La télé-réalité de Netflix fait du confinement un jeu

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JP, candidat à la version brésilienne de The Circle. – Netflix

  • “The Circle” est une émission de téléréalité créée au Royaume-Uni. Netflix a adapté le concept avec des versions américaines, brésiliennes et bientôt françaises.
  • Dans ce programme, les candidats vivent seuls, dans des appartements séparés, et ne peuvent communiquer que par des écrans interposés.
  • Étonnamment, le résultat est beaucoup plus amusant que vous ne le pensez sur papier. Il y a même quelque chose de réconfortant pendant l’accouchement.

“Monde de la virtualité, nous sommes réduits à exister, à nous parler, à n’interagir qu’à travers des écrans”, écrit Leïla Slimani dans la première colonne de son journal de confinement publiée mercredi sur le site de Monde. Oui
le texte a été découragé par une foule d’internautes le jugeant indécent, cette phrase de l’auteur de Chanson douce n’est pas moins pertinent. Français et français
On leur dit de rester à la maison et de limiter l’interaction sociale face à face au strict minimum. La population fait donc logiquement référence au téléphone, à la messagerie instantanée et autres Skype pour communiquer avec le monde extérieur.

Une situation prophétisée – nous ne sommes pas sauf pour l’hyperbole – par Le cercle, une émission de télé-réalité britannique lancée en 2018 sur Channel 4 et désormais disponible sur
Netflix. La plateforme a mis en ligne les épisodes de la version américaine en janvier et, dans l’attente de la version française le mois prochain, elle met progressivement à disposition ceux de la première saison brésilienne.

Le concept ? Les candidats se retrouvent dans le même bâtiment mais vivent seuls dans des appartements séparés sans jamais se rencontrer. Leur seul moyen de communication est une sorte de réseau social – des écrans sont installés dans toutes les pièces afin que vous puissiez vous y connecter en permanence – appelé The Circle.

“Influenceurs” et “bloqués”

Chaque participant a le choix de se présenter sous sa véritable identité ou d’inventer un faux profil. Leurs journées sont rythmées par des défis lancés par la production ou par des discussions via le chat, en plus ou moins petits groupes. Il leur est régulièrement demandé de s’évaluer mutuellement. Les deux candidats les plus populaires sont élus “influenceurs” et ont le pouvoir de choisir qui sera éliminé de l’aventure. Le résident qui a été “bloqué” doit faire ses valises mais, avant de claquer la porte, cette fois peut rendre visite visuellement au concurrent de son choix. En finale, le participant le plus populaire, choisi par ses pairs, remporte une belle somme d’argent.

Résumée de cette façon, le concept semble être absolument froid et devrait vous donner envie de commenter l’article en disant que “c’est ça, George Orwell avait raison, c’est 1984 en vérité “. C’est compréhensible, mais quand on regarde les épisodes en question, le jeu s’avère particulièrement amusant et étonnamment captivant. Dans cette période de confinement, il est impossible de ne pas s’identifier encore plus avec les différents protagonistes , cloîtrés dans des appartements à l’esthétique plus ou moins tapageuse.

Alors que les émissions de télé-réalité de confinement nous avaient habitués aux Lofteurs ou aux habitants de la Maison des secrets scellés par l’ennui après une semaine, Le cercle offre une vision beaucoup plus réconfortante. Les volontaires confinés de vingt et trente ans ne semblent avoir aucune difficulté à affronter seuls la vie. On les voit lire, écrire, dessiner, jouer des mikados en solo mais aussi faire du sport ou de la cuisine … Et lorsqu’un message d’alerte apparaît sur leur écran pour leur communiquer des informations importantes ou le début d’une partie, certains viennent à déplorer de ne pas avoir un moment de répit. Et cela, pour un Français ou une Française qui ne peut pas quitter son appartement et n’a pas à se soucier d’autre chose, c’est terriblement inspirant.

Emojis et hashtags

On va presque jusqu’à écrire (on y va même, puisque on l’écrit) qu’avec chaque épisode, on a envie de trouver des amis. Les candidats sont attachants et jamais “hors sol”, contrairement à certains “Anges” de NRJ 12 ou autres “Ch’tis” et “Marseillais” de W9. Si la plupart d’entre eux correspondent à des stéréotypes de la télé-réalité – le beau gosse musclé, la grosse gueule un peu belle, la bonne copine, le gai à la langue bien pendue … -, ils ne restent pas très longtemps piégés sous ces étiquettes. Ils révèlent rapidement les différentes nuances de leur personnalité. En outre, il y a fort à parier que le participant du Le cercle L’Américain que vous pensez détester dans le premier épisode deviendra votre préféré. Et puis, certains ne se présentant pas sous leur véritable identité – il est possible d’incarner une personne du genre, de la couleur et de l’orientation sexuelle de leur choix – le discours sur les apparences trompeuses prend une autre dimension.

Chris, candidat à la version américaine de The Circle, en pleine discussion avec Joey par écrans interposés.
Chris, candidat à la version américaine de The Circle, en pleine discussion avec Joey par écrans interposés. – Netflix

Ce divertissement représente certes une expérience sociologique limitée mais il permet d’observer, voire de se reconnaître, dans certains comportements. Quelle photo mettre sur son profil? Pour quel effet souhaité? Comment être apprécié du plus grand nombre? Quelle expression devez-vous utiliser pour atteindre votre objectif dans un chat? Comment ne pas être démasqué lorsque l’on usurpe l’identité d’un tiers? Il y a aussi des particularités selon les pays: les Américains inondent leurs messages emoji lorsque les Brésiliens utilisent des hashtags avec zèle. Et caractéristiques communes: les origines géographiques sont pour beaucoup un signe de ralliement et une force motrice pour former une alliance.

En fin de saison, les quatre habitants restants se retrouvent en chair et en os autour d’une table. Ensuite, le casting entier est retrouvé lors d’une diffusion sur le plateau pour l’annonce du résultat. Ce retour à la «réalité» nous offre, dans un cadre confiné, une perspective réconfortante: la situation ne durera pas éternellement et nous finirons tous par nous rencontrer et célébrer ensemble. Oui, même avec ceux que nous avons bloqués et nous serons heureux.

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