La réponse délicate des urgences à la répétition de la violence

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Cela fait 12 ans que Nicolas travaille dans le service des urgences de l’hôpital Tenon à Paris. Et au fil du temps, il a appris à vivre dans un climat de violence quasi permanent. " Attaques verbales, insultes, c'est quotidien, Il dit. Parfois, il y a des menaces de mort. Et puis, de temps en temps, ça glisse vraiment. Hier soir, par exemple, après avoir quitté mon service, je suis allé saluer mon collègue le soir à la réception. Il a été confronté à une personne qui attendait depuis six heures. Le ton est élevé et ce monsieur a presque marché sur le comptoir pour aller se casser la figure … "

Agression répétée à Saint-Antoine

Le week-end du 13 avril, Nicolas a participé au mouvement de grève lancé dans les services d'urgence des hôpitaux d'assistance publique de Paris (AP-HP). Un mouvement pour dénoncer les conditions de travail "Insupportable" et d'exiger la création de postes paramédicaux, "Local sécurisé" et "Une augmentation de salaire de 300 €".

En fait, c’est à la mi-mars que ce grondement a commencé à l’initiative des soignants de l’hôpital Saint-Antoine, submergé par les agressions répétées subies depuis le début de l’année. " Surtout, le fait qu’au cours de la même journée, en janvier, un patient a agressé trois prestataires de services "Dit le professeur Dominique Pateron, chef des urgences de Saint-Antoine.

Grève illimitée dans les services d'urgence à Paris

Ce problème de violence est loin de n'affecter que la capitale. En octobre 2018, ce sont les soignants de l'hôpital du Nord de Franche-Comté qui ont tiré la sonnette d'alarme. En décembre, deux médecins des salles d'urgence de l'hôpital universitaire de Clermont-Ferrand ont été agressés par un père. Et la veille de Noël, c'était une urgence pédiatrique interne. Gonesse (Val-d'Oise) était littéralement assommé, avec perte de conscience, par le père d'un enfant en attente de soins. " La violence existait déjà il y a vingt-cinq ans lorsque je suis devenu chef des urgences de l'hôpital Sainte-Marguerite à Marseille. Mais il est vrai que ces dernières années, le phénomène a continué de croître. "Dit le professeur Marc Aliaza, qui a pris sa retraite l’année dernière.

Médiateurs dans les salles d'attente

Une violence multiforme. " Il y en a un qui peut venir du patient lui-même parce qu'il est malade. Là, notre travail en tant qu’aidant est de savoir comment le gérer. Et puis, il y a l'agression de la famille et des proches: c'est beaucoup moins simple à affronter quand on se retrouve face à une personne qui laisse un couteau ou un tournevis "Reconnaît le professeur Patrick Goldstein, responsable des urgences de l'hôpital universitaire de Lille.

Cette agression est souvent liée à des temps d’attente que certains proches ne comprennent pas. C’est la raison pour laquelle de plus en plus d’hôpitaux utilisent des médiateurs pour s’adresser aux familles. " Ils jouent un rôle intermédiaire entre parents et aidants pour expliquer pourquoi l'attente est parfois longue "Dit le professeur Aliaza. De plus en plus de soignants suivent également un entraînement pour désamorcer les réactions agressives." À la maison, nous proposons également des cours d'autodéfense Jean-Emmanuel de la Coussaye, chef des urgences de l'hôpital universitaire de Nîmes, ajoute.

Installation de vidéosurveillance et présence de gardes de sécurité

Mais les situations d'urgence ont également recours à des mesures plus strictes, notamment l'installation de vidéosurveillance et la présence de gardes de sécurité. Cela crée parfois des tensions éthiques parmi les soignants, partagées entre la nécessité d'assurer leur protection et la volonté de continuer à faire des urgences un lieu d'humanité ouvert à la ville jour et nuit.

" Nous avons des veillées d’une efficacité remarquable, qui rassurent le personnel et sont très bien acceptéesexplique le professeur Jean-Emmanuel de la Coussaye. Ensuite, vous devez trouver un point d'équilibre entre sécurité et soins. Vu les couteaux régulièrement retrouvés chez des proches d’hospitalisés, il a été envisagé de mettre un portique à l’entrée de la salle d’urgence. Mais nous l'avons abandonné. Nous ne pouvons pas devenir un bunker ultra sécurisé. "

Une opinion partagée par le professeur Goldstein. " Dans certains pays anglo-saxons, des policiers sont constamment présents dans les salles d'urgence. Mais en France, c'est toujours impensable. "

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