La 37ème Foire du Livre de Brive sur une bonne piste

REPORTAGE – Cet événement est un paradoxe depuis plus de trente ans: réunir des auteurs prestigieux dans une atmosphère populaire. Histoire d'un premier jour très mouvementé.
Envoyé spécial à Brive Il est 9h31, Gare de Lyon, lorsque les portes du TGV se ferment. Direction Brive et Corrèze qui, depuis Denis Tillinac, n'est pas si loin du Zambèze. Le tout-Paris des lettres prend ses aises dans ce qu'on appelle encore – les traditions sont perdues quand elles sont mauvaises – le train du cholestérol. Les belles langues sont relâchées, nous commentons les prix littéraires, nous sommes enthousiastes comme nous le ferions sur la route des vacances. Et nous attendons, en particulier les habitués, la liste des vins qui accompagnent le foie gras de canard à moitié cuit. Personne ne semble s'en inquiéter, mais le train se dirige vers l'est depuis une heure. Il a pris la direction de Lyon, une autre capitale gastronomique. Quand il se rend finalement compte, le chef d'orchestre a du mal à cacher son embarras: "Ne ris pas, je t'en prie. Nous devons rentrer à Paris." Faux départ, alors. Un peu de frisson va à l'idée qu'un autre convoi pourrait arriver devant. Le responsable du traitement rassure les auteurs, les éditeurs et les attachés de presse du mieux qu'il peut. Décidément, les chemins de la SNCF sont toujours impénétrables. »LISEZ AUSSI – Suivez le train pour le Salon du livre de Brive» LISEZ AUSSI – Salon du livre à Brive: la littérature dans l'estomac Le jeu des chaises musicales reprend dans ce salon littéraire roulant. Les romanciers vont d'un chariot à un autre. Dans la cuisine, les serveurs sont occupés. Cela n'arrive qu'une fois par an qu'un TGV offre une telle bonne nourriture. Le médaillon de foie gras est accompagné d'une tarte aux ris de veau et charcuteries diverses. Toute la Corrèze dans un panier en osier. Suivez un délicieux Rocamadour encore appelé cabécou sur les Causses Lotois. Dernier tour avant les liqueurs. Le vin de prune est le meilleur ennemi des écrivains qui doivent signer le même après-midi. Le nom de cet homme téméraire qui demande "un petit verre" sera ignoré. Le train arrive à la gare de Brive. Avec une heure de retard et des hommes de lettres plus galants que jamais. Les bus et les curieux les attendent. Jean-Pierre, qui filme chaque promotion depuis quinze ans, joue pour reconnaître les auteurs. Il les trouve un peu plus sages, regrettant le moment où beaucoup d’entre eux ont dévalé les marches du train. Saint-Germain-des-Prés propose un camp de vacances en Corrèze. Des frondeurs se détachent des navettes et descendent l'avenue Jean Jaurès jusqu'à la Halle George Brassens où se tient pendant 37 ans le Salon du livre. Une petite promenade, ça dégrise. »LIRE AUSSI – Foire du livre de Brive: l'heureuse fête de la littérature rend hommage à Jean d'Ormesson Le nouveau conservateur de l'exposition, François David, a décidé de suivre les traces de ses prédécesseurs. "La Foire est une institution unique, qui fait partie de l'identité de notre ville", déclare cet ancien professeur d'histoire de la géographie au verbe facile à utiliser. Ici, il n'y a pas que des lecteurs, mais aussi des visiteurs. "En un mot, Brive a probablement réalisé un meilleur compromis entre le plaisir et la littérature. À l'entrée de la foire, des détecteurs de métaux émettent des bips réguliers. Les poches de certains ordinateurs portables, mais aussi de l'Opinel et de Laguiole. Ici, comme l'a dit Henri Vincennot, le couteau Sophie Dudemaine, spécialiste culinaire, déclare d'emblée: "Ici, on mange bien." On la croit sur parole. Sous le chapiteau, le brouhaha est assourdissant, les files d'attente monstrueuses abordent les auteurs. "Le livre garde toujours