La fuite de milliers de messages du défunt forum néo-nazi offre des indices pour identifier les membres canadiens

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Cette histoire fait partie de Exposing Hate, une série continue d’analyses de la nature de la haine au Canada: comment elle se manifeste, se propage et s’épanouit et comment les institutions, les forces de l’ordre et les individus canadiens y font face.

Une fuite massive de messages et de messages d'un babillard néo-nazi qui a été mis hors ligne il y a deux ans offre des indices pour identifier ses membres canadiens, y compris certains qui ont prétendu servir dans les Forces armées canadiennes.

Le panneau de messages, connu sous le nom de Marche du fer, est le lieu de création et d’organisation du réseau terroriste néo-nazi de la division Atomwaffen. Des membres du groupe ont été accusés de multiples meurtres et crimes de haine aux États-Unis et le groupe s’est étendu à d’autres pays, notamment le Canada et le Royaume-Uni, ainsi qu’en Europe de l’Est.

La fuite, réalisée anonymement par un militant connu uniquement sous le nom "antifa-data", concerne près de 200 000 messages et 22 000 messages privés rédigés par 1 200 utilisateurs de 2011 à 2017. Elle contient également d'autres informations permettant d'identifier personnellement les utilisateurs, telles que comme adresses e-mail et adresses IP.

De nombreux postes sont empreints d'insultes envers les membres des Premières nations, les Arabes, les Juifs, les Noirs et les homosexuels. D'autres encouragent la violence et la mort contre les minorités et les personnalités publiques.

CBC a identifié 87 utilisateurs dont les adresses IP sont basées dans des villes canadiennes d’un océan à l’autre.

Une personne a utilisé une adresse électronique fournie par l’Université St. Francis Xavier d’Antigonish, N.S., pour s’inscrire au forum. D'autres ont utilisé leurs courriels personnels, ce qui a permis à CBC / Radio-Canada de les suivre en ligne et d'en apprendre davantage à leur sujet.

L'un d'eux est le chanteur d'un groupe de metal basé à Montréal. Un autre est un soudeur vivant à Edmonton. Et un autre a prétendu être un membre des Premières nations vivant en Colombie-Britannique.

Néo-nazis canadiens bien connus

D'autres sont des personnalités plus connues de la communauté suprématiste blanche du Canada.

Le Montréalais Gabriel Sohier Chaput, aussi connu sous le nom de "Zeiger", était l’une des affiches les plus prolifiques du forum. présenté l'an dernier par la Gazette de Montréal. En novembre de l'année dernière, la police de Montréal a lancé un mandat d'arrêt contre Chaput pour incitation à la haine.

Une capture d'écran d'une version archivée du forum Iron March avant sa suppression en 2017. (Archives Internet)

Une autre affiche canadienne prolifique était un utilisateur connu sous le nom de Dark Foreigner. Vice a été identifié l'année dernière par Vice comme l'un des propagandistes d'Atomwaffen, produisant du matériel visuel pour diffuser les messages du groupe. Son adresse IP a été retrouvée à Ottawa.

Le réseau canadien anti-haine a accès aux messages du forum depuis près de deux ans, mais cette fuite leur permettra d'identifier plus facilement le pire des pires, selon le directeur exécutif Evan Balgord.

"Nous allons en trouver le plus grand nombre possible", a déclaré Balgord à CBC. "Toute personne dans ce forum constitue une menace pour la sécurité publique. Elle est ouvertement néo-fasciste."

Les extrémistes que le réseau a identifiés par le passé se sont cachés ou ont retiré leur contenu du Web, ce qui rend l’accès plus difficile.

"Ils ont peur des accusations criminelles", a déclaré Balgord. "Il est difficile de mesurer l'impact, mais nous pensons que cela empêche un nombre incalculable de personnes d'être radicalisées."

Les Forces canadiennes répondent

Parmi les utilisateurs du forum que CBC a retrouvés au Canada, neuf ont écrit des articles ou des messages prétendant appartenir aux forces armées ou espérant y participer.

Plusieurs de ces utilisateurs ont activement encouragé d'autres Canadiens à se joindre aux forces armées ou aux réserves afin de recevoir une formation gratuite sur les armes à feu. Certains ont affirmé que l'expérience de combat serait nécessaire dans une future révolution fasciste ou une guerre de race.

L'été dernier, les Forces armées canadiennes ont publié un rapport interne selon lequel certains de leurs soldats étaient également membres de divers groupes haineux, notamment la division Atomwaffen.

Un membre, connu sous le nom de Société fasciste du Canada et dont la propriété intellectuelle a été attribuée à Edmonton, a prétendu être un fantassin de l'armée qui tentait d'attirer plus de Canadiens à l'extrême droite.

Un autre utilisateur, nommé Moonlord, dont l’adresse IP se trouve à Calgary, a été particulièrement actif en encourageant d’autres utilisateurs à rejoindre les forces armées.

"(Le gouvernement) va vous payer pour vous préparer à la guerre de race. Aucune raison de ne pas faire le service militaire", a-t-il écrit.

"Le (jour de la corde) sera plus amusant, d'autant plus que beaucoup d'entre nous sont des forces armées actives", a-t-il écrit dans un autre article. Dans le langage néo-nazi, le Jour de la corde est un événement au cours duquel ils affirment que tous leurs ennemis feront face à des représailles violentes.

Dans un courriel, un porte-parole du ministère de la Défense nationale a écrit que "les candidats dont le comportement témoigne d'un manque de respect pour les valeurs canadiennes, y compris l'acceptation et le respect de la diversité, ne sont tout simplement pas les bienvenus dans les FAC."

"Il n'y a pas de place pour eux dans une armée qui s'engage souvent avec des populations locales de diverses croyances culturelles, ici et à l'étranger", a écrit Daniel Le Bouthillier.

Les recruteurs soumettent les candidats à un processus de sélection comprenant des entretiens, des vérifications du casier judiciaire et des antécédents professionnels, ainsi que des tests d'aptitude, a-t-il déclaré.

Depuis le rapport interne qui identifiait des membres du service appartenant à des organisations extrémistes ou présentant un comportement raciste, 16 ont été sanctionnés et sept ne sont plus dans les forces. L'ombudsman de l'armée mène toujours une enquête sur le racisme au sein des Forces canadiennes, qui a été ordonnée par le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, en août.

A propos de cette histoire

CBC a utilisé un service de géolocalisation IP en ligne pour trouver les pays et les villes de 1 506 adresses IP répertoriées dans deux jeux de données inclus dans la fuite. De ce nombre, 87 ont été retracés au Canada.

CBC n'a pas pu confirmer que tous les utilisateurs possédant ces adresses IP étaient basés au Canada, car il est facile d'usurper un emplacement en ligne avec un proxy ou un réseau privé virtuel (VPN). Plusieurs adresses ont été confirmées par des adresses électroniques et le contenu du forum.

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