La petite musique de Robert Walser

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• Ce que je peux dire de la musique, de Robert Walser, Choix de textes par Roman Brotbeck et Reto Sorg, Zoé, 222 p., 21 €

• Histoires d’images, de Robert Walser, Textes choisis de Bernard Echte, traduits de Marion Graf, Zoé-Poche, 112 p., 9 €

Si l’on devait classer par thème l’œuvre de Robert Walser (1878-1956), on aurait bien des difficultés. De même, par genre. Même si le projet et la visée romanesques sont présents, mais en pointillé, nous nous dissolvons dans une autre dimension d'écriture, qui n'a aucun souci de ce que les élans, des humeurs et des sentiments, des escapades, de quelques instants aussi elles restent fugaces, provisoires, libérées de toute pesanteur.

Une œuvre singulière et vagabonde

Du côté roman, au début de la carrière de Walser, il y eut, notamment, L’Institut Benjamenta (1909), lu par Kafka et que Marthe Robert traduisit en 1960 chez Grasset. Ce livre introduit l’œuvre du pays de Bienne en France, sans vraiment révéler la nature. Depuis, les traducteurs (de Jean Launay et Jean-Claude Schneider à Marion Graf) et les éditeurs ont donné une vision plus juste de cette œuvre inclassable, livrée en feuilles volantes dans les journaux ou revues suisses et allemands. Une œuvre singulière et vagabonde.

La noble modestie de Robert Walser

Dans le premier de ces deux volumes anthologiques (comme le deuxième, plus modeste, est sur la peinture), comme ONU passant distrait, Walser parle de musique: «Si l’invitation à parler de telle chose a été choisie, j’aime en ajouter une autre, chaleureusement au sujet. » Il est aléatoirement question de Mozart, de Chopin ou de Beethoven, d’instruments (l’accordéon plus que l’orgue ou le piano), de voix. Parfois, un interprète, et plus souvent de la salle et de l'ambiance de la salle où il se produit… parfois Here, the désordre is a jouvence perpétuelle.

Une «Agréable mélancolie»

Un jour, en 1917, il parle par exemple d'un chanteur ambulant, homme ordinaire, notre semblable: «Pour lui, la vie humaine est une splendeur mystérieuse, et il se joint aux hommes qui sont simplement humains. » Chez Walser, des notions comme l’affinable, l’indicable sont cachées de manière élémentaire, terre à terre, afin de permettre que «Le clair et l’obscur s’enchevêtrent en mélodies exquises».

Le refus de toute intellectualisation ou spiritualisation «Agréable mélancolie», donne à son écriture un souffle et une énergie inespérée. Peut-être désespérés. Le burlesque et la tragique, le drame et la fantaisie sont continuellement. Une sentimentalité à la fois voluptueuse et chaste affleure dans ces pages, comme celles sur la peinture. Oui, jouvence est peut-être le mot le plus juste… Avec une ombre cependant, ce n'est pas vocation à se dissoudre.

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