La reconnaissance de l'Eglise orthodoxe ukrainienne, "Une décision très politique"

Le jeudi 11 octobre, le patriarcat œcuménique de Constantinople a ouvert la voie à la reconnaissance de l'indépendance de l'Église orthodoxe ukrainienne. "Cette situation pourrait conduire à une violence spontanée ou manipulée, parasitant le processus de l'Église et amplifiant la discorde politique. Ukraine ", déclare l'historien Jean-François Colosimo, président de l'Institut Saint-Serge (1).

La Croix: Quelles pourraient être les conséquences géopolitiques de cette décision? Jean-François Colosimo: Ils s'inscrivent dans plusieurs plans qui s'articulent sans nécessairement se mélanger. Outre les lourdes conséquences ecclésiales, cette décision soulève plusieurs problèmes politiques. À la condition que les orthodoxes ukrainiens sympathiques à cette acrocephaly parviennent à se réunir de manière significative et indivisible, l'Etat ukrainien reconnaîtra l'existence d'une église nationale et lui accordera vraisemblablement un régime de faveurs en termes de lieux de culte, de fiscalité … Il demandera ensuite aux fidèles restants de Moscou de choisir entre une affiliation à l'Église orthodoxe d'Ukraine – s'ils s'appellent eux-mêmes orthodoxe – ou à l'Église orthodoxe russe si, au fond, ces derniers ne se sentent pas ukrainiens. Dans ce cas, ils seront appelés à expliquer … Cette situation constituera finalement une victoire politique de la Maison-Blanche sur le Kremlin, car l'une des grandes divisions entre Washington et Moscou est basée sur le défi de savoir de quel côté doit-on changer Ukraine. La grande inconnue est de savoir si la situation conduira, dans les semaines à venir, à une violence spontanée ou manipulée, destinée à parasiter le processus ecclésial et à amplifier la discorde politique.Lire aussi: Filaret de Kiev tient sa revanche sur Moscou Cette reconnaissance est exploitée dans le discours de l'Etat? JF.C: Je ne pense pas que l'instrumentalisation de cette décision ecclésiale par le président ukrainien, Petro Porochenko, lui soit finalement très favorable. C’est un personnage qui n’est pas forcément très bien jugé par tous les camps présents, tels que les catholiques de rites latins ou byzantins, très présents dans l’ouest du pays.Certes, cela aidera à le présenter comme le "champion du indépendance totale ". Mais à part les franges les plus nationalistes, le problème de la majorité des fidèles n’est pas là: c’est à eux de réussir à simplifier leur situation, alors qu’ils se sentent divisés entre une appartenance confessionnelle, un patriotique, un culturel (qui, bien sûr, renvoie à Moscou) … Je ne suis pas sûr qu'ils se sentent reconnaissants envers Petro Porochenko, dont ils voient aussi les manœuvres politiques, d'autant plus que le président parle régulièrement, très violemment, contre les fidèles qui veulent rester sous Moscou, en les diabolisant et en excluant les de la communauté nationale. Le jeudi 11 octobre, le patriarche de Constantinople, Bartholomé Ier, a expressément demandé que ses déclarations ne soient pas utilisées à des fins violentes. Mais l’Etat ukrainien est loin de l’état de droit tant souhaité par les Européens, il tentera certainement d’exploiter la situation pour le persécuter, sous le couvert de nouvelles mesures administratives et "légales", récalcitrantes ou dissidentes Cette décision fait-elle payer le patriarche Kirill sa proximité avec le Kremlin ?: Le patriarche Kirill est devenu en quelque sorte ministre des Affaires religieuses intérieures et extérieures de l'État russe. Il avait conclu avec le président une sorte de pacte dans lequel il portait toutes ces perspectives de rayonnement à l'étranger, anciennement soviétique, ou plus lointain, en Europe ou aux États-Unis, en Afrique … Mais cette affaire ukrainienne récente a finalement montré que le processus était contradictoire, parce que les intérêts de Kirill et de Vladimir Poutine à Kiev ne sont pas les mêmes. Le patriarche de Moscou n'est pas légitimement en mesure de dire aux orthodoxes ukrainiens: "Nous sommes tous frères et soeurs de la même Eglise, je ne suis pas proche du Kremlin", car il a trop longtemps accompagné la diplomatie de cette nation. Son alliance se retourne contre lui.Lisez aussi: Pour l'Église orthodoxe ukrainienne, l'autocéphalie au bout des doigts

Recueilli par Malo Tresca

Et aussi

Filaret de Kiev prend sa revanche sur Moscou

Le patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople a reconnu, jeudi 11 octobre, une église indépendante en Ukraine. Une décision historique.
Le patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople a reconnu jeudi 11 octobre une église indépendante en Ukraine. Une décision historique.

Lire la suite

Leave a comment

Send a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.