Le décret du 30 novembre intègre « la Corse à l’Empire français » mais Gênes refuse d’en reconnaître la validité

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La nouvelle est la bienvenue à Bastia. A Orezza, le 23 septembre 1790, lors d’une consultation, une motion pour célébrer la date du 30 novembre fut adoptée à l’unanimité. Paoli est élu chef de la garde nationale

Le 14 juillet 1790, Pascal Paoli débarque à Macinaggio, foulant pour la première fois le sol de la patrie après vingt ans d’exil à Londres.

Accueilli triomphalement à Rogliano, il est escorté à Bastia en tant que leader incontesté qui revient au pouvoir. Présenté à l’Assemblée nationale et reçu par Louis XVI, il est nommé président du Directoire du département de la Corse.

Dès le 20 juillet, s’adressant à « ses très chers compatriotes Il appelle à l’union, mais la Corse qu’il trouve n’est plus tout à fait celle d’avant Ponte Novu. La Révolution rugit à Paris et toute la Corse se dit révolutionnaire.

Depuis le décret du 30 novembre 1789 initié par Saliceti, l’île est désormais ” partie intégrante de l’Empire français », Et Mirabeau plaide pour les Corses exilés qui se sont battus pour la liberté de rentrer dans leur pays. Paoli s’en félicite.

Dans une lettre lue à l’Assemblée nationale le 19 décembre, il exprime sa satisfaction : « C’est avec des transports d’une joie bien vive que j’ai appris ce que l’Assemblée nationale a fait pour ma patrie… En faisant rentrer dans cette île mes compatriotes expatriés, elle a attaché à la constitution un nombre considérable d’individus qui la défendront jusqu’à la dernière goutte de leur sang. »

Cependant, l’intégration de la Corse dans l’Empire français a déclenché les protestations de la République de Gênes, qui la considérait comme conservant ses droits souverains.

« Le décret du 30 novembre 1789, contrairement à une légende bien établie, ne règle rien. D’abord parce que le ministre des Affaires étrangères Montmorin négocie en sous-main avec l’ambassadeur génois Spinola le retour de la Corse à Gênes aux conditions stipulées par le traité de 1768, contre le remboursement des dépenses, évaluées à plus de 30 millions de livres. La somme pourrait être prêtée à la Sérénissime par l’Angleterre. » (1) Situation confuse où certains – dont Robespierre – agitent le spectre d’une puissance voisine cherchant à faire main basse sur l’île, comme du temps de Sampiero.

Sitôt répandue dans l’île, la nouvelle de l’intégration de la Corse à l’Empire français est accueillie dans l’enthousiasme, notamment à Bastia où des festivités sont organisées le 27 décembre : « Tandis que l’évêque entonnait le Vous dieux, toutes les cloches de la ville, les canons des remparts, les saluts des troupes se faisaient entendre, et, quittant la cathédrale, Varèse et Caraffa, le podestà de la ville se rendit à l’endroit où un feu de joie avait été surmonté d’un drapeau où les armoiries de la France étaient unies à celles de la Corse et de la ville de Bastia. »(2)

Le 30 novembre déclaré « fête nationale »

La population exprime ainsi sa joie de voir la menace de la tyrannie génoise que l’ambiguïté du traité de Versailles laissait encore planer. Cependant, deux mois plus tard, le décret n’étant toujours pas ratifié, Saliceti est revenu sur l’accusation: ” Le peuple, encore incertain sur son sort, craint toujours qu’on ne le cède à la République de Gênes. Il est Français et ne veut pas être autre chose. »

Le roi signe le décret le 3 février 1790, tandis que Gênes se révolte officiellement en affirmant ses droits séculiers sur la Corse. « Néanmoins, l’année 1790 commence dans le doute car le Sénat génois a bien évidemment refusé (décembre 1789) de reconnaître la validité du décret et a adressé aussitôt à la Constituante un mémoire lu à la tribune le 21 janvier 1790… Mais dans la chaleur des débats, Barnave joue de son extraordinaire talent oratoire et s’appuie de toutes ses forces sur le vœu énoncé par les habitants de la Corse de former partie intégrante de la monarchie française. »(3)

Malgré les protestations à Gênes, la Corse devient française avec l’aval de la consultation du 23 septembre 1790 à Orezza.

S’exprimant dans la galerie du couvent Saint-François, Pietri di Fozzano a demandé dans une motion à ” solenniser (solenizzare) le jour du 30 novembre où l’Assemblée nationale nous réintégra dans nos droits et nous déclara partie intégrante de la Monarchie française. L’Assemblée a adopté cette motion à l’unanimité et a chargé le Directoire du Département de faire publier cette délibération dans toutes les communes de l’île ». (4)

Sous la présidence de Pascal Paoli, l’assemblée électorale demande en outre « l’annulation des concessions et des délibérations en faveur de Marbeuf et d’autres officiers du temps de la conquête. Enfin, le 30 novembre est déclaré fête nationale ». (5)

Dans le même temps, le général, élu par un vote unanime commandant des Gardes nationales, est célébré à la tribune par Pompei en ces termes : « Lui qui a su un temps revendiquer la liberté, mérite aujourd’hui que lui soit confié l’honneur de la protéger. » Ainsi, la consulta entend le rétribuer financièrement et lui dresser un monument qui rappellera son indéfectible engagement pour la patrie.

Or, Paoli bien que sensible à cette marque de respect, en repousse l’idée : « Permettez-moi de vivre au milieu de vous comme simple citoyen, et que je continue à vous présenter mes services. Ma fortune est suffisante pour mes besoins, et me dispensera d’être à la charge de ce peuple épuisé d’avoir subi tant d’années une administration oppressive. » (6) Touchée par ce « généreux refus “, L’assemblée d’Orezza décide qu’une somme de cinquante mille francs soit prélevée sur le budget du département,” afin que le général Paoli puisse en bénéficier dans l’intérêt public, ou dans quelque usage qu’il jugera propre, sans obligation d’en rendre compte ».

Comme gêné par un monument à sa gloire et de son vivant, Paoli répond modestement : « Le monument le plus gratifiant pour moi est celui que vous m’avez élevé dans vos cœurs. Ne prodiguez pas d’éloges aux citoyens tant que leur carrière n’est pas terminée. » (7) Passant outre, l’Assemblée délibère en faveur de l’édification d’une statue au général Paoli.

(1) Antoine-Marie Graziani. Pascal Paoli père de la patrie corse. Tallandier. (2) Antoine Franzini. Un siècle de révolutions corses. Vendémiaire. (3) Michel Vergé- Franceschi. Histoire de la Corse. Editions du Félin. (5) Jean-Marie Arrighi et Olivier Jehasse. Histoire de la Corse et des Corses. (4, 6, 7) Bulletin de la Société des sciences. L’histoire de la Corse dans les années 1790-1791.

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