"Je n'ai pas vu de médecin depuis cinq ans"

Il y a ceux pour qui c'est une première et ceux qui s'habituent progressivement. Cet après-midi de septembre, Christophe (1), un marchand de Selle-sur-le-Bied, un petit village du Loiret, vient pour la deuxième fois «téléconsulter». "Installez-vous pendant que je me connectea déclaré Audrey Guillot, l'infirmière libérale. Notre homme à l'allure détendue s'assoit sur la table d'auscultation.

À sa droite l'infirmière; devant eux, deux écrans d'ordinateur, l'un permettant d'exploiter le logiciel, l'autre sur lequel apparaît soudain le visage gai du docteur Pierre Dubois, confortablement installé dans son cabinet de touraine. "Bonjour bonjour !", dit le docteur.Bonjour docteur", répond Christophe, d'une voix tendue.

Après quelque bonté, le médecin aborde les choses sérieuses: "Eh bien, j'ai regardé les résultats de votre test sanguin. Le cholestérol n'est pas mauvais. Après, il faudra encore ralentir les gâteaux et les plats en sauce. Pourquoi ? Ce n'est pas pour vous ennuyer, mais vous avez des antécédents de diabète dans la famille, il faut faire attention. "

Soulagement du patient, qui craignait le pire.

"Maintenant tu vas te coucher et Audrey va prendre ta tension."

Tout le monde court, comme dans une consultation IRL (dans la vraie vie). Bras droit, bras gauche … L'infirmière annonce les résultats. "C'est beaucoup ", dit le docteur. "Un peu plus que la dernière fois. Nous allons donc faire ce que nous avons dit, vous allez commencer un traitement contre l'hypertension"Cette fois, le joueur de 50 ans accuse le coup."Ne t'inquiète pas", rassure Audrey Guillot, qui le connaît depuis longtemps. "Cela ne signifie pas que vous allez avoir un problème cardiaque. "

Le Dr Dubois le rassure et lui propose de le revoir dans un mois pour vérifier qu'il soutient le traitement. Il y a une discussion sur l'importance de cesser de fumer, et les conseils pour le faire. "Nous en reparlerons la prochaine fois "conclut le médecin avant d'écrire l'ordonnance que l'infirmière imprime. Le patient s'installe alors par carte bleue. La consultation a duré vingt bonnes minutes.

Tout comme dans la vraie vie

C'est le cas dans la salle de téléconsultation de la maison paramédicale de ce village de 1 000 âmes, à 20 kilomètres de Montargis. En expérimentation depuis juillet, la téléconsultation est sur le point d'entrer dans la douane. Très lentement, mais sûrement … Il faut dire que les habitants n'ont pas vraiment le choix. Depuis que le médecin local a emballé il y a sept ans, c'est la croix et la bannière pour le traitement, comme dans de nombreux déserts médicaux. Les généralistes les plus proches sont à Ferrières-en-Gâtinais ou à Courtenay, deux villages respectivement de 7 et 12 kilomètres et sont débordés.

Christophe dit:

"Je n’avais pas vu de médecin depuis cinq ans, la dernière fois au service des urgences de Montargis, je suis allé pour une sciatique parce que je n’ai pas pu trouver de médecin, alors cette téléconsultation est que je pensais qu'il ferait froid, mais c’est ce n'est pas le cas puisqu'il y a l'infirmière et que l'échange avec le médecin, par écran interposé, est très naturel."

Alors, naturellement, il chante l’appareil derrière son comptoir. "Les clients sont intrigués, ils veulent savoir comment ça se passe. Je leur dit de ne pas hésiter si nécessaire. "

En inaugurant une maison paramédicale en 2015, sur la place principale du village, le maire espérait rendre un généraliste sur ses terres. En vain. Seuls deux infirmiers, un naturopathe et un ostéopathe ont été installés. Faute de quoi, et compte tenu du remboursement imminent de la téléconsultation par l’assurance maladie, elle a accepté de tester le dispositif de télémédecine mis au point par la société Healphi.

