La stratégie indo-pacifique des États-Unis ne peut échapper aux troubles internes

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Le président américain Joe Biden (à gauche) et le président français Emmanuel Macron s’expriment au début du sommet du G7 à Carbis Bay, en Cornouailles, le 11 juin 2021. Photo : AFP

AUKUS, un nouveau bloc militaire composé des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie, a aggravé l’éloignement entre Washington et Bruxelles. Et avec Washington et Paris aussi, malgré cela, le président américain Joe Biden a admis les actions américaines “maladroites” dans son accord sur les sous-marins avec l’Australie. Après avoir été « poignardée dans le dos » par les États-Unis, la France réévalue sa propre stratégie indo-pacifique. Selon les médias, Paris envisage d’approfondir ses liens avec Tokyo et New Delhi.

La France est un allié important et un partisan de la stratégie indo-pacifique des États-Unis. L'”indignation française” jette certainement une ombre sur les plans de l’administration Biden de tisser un mini-réseau de multilatéralisme dans l’Indo-Pacifique pour contenir la Chine. Mais force est de constater que la politique américaine dans la région Indo-Pacifique ne sera pas contrecarrée par le caprice de la France.

Les stratégies des États-Unis et de la France concernant la région indo-pacifique présentent des contradictions structurelles. Ils se chevauchent également considérablement dans les intérêts, les objectifs stratégiques et les plans spécifiques. Les deux cherchent un déploiement militaire de première ligne dans la région et étendent le réseau d’alliés et de partenariats pour contenir la Chine.

La présence de Paris en région, quant à elle, est restée dans le cadre stratégique de Washington. Pourtant, Tokyo et New Delhi sont les principaux pivots de la stratégie américaine dans la région. Eux aussi sont des partenaires importants de la stratégie sécuritaire de la France à étendre à la région. En fait, Tokyo et Paris ont signé un accord bilatéral pour partager la défense et d’autres fournitures afin d’approfondir la coopération en matière de sécurité. Par ailleurs, en 2018, Paris et New Delhi ont signé l’accord de soutien logistique pour la fourniture d’un soutien logistique réciproque.

Dans cette optique, la coopération de la France en matière de défense et de sécurité avec le Japon et l’Inde est profondément ancrée. Dans une certaine mesure, une telle coopération fait également partie du déploiement stratégique américain dans la région indo-pacifique.

La crise entre la France, l’Australie et les États-Unis sur l’accord d’achat de sous-marins ne peut guère impacter le déploiement stratégique des États-Unis dans la région Indo-Pacifique. Mais la stratégie indo-pacifique de l’administration Biden sera inévitablement compromise en raison de contradictions internes.

Les États-Unis ont uni le Japon, l’Inde, l’Australie, le Royaume-Uni et la France pour adopter une politique commune et maintenir une coopération étroite sur les déploiements militaires et les opérations diplomatiques. L’une des principales raisons est la compréhension commune de la « menace chinoise ». Cependant, tous ont des réponses différentes à des questions telles que quelle est la menace chinoise, comment y faire face et quels sont leurs objectifs. Par conséquent, ils ont des calculs différents concernant la Chine.

Pour être plus précis, aux yeux des décideurs de Tokyo, Pékin menace ses exigences en matière de droits et d’intérêts sécuritaires en mer de Chine orientale. Quant à New Delhi, hormis les différends frontaliers avec Pékin, elle se méfie de la possibilité que la Chine remette en cause son hégémonie dans l’océan Indien. Londres et Paris considèrent la région Indo-Pacifique comme un endroit important pour étendre leur pouvoir et démontrer leurs fantasmes d’influence mondiale.

Néanmoins, la stratégie indo-pacifique des États-Unis vise à maintenir la domination de Washington sur l’ordre régional. Essentiellement, les États-Unis profitent du soutien de nombreux alliés et partenaires pour faire avancer leurs propres intérêts. Il a adopté une politique qui sacrifie les bénéfices de la coopération économique et commerciale et prend des risques pour la guerre. Cependant, cela va en fait à l’encontre des stratégies économiques et de sécurité étrangères de pays comme le Japon, la France et le Royaume-Uni.

En ce sens, la récente crise de colère de Paris contre Washington ne peut arrêter le déploiement de ce dernier dans la région indo-pacifique. Puisque la stratégie indo-pacifique des États-Unis repose sur le soutien de ses alliés et partenaires, Washington souffrira toujours de conflits inconciliables au sein du système occidental. Le Japon, le Royaume-Uni, la France, l’Australie, l’Inde et les pays riverains de la mer de Chine méridionale formeront une relation de « coopération + conflit » avec les États-Unis dans la région indo-pacifique – d’une part, ils coopèrent avec les déploiements stratégiques de Washington, en particulier dans le domaine de la sécurité ; de l’autre, en raison des conflits d’intérêts et des revendications, ils essaieront de compenser et de ne pas suivre à chaque étape les stratégies de Washington.

En d’autres termes, la volonté de Washington de former un front uni avec une politique commune dans la région indo-pacifique sera certainement confrontée à des revers majeurs, voire à un échec.

L’auteur est directeur du World Navy Research Center à l’Institut national d’études sur la mer de Chine méridionale. [email protected]

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