L'approche politique du PDG de Nexity, une approche inhabituelle

Paris, 21 nov. 2018 – Multipliez les recommandations politiques, adressez-vous directement au chef de l'Etat: publiant publiquement une feuille de route pour le logement, Alain Dinin, PDG du géant de l'immobilier Nexity, suit une démarche inhabituelle pour un dirigeant de grande entreprise.

"Je parle des élections de 2022", a déclaré Dinin lors d'un petit-déjeuner avec la presse avant la présentation mercredi d'une série de propositions en matière de politique de logement. Croyant que certaines mesures gouvernementales vont déplacer les votes "à l'extrême droite et à l'extrême gauche", Dinin fait partie du politique et non de l'économie. Cette position est d'autant plus supposée qu'il envoie une lettre ouverte aux chefs d'État et de gouvernement plutôt qu'au ministère du Logement. La démarche est rare chez les chefs d'entreprise: leur discours politique passe généralement par des organisations professionnelles et des employeurs, dont le Medef est emblématique. Le PDG de Nexity, le premier promoteur immobilier français avec un chiffre d'affaires de trois milliards d'euros, est certainement habitué à parler en public: il avait proposé, sous le mandat de cinq ans de François Hollande, un "pacte de constructibilité" au gouvernement. Sa tendance à faire cavalier seul s'est accentuée sous la présidence d'Emmanuel Macron. À la fin de 2017, Nexity a quitté la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), le privant de son premier membre. M. Dinin a jugé trop catégorique le mot du FPI, qui soutient la politique du gouvernement en matière de logement: il l’accuse de ne pas défendre les constructeurs de maisons unifamiliales, désavantagés par la suppression des subventions à la propriété dans les zones moins pénalisées. logement. "Il ne se positionne pas en tant que dirigeant d'entreprise, mais en tant que leader politique: c'est quelqu'un d'autre qui l'a fait, c'est Leclerc", a déclaré un promoteur à l'AFP. Si ce promoteur estime que Michel-Edward Leclerc "fait de la publicité pour sa marque", en se différenciant publiquement de ses concurrents dans la grande distribution, il considère l'attitude plus complexe de M. Dinin. Il reconnaît les "valeurs", bien qu'il note que Nexity est présent, de manière minoritaire mais non négligeable, dans les zones détendues. Le groupe est donc plus exposé au recentrage des aides que certains de ses principaux concurrents, presque absents de ces zones. – Ministre du logement? "Jamais" – Pour beaucoup, les acteurs interrogés par l'AFP ne croient pas que M. Dinin est motivé par le seul intérêt de Nexity, mais estiment que la nature même du groupe influence cette approche. "C’est l’un des rares acteurs à disposer de l’ensemble de la chaîne immobilière", juge à l’AFP Jean-Marc Torrollion, président de la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier), première fédération de l’immobilier en tant qu’agents et mandataires. Au fil des années, Nexity a surpassé l'activité de promoteur: il possède les agences Guy Hoquet et Century 21, tout en exploitant des résidences d'étudiants ou des seniors. M. Dinin incarne cette transformation: il dirige le groupe depuis 2004 et avait déjà des responsabilités concernant la filiale immobilière de Vivendi. "Je n'exclus pas une part de sincérité", résume un ancien ministre du Logement. "Il y a une volonté de dire + je ne suis pas seulement un promoteur: j'ai un cerveau + il aime être critiqué par ses collègues". Sans nier une part de son ego, l’ancien ministre salue une rupture "avec une tradition de promoteurs: + vivons heureux, vis caché et visons l’argent public en faisant du lobbying tranquillement +". L’attitude de Dinin peut-elle offrir une alternative au lobbying traditionnel, critiqué en particulier par le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, lorsqu’il a démissionné fin août? "Cela restera extrêmement rare", a annoncé à l'AFP André Yché, président de CDC Habitat, l'une des filiales de la Caisse des Dépôts, branche financière de l'Etat. Tout en se félicitant d'une approche qui "réconcilie le capitalisme et l'intérêt public", M. Yché souligne une spécificité de M. Dinin: "Une fibre politique beaucoup plus prononcée que la plupart de ses homologues". Cependant, le président de CDC Habitat, qui a plusieurs partenariats avec Nexity, exclut "absolument" que M. Dinin cherche une carrière politique. À l'inverse, les autres interlocuteurs de l'AFP ne doutent pas. "Je ne serai jamais ministre du Logement, je ne suis pas légitime", a déclaré M. Dinin, pour qui le poste devait être occupé par un élu local.

JDY / st / DGA

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