L'article à lire pour comprendre ce qu'est vraiment un bloc noir

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Mobilisation contre la loi Travail, 1er mai, "gilets jaunes" … Des blocs noirs sont régulièrement engagés dans les manifestations. Mais qui sont et que veulent ces militants d'extrême gauche vêtus de noir?

Ils sont la bête noire du gouvernement. Le 16 mars, lors du 18ème samedi de la manifestation des "gilets jaunes", des centaines de militants du groupe radical et insurrectionnel ont saccagé les boutiques de luxe des Champs-Élysées et bloqué les forces de police. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a immédiatement pointé le doigt "les blocs noirs"Les manifestants sont tous vêtus de noir pour rester anonymes.

Manifestations contre la loi Travail, 1er mai … Ces dernières années, les processions forment régulièrement des blocs noirs, qui causent chaque fois des dommages importants. Qu'exigent-ils en attaquant les banques et les forces de l'ordre? Qui sont ces militants d'extrême gauche cachés sous des masques? Franceinfo lève le voile.

Eh bien, qu'est-ce qu'un bloc noir?

Si cela donne lieu à de nombreux fantasmes, le terme "bloc noir" ne désigne en réalité qu'une méthode de démonstration mise au point par des militants de la gauche radicale. insurrectionnel. Au cours des défilés auxquels ils participent, ces individus – dispersés d’abord dans le cortège – s’habillent en noir, masquent leur visage, puis se rassemblent pour créer "une sorte d'énorme drapeau noir, tissé d'êtres humains", dit le politologue Francis Dupuis-Déri, ​​auteur d'un livre remarqué sur le sujet, Les blocs noirs: la liberté et l'égalité se manifestent (Lux, 2019). "Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de rester anonyme. "

Il n'y a pas un seul bloc noir, mais des blocs noirs, qui se forment à un moment T lors de démonstrations puis se dissolvent avec eux.Francis Dupuis-Déri, ​​politologuechez franceinfo

Les participants défilent ensuite derrière des banderoles de slogans anti-capitalistes ou anti-étatiques. "Certains renforcent leurs bannières avec des plaques de bois, ce qui nous permet de nous protéger du feu de LBD et des coups de matraque"explique à franceinfo Isidore *, un militant anarcho-communiste de l'ouest de la France. Cette configuration permet également "pour éviter la fragmentation du bloc", note une note du Centre de recherche de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN), ajoutant que, dans ce contexte, "l'interrogatoire d'un individu est rendu difficile, voire impossible".

D'où vient ce type d'événement?

Sortons les livres d'histoire. Ce type de démonstration est né en Allemagne au tout début des années 1980. Le mur est toujours debout et à Berlin-Ouest, des activistes autonomes ont investi des squats. Lorsque les autorités tentent d'évacuer ces lieux, certains occupants creusent des tranchées, volent des bulldozers pour construire des barricades et n'hésitent pas à se battre avec la police. Pour ne pas être identifiés, les squatters manifestent en groupes, vêtus de noir et leur visage dissimulé par un masque. Au procès, les juges parlent de "Bloc Schwarzer", "bloc noir" en allemand.

Ce "tactique" se propage dans l'environnement anarcho-punk, via la musique et les fanzines. Petits blocs noirs apparaître puis ponctuellement aux États-Unis et au Canada, jusqu'à un sommet de l'OMC à Seattle en 1999. Les militants anti-mondialisation, qui tentent de bloquer le centre des congrès où se tient l'événement, sont aspergés de gaz lacrymogène par la police. En réponse, un groupe noir composé de plusieurs centaines de manifestants affronte la police et brise les vitres des banques et des multinationales de la ville. Les images spectaculaires font le tour du monde. Les chaînes de télévision appellent l'événement "la bataille de Seattle" et évoquent "saccage anarchiste".

"Paradoxalement, c'est cette couverture médiatique sans précédent qui a contribué à l'exportation du phénomènedit Francis Dupuis-Déri. Chaque fois qu'il y a un sommet international, les activistes anticapitalistes locaux décident deimiter cette tactique. " Réunions du FMI à Prague ou Washington En 2000, Sommet du G8 à Gênes en 2001 … Nous trouvons des blocs noirs lors de tous ces événements.

Et en France, quand est-ce arrivé?

Un bloc noir s'est formé lors du sommet de l'Union européenne à Nice en 2000, mais la première grande mobilisation s'est déroulée en 2009 à Strasbourg, en marge du sommet de l'OTAN. Selon les chiffres de la préfecture, 2 000 manifestants ont attaqué un ancien poste de douane, l'office de tourisme et des distributeurs automatiques de billets.

