La France est immobile

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Éditorial. Sur les questions environnementales, le président de la République est l’image de la société, divisée, hésitante, impliquée, mais pas suffisamment convaincue.

Posté aujourd'hui à 11h55 Temps de Lecture 2 min.

Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse à l'Elysée, le 25 avril.
Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse à l'Elysée, le 25 avril. LUDOVIC MARIN / AFP

Éditorial du "monde". Plus ils en parlent, plus la frustration augmente: Emmanuel Macron invoque " l'urgence climatique, le haut de la liste aux élections européennes est en concurrence avec des propositions visant à écologiser leur projet. Et pourtant, le pays piétine. "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs" a déploré Jacques Chirac il y a dix-sept ans. Depuis lors, rien n'a bougé fondamentalement.

La France a signé l'accord de Paris sur le climat en 2016 et promet d'être à l'avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique. En 2018, toutefois, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 2% et le mouvement de «gilets jaunes» a remis en cause le cœur de la lutte en France: la trajectoire qui devait faire monter le prix du carbone de 44,60 euros par tonne 2018 à 86 euros en 2022 est suspendu.

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"Il y a une sorte de décalage dans les politiques publiques", souligne modestement l'économiste Jean Pisani-Ferry dans Le journal du dimanche comme la jeune génération pousse ses aînés à réagir. Désespéré.

Faut-il incriminer le chef de l'Etat, qui n'a consacré que trois petites minutes à l'écologie, lors de sa conférence de presse du jeudi 25 avril? Sans doute, mais seulement en partie. Emmanuel Macron est un converti récent. À l'époque de François Hollande, il travaillait aux côtés d'Arnaud Montebourg pour l'exploitation du gaz de schiste. Il a ensuite fait cause commune avec Nicolas Hulot, qui a fini par claquer la porte du gouvernement d'Edouard Philippe, faute des moyens nécessaires.

La responsabilité est lourde, mais le président de la République n'est pas le seul responsable de la stagnation. Il est à l'image de la société, divisé, hésitant, impliqué mais pas suffisamment convaincu. Elle ne s'est pas approprié la cause environnementale. Certes, en douze ans, des progrès ont été accomplis, comme le Grenelle de l'environnement 2007 qui, sous l'égide de Jean-Louis Borloo, a réuni des acteurs aux points de vue diamétralement opposés. Des engagements ont suivi, rapidement effacés par la crise de 2008.

Un débat jugé trop explosif

L'écologie est restée entre les mains de spécialistes qui ne se sont pas battus en vain: les parties se sont converties à la cause. La gauche et la droite ont voté, souvent à l'unanimité, une fiscalité verte susceptible de permettre à la France de respecter ses engagements. Mais ils l’ont fait sournoisement, comme pour ajouter un codicille simple aux taxes existantes.

Cependant, la fiscalité écologique pose, par nature, un formidable problème d'équité. Pour détourner l'utilisateur des énergies les plus polluantes, il faut frapper fort et, ce faisant, pénaliser les plus faibles et les moins mobiles. Cela aggrave le fossé qui sépare les mondialisés qui volent aujourd'hui sans payer de frais écologiques et l’assignation à résidence qui n’ont d’autre moyen que de payer plus pour l’essence. Il élargit le fossé entre les citadins disposant de moyens de transport collectifs et les autres.

L’erreur a été de ne jamais poser le problème en ces termes, car le débat a été jugé trop explosif et le compromis difficile à trouver. Un temps précieux a été perdu, ce qui sera difficile à trouver car, avant de penser à avancer, nous devons commencer par rassurer. Emmanuel Macron a confié un jury de citoyens dessinés pour imaginer le reste. C'est maigre. En attendant, la maison brûle.

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Le monde

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