tout son charme de manière visible", reconnaît Thierry, la cinquantaine. La plus belle foire Devant les tribunes, les noms les plus célèbres créent des émeutes. Jean-Louis Debré se pavane. Alain Mabanckou sourit derrière ses grande croix argentée sur la poitrine. Lorsqu'il se lève pour embrasser un admirateur, celui-ci, surpris, interrompt brutalement sa conversation téléphonique. Jouant de la peur de l'interdit, un romancier moins célèbre pose le signe "Attention, auteur malveillant" table Charles Nemes, dir ector de La Tour Montparnasse infernal a scotché une fleur en plastique sur sa tête chauve. Teaser, Boualem Sansal colle la feuille de notes du modérateur et le gausse de son "écriture sumérienne". Avant de mentionner, inquiet, le danger islamiste. Delphine de Vigan, présidente de l'édition 2018, marque son empreinte sur l'événement. Elle est venue avec trois jeunes auteurs, Adeline Dieudonné, Sophie Divry et Sylvia Rozelier. Sur scène, le romancier leur fait une "déclaration d'admiration" émouvante, en célébrant leur audace littéraire. Dans la nuit de ce vendredi, Delphine de Vigan lit au public une lettre qu'elle a adressée il y a des années à Arthur H. Présentée pour la circonstance, le chapeau noir vissé sur la tête, le musicien écoute, émue. Une dernière lumière peine à mourir au fond du théâtre silencieux. L'auteur de No and I enchante avec sa scansion de La musique des mots, un recueil de chansons du fils de feu Jacques Higelin. Ce dernier conclut, cryptique: "La vie ne peut être décrite." Armé de bras avec Raymond Poulidor, Claude Cances, ancien directeur de la police judiciaire, rayonne. "J'ai passé ma vie à interviewer des personnes, pas les plus célèbres", explique-t-il. Aujourd’hui, c’est à mon tour de résister à l’épreuve de questions et cet exercice sans précédent pour moi, souvent périlleux, est toujours intéressant ", ajoute-t-il. François Hollande craque la foule, prend sa plume et se lance dans un marathon de signatures. Il On espère qu'il a été vacciné contre la grippe. "Mais pas de maman, mon t-shirt est moche!", irrite Gaspard, que sa mère lui enjoint d'enlever sa veste pour la photo avec "Mr. Président ". Hélas pour l'auteur et scénariste Jean-Paul Delfino, il a été placé à côté de l'ancien chef de l'Etat. Impossible pour lui de continuer à signer. Son éditeur est furieux. LIRE AUSSI – A la Foire du Livre de Brive, François Hollande le cœur des Français "" Vous savez que l'histoire est très belle? ", s'est exclamé un auteur en désignant son dernier livre. Dans les ruelles, les plus célèbres proverbes du Limousin côtoient une psychologie de la peur et le dernier livre du L'animateur Thierry Beccaro. "Il a un beau sourire", admet un jeune retraité qui lorgne devant la présentatrice. Mais, motus, elle ne le lui dira pas. Plus audacieux, un admirateur envoie des bisous à Catherine Ceylac, assise un peu plus loin. "Brive est incontournable ", déclare l'éditeur Jean-Loup Chiflet." C'est peut-être le salon le moins sophistiqué mais le plus populaire en France. C'est lors de ces événements que nous trouvons les idées, que nous montons des coups », explique ce ténor de l'édition. Il assiste à la foire depuis trente ans.« Ici, nous trouvons toujours des amis. Rien n'a changé ". Il voit encore Jean-Edern Hallier, bouillonnant, chasser Edmonde de Charles-Roux dans les couloirs du train. C'était un corail à l'époque. En jetant un coup d'œil dans l'immense salle, Chiflet convient que le monde littéraire a En outre, afin de garder ouvert le livre de ses souvenirs, il souhaite préciser: "Vous savez, le train du cholestérol, c’est mon invention." »Suivez toutes les informations de la culture Figaro sur Facebook et Gazouillement. .

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