EDF lance le projet de sa réorganisation

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EDF entame le marathon de sa réorganisation. En novembre dernier, Emmanuel Macron a demandé à l'électricien public, en marge de la présentation
de la feuille de route énergétique de la France à dix ans

, penser dans l’année à un organisme qui assurerait le financement à long terme de l’électricien. Le calendrier de cette réflexion est maintenant marqué.

Selon "Le Parisien", une présentation des réflexions de la direction aux 200 dirigeants du groupe aura lieu le 7 juin. Et les syndicats se réuniront à leur tour le 20 juin, confirment plusieurs sources. Pour un "séminaire d'échange, gratuit et non contraignant", dit-il à la CFDT. Un comité stratégique du conseil d'administration se réunira également le 28 mai pour discuter de cette question. "Juste une date de partage, rien de concluant", affirme l'un des membres d'EDF.

Environnement assombri

L’environnement d’EDF s’est assombri au cours des cinq dernières années: la fin de l’ouverture des marchés de l’énergie a grignoté la part de marché de l’électricien et exposé ses comptes à la volatilité des prix du marché. . Parallèlement, le groupe a dû acheter une partie de l'ancienne Areva pour sauver l'industrie nucléaire. Et bien qu’empêtré dans le chantier EPR, il a commencé à construire deux réacteurs au Royaume-Uni. Surtout, Jean-Bernard Lévy, qui vient d'être réélu à la tête d'EDF, veut continuer à financer le développement de toutes les activités du groupe, les énergies renouvelables mais aussi le "nouveau nucléaire".

Une nouvelle organisation EDF doit donc relever un double défi:
sécuriser vos sources de revenus

tout en fournissant des moyens financiers supplémentaires. Tous avec le feu vert de la Commission européenne, déjà très effrayé vis-à-vis de l'ancien monopole. Et avec une ligne rouge pour les syndicats: divisez le groupe.

Selon nos informations, EDF a mandaté BNP Paribas pour explorer les scénarios possibles et indiquer les nombreuses questions à résoudre. Un schéma tient maintenant le cordon dans la gestion d’EDF, qui sépare le groupe actuel en deux entités de poids équivalent (en termes d’Ebitda). Chaque entité aurait un patron différent. Selon ce scénario, une société de portefeuille de premier plan réunirait
Production nucléaire française

mais aussi britannique, ainsi que la production hydroélectrique. Cette entité aurait une filiale dans laquelle les autres activités du groupe seraient regroupées: commercialisation d’électricité et de gaz, énergies renouvelables, services (Dalkia, mobilité électrique, etc.), ainsi qu’Enedis (anciennement ERDF) . Le distributeur, dont les revenus sont réglementés, donnerait de la visibilité aux investisseurs. Certains pensent que cela permettrait également, compte tenu du poids des actifs, de protéger le portefeuille de clients d'EDF des investisseurs non sollicités.

Participation majoritaire

La société de portefeuille détiendrait une participation majoritaire dans sa filiale, mais l’ouverture du capital de cette dernière, plus attrayante pour les investisseurs en raison du risque nucléaire, permettrait de lever des fonds, y compris par endettement. L'État choisirait alors de conserver ces fonds ou de financer, s'il souhaitait nationaliser l'activité nucléaire, le rachat des actionnaires minoritaires de la société de portefeuille. La question de la répartition de la dette entre les deux entités devra également être tranchée.

Après avoir empoché des dividendes généreux pendant des années, l'État a déployé de nombreux efforts pour EDF. Il a participé à un
augmentation de capital de 3 milliards d'euros en 2017

. Surtout, de 2015 à 2020, il aura encaissé la quasi-totalité de ses dividendes en actions plutôt qu'en espèces – à l'exception d'un semestre l'an dernier.

La future organisation d’EDF devra répondre aux exigences de Bruxelles. En amont, cette organisation devra assurer l’accès des concurrents d’EDF à son électricité nucléaire, un accès étroitement surveillé par Bruxelles. En contrepartie de son monopole, EDF a vendu depuis 2010 jusqu'à un quart de sa production à des fournisseurs alternatifs (Engie, Total Direct Energie, ENI, etc.) à un taux réglementé (Arenh).

"Nous avons ouvert la boîte de Pandora"

Un dispositif que tous les acteurs contestent aujourd’hui, mais pour des raisons opposées: EDF juge le niveau de tarif trop bas et
son accès trop favorable à ses concurrents

, alors que ces derniers estiment que les volumes octroyés sont désormais insuffisants … EDF défend un nouveau dispositif avec un "couloir" de prix – un plancher et un plafond – qui sécuriserait ses revenus, et donc ses investissements.

Beaucoup de questions difficiles restent à résoudre et le temps d'instruction sera long. "Pourquoi le faisons-nous? Je ne peux pas relier les éléments", déclare une CGT élue. Avec un bilan qui prendra de longs mois, les risques d'échauffement seront nombreux. "Nous ouvrons la boîte de Pandore, vis-à-vis de Bruxelles, de parlementaires, d’employés", résume un administrateur.

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