Un manifestant contre le sommet de l’OTAN, devant une barricade en flammes à Strasbourg, & nbsp; 4 avril 2009. & nbsp;
Manifestant contre le sommet de l'OTAN, devant une barricade en flammes à Strasbourg, le 4 avril 2009. (AXEL SCHMIDT / AFP)

Logiquement, on retrouve ces formations dans la ZAD, notamment à Notre-Dame-des-Landes ou lors de la mobilisation contre le barrage de Sivens, au cours de laquelle Rémi Fraisse a été tué par une grenade lancée par les gendarmes. Les blocs noirs prennent une ampleur sans précédent en 2016, lors de manifestations contre le droit du travail. "C’est au cours de ce mouvement qu'est apparu ce que l’on appelle maintenant la" procession de la tête "."dit Francis Dupuis-Déri.

Contrairement aux autres mobilisations, où les blocs noirs se formaient généralement au milieu de manifestations derrière les processions syndicales plus traditionnelles, ils ont réussi à remporter la première place. C'est une vraie particularité française qui donne au bloc noir une grande visibilité.Francis Dupuis-Déri, ​​politologuechez franceinfo

Depuis lors, des blocs noirs se forment régulièrement lors d'événements. Ce fut le cas le 1er mai 2018 ou le 16 mars, lorsque des "gilets jaunes" et des blocs noirs ont attaqué de nombreux Champs-Élysées, dont le célèbre restaurant Fouquet. Les événements qui ont entraîné le limogeage du préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Mais pourquoi tout casser?

Manifestations de "gilets jaunes", mobilisations d'agriculteurs, blocages de lycées … En France, il n'est pas rare que des mouvements sociaux provoquent des "ruptures". Mais les participants à Blocs noirs avoir la distinction de réclamer la la violence et la mettre au centre de leur action. "Ils se mettent en scène et tentent d'adopter l'image que les médias et les autorités en donnent: celui de l'ennemi public numéro 1, Analyse de Francis Dupuis-Deri. Avec le bloc noir, la cible est le message. "

"Nous attaquons ce que nous considérons comme des outils duL'oppression capitaliste: banques, assurances, panneaux publicitaires, enseignes de multinationales ", nous listons Isidore *. "Nous attaquons des emblèmes, des entités matérielles et non des individus (…) Ces actions remplacent l'humain en tant que valeur fondamentale contre les objets tant adulés par le capitalisme", pouvons-nous lire sur un texte de réclamation trouvé sur le McDonald's saccagé le 1er mai.

"La tradition, chez les participants du bloc noir, est" nous attaquons le matériel, nous ne faisons pas de victimes ".dit Sylvain Boulouque, historien spécialisé dans l'anarchisme. Deux épisodes récents semblent toutefois déroger à cette règle: les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants lors des manifestations contre la loi travailliste à Paris et l’incendie d’une banque située dans un immeuble le 16 mars, toujours à Paris. . "C'est quelque chose que nous n'avions pas vu auparavant, remarque l'historien. Peut-être le fait que les jeunes manifestants restent encore peu aguerris aux pratiques du bloc noir. Cela montre en tout cas que le mouvement n'est pas uniforme. "

Ils ne sont pas tous anarchistes?

Ce n’est pas si simple, disent les experts. "Nous retrouvons dans le bloc noir toutes les composantes de l'anti-capitaliste révolutionnaire de gauche"déchiffre Sylvain Boulouque, citant pell-mell "anarchistes, marxistes révolutionnaires, écologistes radicaux ou autonomes".

Ce dernier terme fait référence à un courant d’ultragauche vantant la lutte, parfois violente, pour vivre en autonomie vis-à-vis de l'Etat et de l'économie capitaliste. Par extension, l'expression "mobilité anarcho-autonome" est utilisée par les autorités – souvent de manière imprécise, comme souligné Humanité qualifier toute cette galaxie d'ultragauche, zadistes de Notre-Dame-des-Landes au "groupe de Tarnac" en passant par les participants aux blocs noirs.

"Il y a aussi des féministes radicales et des activistes queer dans le bloc noir, Ajoute Francis Dupuis-Déri. Nous pensons souvent au bloc noir en termes masculins, mais il comprend de plus en plus de femmes, ce que nous ne remarquons pas nécessairement à cause des vêtements noirs. "

Quel est le profil des manifestants du bloc noir?

