Drian à Bagdad pour discuter du sort des djihadistes français

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Ne laissez pas les djihadistes s'évanouir dans le chaos syrien. C’est la mission périlleuse assignée mercredi matin par le président Macron à Jean-Yves Le Drian. La visite du ministre des Affaires étrangères a été organisée à la dernière minute, un faucon discret découvert à la hâte, dépourvu de toutes les cocardes tricolores pour des raisons de sécurité dans ce ciel dangereux du Levant. Quelques heures plus tard, il venait chercher le ministre des Affaires étrangères en fin d’après-midi, sur le tarmac de l’aéroport de Toulouse, dès la fin du Conseil des ministres franco-allemand.

Direction Bagdad, pour des entretiens de haut niveau avec les autorités irakiennes. Au programme, un certain nombre de questions sensibles qui sont devenues urgentes, d’abord et avant tout, les combattants étrangers détenus (ou anciens détenus) dans la région. Plus précisément, le sort des djihadistes français, quelque 200 adultes et 300 enfants.

L'intervention militaire turque lancée mercredi dernier dans le nord de la Syrie a bouleversé les cartes. Jusque-là, les Kurdes contrôlaient une dizaine de camps et de prisons où sont détenus la plupart des Français. Ils ne semblent plus capables d'assumer ce fardeau. Maintenant, pour les combattants des unités de protection du peuple (YPG), il s’agit de se concentrer sur une réponse compliquée aux hommes d’Ankara, du moins tant que le cessez-le-feu annoncé jeudi soir ne sera pas pas vraiment entré en vigueur. Les responsables français savent que s’ils ne peuvent pas aider les Kurdes sur le terrain, Paris tente à tout prix d’empêcher que "ses" terroristes ne se retrouvent dans la nature.

Quatorze djihadistes français ont déjà été jugés en Irak

Ce dernier serait actuellement sur le sol syrien. La France n'est plus liée au régime de Bachar al-Assad. Si les Kurdes devaient revoir leurs alliances pour conclure un accord avec les forces syriennes, Paris veut à tout prix éviter que ses ressortissants tombent entre les mains de Damas, et préférerait que les combattants soient jugés "au plus près du lieu où ils ont commis leurs crimes". crimes ", dit un diplomate de haut rang. Mieux, dans un pays allié.

Traduction: en Irak, dans le cadre d’un "mécanisme juridictionnel" aux contours encore très flou. Tout en respectant la souveraineté de l'Irak et en conformité avec les valeurs défendues par la France, au premier rang desquelles figure le rejet de la peine de mort. Quatorze djihadistes français ont déjà été jugés en Irak (onze condamnations à mort non exécutées à ce stade, trois peines à perpétuité).

Problème: cela signifie que Bagdad n’est pas enthousiaste à l'idée de devoir gérer seul les combattants du jihad international. 2 200 combattants étrangers de 72 nationalités différentes, en plus de la sienne (environ 4 000), qui représentent avec leur épouse et leurs enfants une population totale d’environ 40 000 personnes.

Sur place, la proposition de Jean-Yves Le Drian a été accueillie avec beaucoup de prudence. "L'Irak prendra le contrôle de tous les combattants irakiens avec leurs familles. Nous ne laisserons pas nos citoyens en Syrie, a assuré son homologue. Les pays doivent prendre les mesures qui leur semblent appropriées. Ni un refus franc ni un oui très clair à ce stade. En tout cas un scénario assez éloigné de l'accord global caressé par les Français.

Une zone explosive

Préoccupé par le risque d'une résurgence de Daesh, exposé à un nouvel afflux de réfugiés syriens et à une série de risques pour la sécurité, Bagdad cherche à assumer ce fardeau et à obtenir de l'aide. Lequel? Une "assistance" en ressources humaines? Une enveloppe budgétaire? Les procès coûtent cher, les (longues) détentions aussi.

Même si un accord était trouvé, il gérerait d'abord (et rapidement) une autre question épineuse: le transfert physique de djihadistes, français ou non, détenus en Syrie vers l'Irak. Ils se trouvent dans une zone explosive à laquelle se sont retirés les Américains, si précieux pour leur soutien logistique, leur transport aérien et leur surveillance. Comment conduire d'un pays à l'autre ces desperados du djihad, ces hommes, ces femmes et parfois même ces enfants, hors des camps ou des prisons des Kurdes de Syrie? Qui le faire? Des questions qui restent sans réponse pour l'instant.

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