Le Parlement européen ne veut pas se rendre en France au milieu d’une pandémie de coronavirus

«Il y a quelque chose derrière que nous ne pouvons pas tolérer. Maintenant, nous ne respectons pas les traités européens », a déclaré mardi la ministre française de la Fonction publique, Amélie de Montchalin. «Le siège du Parlement européen est à Strasbourg. Ce n’est pas une invention française. Ce n’est pas un fantasme. C’est écrit dans les traités. »

La migration de Strasbourg a été inscrite dans les traités européens après que les dirigeants français aient exigé avec succès une institution européenne majeure. L’un des objectifs était d’éviter que le bloc politique de 27 membres ne soit trop centré sur une seule ville.

De nombreux membres du Parlement européen détestent le voyage mensuel, qui oblige 705 législateurs et des milliers de membres du personnel, de lobbyistes et de journalistes à voyager pendant au moins quatre heures depuis Bruxelles. Le cirque arrive généralement le lundi après-midi et part à la mi-jeudi. Les camions transportent 6 000 coffres en plastique de dossiers. L’opération coûte aux contribuables européens environ 130 millions de dollars par an.

Mais les dirigeants français y sont tellement attachés qu’ils demandent que le processus se poursuive même au milieu de la pandémie, alors que Strasbourg et Bruxelles sont des points chauds viraux.

Le ministre français de l’Europe, Clément Beaune, s’est présenté lundi à Strasbourg pour manifester sa solidarité avec la ville, où les restaurants et les chauffeurs de taxi sont touchés par l’absence parlementaire. Certains hôtels font faillite.

Les Français aiment à vanter que Strasbourg est un symbole de la paix européenne, puisqu’elle est passée entre le contrôle français et allemand à plusieurs reprises au cours des derniers siècles. Les critiques disent que Strasbourg est désormais aussi un symbole de la démesure européenne, avec des restaurants accueillant les lobbyistes qui plient les oreilles des législateurs sur les subtilités de la réglementation qui y est approuvée.

Pour des raisons pratiques, la majeure partie du reste de la vie de l’Union européenne se déroule à Bruxelles pendant les heures ordinaires, et la plupart des législateurs, à l’exception des Français, n’en veulent pas au schlep. Le Parlement a voté à plusieurs reprises pour supprimer cette exigence, même si, comme l’exige un traité, un changement nécessiterait le consentement unanime des pays de l’UE – et la France ne semble pas le permettre de si tôt.

Pourtant, le virus l’emporte sur les demandes françaises, du moins pour le moment. Le président du Parlement européen, David Sassoli, un Italien, a annulé les plans de Strasbourg plus tôt ce mois-ci pour des raisons de santé, promettant de reconsidérer pour la session du mois prochain.

Certains législateurs veulent rendre le changement permanent.

«Je suis heureux que Strasbourg soit annulée, mais ce n’est pas le souhait du Parlement de retourner à Strasbourg», tweeté Jeroen Lenaers, membre néerlandais du Parlement européen. “Le @Europarl_EN a toujours voté à une large majorité pour supprimer les déplacements inutiles et adopter un siège unique.”

Le parlement est devenu en grande partie virtuel en mars, lorsque la pandémie a frappé, laissant ce tronçon le plus long que le parlement ait passé sans apparaître en France dans son histoire. La session plénière de cette semaine est la première tentative à grande échelle de se réunir en personne, et même maintenant, seuls 420 des 705 législateurs ont déclaré qu’ils prévoyaient de se rendre à Bruxelles, selon Delphine Colard, porte-parole du parlement. Seules 200 personnes seront autorisées à entrer dans la salle parlementaire à la fois.

Les niveaux viraux augmentant à nouveau en Belgique, certains législateurs qui se rendent à Bruxelles seront confrontés à des quarantaines une fois rentrés chez eux. Mardi, la Belgique comptait 77 cas pour 100 000 habitants au cours des deux dernières semaines. La France avait 159 cas, presque exactement les mêmes que les États-Unis. Mais les législateurs français indignés notent que Bruxelles compte plus de cas que Strasbourg.

«Annuler la session de Strasbourg par crainte que des eurodéputés viennent de toute l’Europe dans une ville confrontée à un rebond du Covid-19 est une chose difficile, mais on peut quand même comprendre», a tweeté Christophe Grudler, un député français du Parlement européen. «Mais décider unilatéralement de transférer les mêmes sessions à Bruxelles, où les risques sanitaires sont plus élevés qu’à Strasbourg, est un non-sens total.

Birnbaum signalé depuis Riga, Lettonie.

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