Nous abordons également cette nouvelle mission avec un sentiment d'anxiété. La situation est bloquée, l'Europe n'a toujours pas trouvé les moyens de s'organiser pour respecter les conventions maritimes et s'assurer que les gens débarquent dans un port sûr. Et pour nous, la question du lieu de débarquement des personnes sauvées en mer se posera à nouveau. Nous nous préparons aux difficultés et aux périodes de "Etre prêt" en mer. Les bunkers sont pleins pour faire face aux imprévus. Les équipes partent sans vraiment savoir si elles auront le droit de faire leur métier de marin et sauveront simplement les gens sans que personne ne se soit plaint.

Quelles informations avez-vous sur la situation actuelle au large des côtes libyennes?

Le contexte libyen de ces dernières semaines et l'absence d'acteur civil et indépendant en mer rendent très difficile l'obtention d'informations sur les points de passage. C'est l'une des premières fois que nous sommes à ce stade du brouillard. Il est difficile de réaliser le nombre de départs, de naufrages. Et c'est aussi le rôle duVerseau, être un bateau témoin. Nous ne voulons pas que cette tragédie soit oubliée simplement parce que personne n'est là pour le dire.

L'équipage d'Aquarius reçoit la dernière livraison avant le départ pour une mission de sauvetage au large des côtes de la Libye. Ici Francis Mensah à bord du bateau à Marseille, le 15 septembre 2018.

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Vous serez maintenant le seul navire humanitaire en Méditerranée centrale. Vous avez été jusqu'à dix à la fois. Est-ce que cela marque la fin de quelque chose?

Je ne pense pas que ce soit la fin de quelque chose. Je voudrais que cette absurdité soit le début d'un réveil des États européens. Les ONG sont là pour compenser les défaillances des États qui ne prennent pas au sérieux ce qui se passe à leur frontière sud, dans cette Méditerranée commune. Certes, le nombre de départs en Méditerranée centrale a considérablement diminué ces derniers mois et nous ne voulons pas que les gens partent en mer, compte tenu des risques encourus. Mais nous savons que des milliers de personnes sont toujours bloquées en Libye et il est probable qu'elles continueront à devoir quitter le pays. Grimper sur un morceau de plastique, faire des dizaines de milles nautiques, risquer de couler à tout moment, personne ne le fait avec gaieté de cœur, c'est vital. Et tant qu'il y a des gens qui vont se mettre en danger, il doit y avoir de l'aide pour les aider.

L'Autriche a récemment suggéré de "trier" les migrants en mer, c'est-à-dire à bord des navires. Que pensez-vous de ce type de proposition?

Les gens ne connaissent pas le droit maritime. C'est clair et précis, ratifié par tous les États de l'Union européenne. Le capitaine d'un navire doit assister chaque être humain sans autre considération. Dans l'esprit d'un capitaine, il n'y a pas de migrants et de non-migrants, pas de demandeurs d'asile légitimes ou non. Il y a des gens qui ont besoin d'être sauvés. Politiser les navires est inacceptable car cela ralentirait notre devoir de sauvetage. La décision de demander l'asile ou non aux personnes doit être prise par des personnes compétentes, dans un port sûr, où la réalité des récits et des besoins de protection peut être sérieusement étudiée et prise en compte. leVerseauIl fait 77 mètres de long et ne contient aucun espace de confidentialité, de sorte que même d'un point de vue logistique, ce serait impossible. En tout cas, la loi l'interdit.

L’équipage de l’Aquarius, formé par Médecins Sans Frontières (MSF) et SOS Méditerranée, est formé au cours de la journée avec différents scénarios de secours imminents pour les personnes en mer. A Marseille, le 13 septembre 2018.

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