Tarik Mouamenia et Jean-Sébastien Gras

Ses fondateurs, deux jeunes ingénieurs, Tarik Mouamenia et Jean-Sébastien Gras, ont voulu éviter le piège de la déshumanisation, principale critique brandie contre la télémédecine. Ils ont donc rejeté le concept, également en cours de développement, de la cabine de type Photomaton dans laquelle le patient est seul devant le médecin. Tarik Mouamenia:

"Nous voulions qu'une infirmière soit présente afin que les actions médicales soient correctement réalisées et que les patients se sentent à l'aise, peu importe leur état ou leur âge."

Une infirmière qui doit suivre une "formation à domicile" pour maîtriser ces actions.

Bon dépannage

Caroline, une jeune femme de quarante ans, arrive pour un problème d'oreille. Elle s'assoit sur la table d'auscultation et expose la situation à l'infirmière et au médecin. Comment diable vont-ils l'examiner? Après quelques questions sur le lieu précis de la douleur, le médecin demande à l'infirmière d'examiner l'oreille de la jeune femme. D'abord à l'oeil nu. Il guide Audrey Guillot pour bien paraître partout, devant, derrière. "Voyez-vous des éruptions cutanées? "" Non ". Alors il lui demande de continuer avec l'otoscope … connecté!

Parce que dans l’armoire, l’infirmière dispose de tous les instruments de base (stéthoscope, sphygmomanomètre…), qui sont reliés à l’ordinateur afin que le médecin puisse, même à distance, examiner le patient comme dans la «vraie vie». le soignant saisit alors l'objet et le place à l'oreille du patient, comme lors d'une consultation conventionnelle, sauf que l'intérieur de l'organe apparaît sur l'écran! Depuis Tours, le Dr Dubois le voit comme s'il était là. Verdict: otite externa, traiter avec des gouttes.

A la sortie, le patient estime l'expérience ""Je travaille dans le village", raconte Caroline. "Je savais que mon médecin généraliste à Montargis ne serait pas en mesure de me voir ce soir, alors c'était une opportunité d'essayer."

"Je suis venu entre deux rendez-vous, c'est pratique, et pour les petits problèmes de la vie quotidienne, c'est très bien."

Selon le Dr Dubois, le dispositif est suffisamment bien conçu pour traiter toute l'infectiologie, la rhumatologie et les maladies cardiovasculaires, soit environ 80% des raisons de la consultation chez un généraliste. Ceci est également parfait pour les renouvellements de prescriptions, qui sont fréquents dans le cas des maladies à long terme (ALD), qui parfois obstruent aussi les urgences. "D'autre part", explique le Dr Dubois, "je ne peux pas prendre soin d'une personne qui a, par exemple, des douleurs à l'estomac en dehors de la gastro-épidémie". Nous effectuons le dépannage, le dépannage approprié, et non la substitution à de véritables cabinets de généralistes. "

Pour le moment, les téléconsultations ont lieu le mardi de 9h à 11h et le jeudi de 17h à 19h. Un troisième créneau devrait ouvrir le mois prochain pour répondre à la demande croissante.

Reste une question: deux soignants au lieu d'un, cela coûte-t-il deux fois le patient? Non, la consultation est normalement facturée 25 euros. L'infirmière, pour le moment, est payée par l'Agence régionale de santé (ARS). Elle sera alors payée directement par la sécurité sociale, affirment les fondateurs de Healphi. Au risque d'arrêter les comptes encore plus? Et nnous, dit Tarik Mamounia:

"Cela sera toujours moins cher qu'une consultation en salle d'urgence, qui coûte environ 200 euros, et cet appareil vous permettra d'attraper des personnes qui ont perdu l'habitude d'être suivies régulièrement. Mais c'est le meilleur moyen d'éviter le développement. peut alors être très coûteux en soins communautaires. "

Mission accomplie avec Christophe, qui prévoit déjà de prendre la docteur Dubois en tant que médecin.

Elodie Lepage

Elodie Lepage

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