En images : à Montluçon (Allier), « les crues étaient vécues avec fatalité », témoigne l’historien Alain Bisson

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En l’an 2000, il y a tout juste vingt ans, l’historien local, Alain Bisson, publie « Chroniques des bords du Cher, quand sur les berges résonnaient les battoirs ». Le dernier chapitre, qui comporte une cinquantaine de pages, est consacré aux crues du Cher, à travers les siècles, à Montluçon.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au Cher ? Tout simplement parce que je suis né avenue Jean-Jacques-Rousseau. Le Cher était à cinquante mètres de chez moi. En plus, il y avait le bateau-lavoir sur lequel on allait s’amuser. C’est donc l’environnement qui m’a conduit à écrire ce livre.

Une partie importante de votre ouvrage est consacrée aux crues. Pourquoi ? Mon livre s’intitule Chroniques des bords du Cher. Je me suis donc naturellement intéressé aux laveuses, aux bateaux-lavoirs, aux lavoirs et aux inondations. Cela coulait de source si l’on peut dire. Les crues ont causé beaucoup d’ennuis aux Montluçonnais et principalement les riverains. J’ai un souvenir très précis de la crue de mai 1940. C’était juste avant le bombardement du 19 juin.

Simone Daujemont, 93 ans, a vécu les crues de 1940 et 1960 à Montluçon

Dans vos recherches, vous avez trouvé trace d’une crue à Montluçon en 1480 ? Ce sont les premières traces écrites. Chaque fois qu’il y avait une crue, le faubourg Saint-Pierre était inondé régulièrement. A l’époque, les crues étaient vécues avec fatalité. S’il y avait une montée des eaux, la configuration du lit du Cher faisait qu’il y avait une inondation. Au milieu du Cher, il y avait des îles qui empêchaient l’écoulement.

Au XVIIIe siècle, vous comptabilisez une quinzaine d’inondations. Pourquoi autant ? La raison est très simple, il n’y avait pas de gestion du Cher. L’îlot au milieu du Cher, entre le pont Saint-Pierre et le pont Neuf, faisait que l’eau partait dans les parties les plus basses de la ville.

L’imperméabilité des terres du bassin du Cher, qui repose sur un socle granitique, fait qu’il y a peu d’infiltrations et donc peu de pertes.

Après les inondations de 1855 et 1856, la municipalité décide d’engager des travaux d’endiguement sur le Cher… C’est un tournant ? Oui dans le sens où ces travaux ont permis d’empêcher au Cher d’aller dans les rues latérales. Cela a permis de canaliser la rivière et de ne plus inonder systématiquement toute la partie du pont des Isles.

En 1909, le barrage de Rochebut est construit pour produire de l’électricité mais réguler le cours du Cher. A-t-il joué son rôle ? Oui. Le problème, c’est qu’il l’a mal joué parce qu’il n’y avait pas de prévisions de pluies. Quand elle se mettait à tomber comme vache qui pisse, le barrage se remplissait et il y avait un débordement. Il y avait en même temps des lâchers d’eau qui créaient des inondations. A l’époque, il n’y avait pas le barrage mobile qui permet de retenir ou d’évacuer les eaux.

La crue de 1960, qui est la plus importante jamais enregistrée à Montluçon, n’a pas fait de morts, ni de blessés. Faut-il s’en étonner ? D’abord, les gens ont été avertis par haut-parleurs de l’arrivée de la crue. En 1940, je me souviens qu’un bonhomme passait dans les rues en nous disant de nous calfeutrer. Il disait « le Cher déborde ». Donc, les gens prenaient leurs précautions. On faisait avec les moyens de l’époque.

Il faut savoir que des travaux de curage avaient été entrepris dans le Cher, ce qui a permis de limiter la crue.

Doit-on encore aujourd’hui craindre une crue comme celle de 1960 ? Je ne le pense pas d’autant que la ville a fait installer des batardeaux afin d’empêcher l’eau d’aller sur la route. Et puis, il y a cette gestion nouvelle du barrage au plus près des prévisions météorologiques qui est essentielle. Vous pouvez avoir plusieurs jours de pluie à Montluçon sans qu’il faille s’en inquiéter.

Info plus.

1480. La première trace écrite retrouvée par Alain Bisson d’une crue à Montluçon remonte à 1480. Dans ses Chroniques, Gilbert Bon de Saint-Angel révèle que « l’hiver commença à se faire sentir le lendemain de Noël et dura jusqu’au 8 février suivant. Les froids furent si âpres que les voitures passaient les rivières sur la glace. Au dégel, il y eut une si grande crue que plusieurs ponts furent emportés ». Reconstruit en 1484, le pont Saint-Pierre, achevé en 1488, est de nouveau détruit par les flots en 1502. Le 14 mai 1527, le pont de la ville tombe à son tour après deux semaines de pluies.

Au XVIIIe siècle. Alain Bisson a relevé au moins seize crues du Cher à Montluçon au cours du XVIIIe siècle. Certaines se sont traduites par des pluies abondantes, de la neige et de la grêle, occasionnant de nombreux dégâts aux cultures et entraînant souvent l’inondation de plusieurs faubourgs de la ville. Les dates : 11 juin et 15 octobre 1709, 1er et 3 juillet 1734, mai 1735, fin avril 1738, juin 1743, juin 1748, 24 juin 1758, juin 1765, 1766, 25 avril 1782 – une crue qui aurait « ruiné 400 maisons », septembre et novembre 1786, 28 décembre 1791, 29 août 1792.

Fabrice Redon

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