C'est la grande question. Interrogé sur ce point, Isidore répond avec les éléments suivants: "Les médias sont obsédés par l’idée de développer un profil sociologique typique des participants aux blocs noirs. La réalité est que nous retrouvons sous les cagoules tous ceux qui subissent ou observent la violence de l’État: prolétaires, étudiants, intellectuels, personnes racialisées, femmes … " Une mystique de la révolte anonyme et populaire que l'on retrouve régulièrement dans les publications relatives aux blocs noirs. Ainsi, une déclaration de militants italiens affirmait: "Veux-tu voir des visages sous un foulard, un casque, un cagoule?" Ce sont les mêmes qui vous paient le loyer pour des logements décrépits. "

Ce sont les visages qui préparent votre cappuccino, ce sont les visages de ceux dont le sang est drainé par la précarité, dont la vie est de la merde et qui ne peuvent plus.Une déclaration de militants italiens

Cette description contraste avec les profils trouvés à la barre lorsque les essais de bloc noir sont rendus publics. Comme le note le chercheur Olivier Cahn, ces personnes sont souvent très instruites et exercent des professions intellectuelles supérieures. Cela a été particulièrement le cas après le 1er mai, quand un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole Centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré à 4 200 euros par mois, a comparu sur le banc des accusés.

Faut-il, pour autant, faire de ces affaires une généralité? "Quand ils réussissent à interviewer des black blocks, les journalistes ont logiquement tendance à étendre le micro aux personnes qui leur ressemblent sur le plan sociologique. Je suis le même pour moi qui suis chercheur. C'est un objectif déformant qu'il faut être attentif", alerte Francis Dupuis-Deri. Même avertissement du côté de Sylvain Boulouque: "Il est faux de dire que le bloc noir n'est composé que de professeurs. Lorsque nous observons les processions à Paris, nous nous rendons compte que les profils sont assez colorés."

Que font-ils dans les manifestations "gilets jaunes"?

Historiquement, on trouve régulièrement des blocs noirs dans les mouvements sociaux dont les revendications correspondent aux batailles de la gauche radicale. "Les blocs noirs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par des organisations anti-mondialisation, avec lesquelles ils ne s'identifient pas, mais ils sont venus parce qu'ils partageaient leur colère et leurs intérêts. Avec les" gilets jaunes "."analyse Francis Dupuis-Deri.

"Il est tout à fait logique qu'ils participent à un mouvement populaire comme les" gilets jaunes "&" # 39; "Sylvain Boulouque a déclaré, rappelant que le même processus avait été observé lors de manifestations contre le droit du travail.

Le discours du black bloc veut dire que les événements traditionnels n'apportent rien car ils n'affaiblissent pas le pouvoir. Nous sommes exactement dans cette configuration avec les "gilets jaunes".Sylvain Boulouque, historienchez franceinfo

Mais je pensais que les "gilets jaunes" rejetaient toutes les organisations politiques …

C'est en effet le mot d'ordre depuis le début du mouvement, le 17 novembre dernier. "Mais le bloc noir n'est pas une organisation politiquedit Sylvain Boulouque. Ses participants rejettent toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les "gilets jaunes". "

Les relations entre les "gilets jaunes" et les militants du bloc noir étaient initialement compliquées, le premier accusant le second d'être responsable des actes de violence survenus le premier samedi de la manifestation et de donner une mauvaise image du mouvement. Aujourd'hui, la situation semble s'être inversée: en observant les débats sur les groupes de "gilets jaunes" de Facebook, les manifestants manifestent une sympathie croissante à l'adresse du bloc noir. "Au début, j'étais contre, mais au bout d'un moment, à force de voir les pacifistes jaunes mutilés par la police, j'ai compris que c'étaient eux qui avaient raison", dit Nicolas, un "gilet jaune" de l'Oise.

Ce rapprochement a atteint son apogée le 16 mars, lorsque des "gilets jaunes" et des militants du bloc noir se sont retrouvés côte à côte sur les Champs-Élysées dans une démonstration brutale de force commune. Christophe Castaner a également dénoncé un "immense complaisance" "gilets jaunes" vis-à-vis du "1500 blocs noirs" présent dans la procession.

J'étais trop paresseux pour tout lire, vous me donnez un résumé?

Le black bloc n'est pas un courant politique mais une manière de manifester. En France, des blocs noirs ont été observés lors de manifestations de "gilets jaunes" à Paris, Bordeaux, Toulouse ou Nantes, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine. Chaque fois, une multitude de militants de la gauche radicale et insurrectionnelle, vêtus de noir pour rester anonymes, se rassemblent derrière des banderoles avec des slogans anticapitaliste et anti-état. Une tactique née en Allemagne dans les années 1980 et utilisée pour confronter la police, considérée comme le bras d'un État autoritaire, et détruisant les fenêtres des banques et des panneaux d'affichage, symboles à leurs yeux de l'oppression capitaliste.

La violence a atteint un nouveau niveau le 18 samedi de la mobilisation de "gilets jaunes", le 16 mars, avec l'incendie d'une banque et le Fouquet. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à de nouveaux épisodes d'insurrection, y compris le 1er mai. Qu'est-ce qui inquiète le gouvernement, qui s'est éclaté "l'immense complaisance" "gilets jaunes" vis-à-vis du noir des blocs.

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