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Disparition de Delphine Jubillar : l’étonnante personnalité de son mari

Cédric Jubillar a-t-il tué sa femme Delphine, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, commune de 2 500 habitants du Tarn ? Les enquêteurs et les deux juges d’instruction penchent en faveur de cette hypothèse, ce qui vaut au principal suspect, âgé de 34 ans, d’avoir été placé en détention provisoire depuis le 18 juin 2021. Toutes ses demandes de remise en liberté ont depuis été rejetées.

Seulement voilà, si dans cette affaire des éléments peuvent laisser penser que ce plaquiste a tué sa femme, infirmière de nuit, qui lui avait fait part de son intention de divorcer, le mystère reste entier car il n’y a pas de corps, pas d’aveux et pas de scène de crimerelève Ronan Folgoas, journaliste au Parisien, qui vient de publier Le mystère Jubillar.

Les enquêteurs ont toutefois accumulé un certain nombre de constats et de témoignages qui font peser le soupçon sur Cédric Jubillar. En premier lieu, le témoignage de son fils, alors âgé de 6 ans. Le soir de la disparition de sa mère, il s’est couché relativement tard et a regardé avec cette dernière la finale de l’émission La France a un incroyable talent. Une fois au lit, vers 23 heures, il relate avoir entendu ses parents se disputer. L’un d’eux aurait lâché Puisque c’est comme ça, on va se séparer… Inquiet, il se levait et voyait ses parents l’agripper par les épaules. Puis il entendit sa mère dire ces mots : Arrête-toi… Sans le savoir, l’enfant aurait-il assisté au début d’une scène mortelle ?

Le témoignage de son fils

Cette version contredit surtout celle livrée par Cédric Jubillar aux enquêteurs. Lui soutient être monté se coucher plus tôt. Il n’aurait ensuite été réveillé que vers 3 h 45 par les pleurs de sa fille. C’est à ce moment-là qu’il se serait aperçu de la disparition de Delphine Jubillar et qu’il aurait alerté les gendarmes quelques instants plus tard.

Le témoignage d’un enfant de 6 ans contient une certaine fragilité. Mais les enquêteurs ont néanmoins pu constater que pour son âge, il possédait une mémoire étonnanterelève Ronan Folgoas, le journaliste d’origine bretonne.

Autres témoignages accusateurs : ceux d’une mère et de sa fille dont la maison se trouve à 130 m à vol d’oiseau de celle du couple Jubillar. Elles relatent avoir entendu, alors qu’elles étaient sorties sur la terrasse, des cris déchirants qui provenaient du secteur où se trouvent l’habitation de Cédric et Delphine Jubillar. Et ce, peu après 23 h. Une partie du témoignage de la mère demeure toutefois incertaine : regardant le film Retour vers le futur 2elle serait sortie sur la terrasse au moment où le personnage principal joue un solo de guitare, soit entre 22 h 51 et 22 h 55. Or, à cet instant, Delphine Jubillar est encore en vie puisqu’elle a envoyé un dernier message à son amant à 22 h 55. La fille de la voisine est, elle, plus affirmative et indique qu’elles seraient sorties au moment de la coupure publicitaire, soit à 23 h 07…

La rencontre avec Cédric Jubillar

D’autres éléments demeurent à charge contre Cédric Jubillar. Notamment le témoignage d’un codétenu à qui le mari aurait raconté avoir tué sa femme puis l’avoir enterrée, après avoir découvert l’un des messages qu’elle envoyait à son amant.

Mais au-delà des faits, tout l’intérêt du livre de Ronan Folgoas tient dans le portrait qu’il dresse du principal suspect qu’il a rencontré à trois reprises. Sans que le journaliste sache trop pourquoi, Cédric Jubillar accepte de le rencontrer chez lui, en soirée, le 8 avril 2021. Celui qui fait déjà figure de principal suspect lui fait visiter sa maison, parle de tout et de rien, mais aussi de Delphine bien sûr. Il exprimait surtout du ressentiment à son égard, évoquait des anecdotes négatives, ce rôle de mère qu’elle aurait peu à peu abandonnése souvient Ronan Folgoas.

Puis soudain le mari se lève, décrit une scène de ménage qu’il aurait eue avec sa femme, et semble mimer ce qu’il lui a alors dit : Delphine, si jamais je trouve la preuve que tu as un amant et que tu couches ailleurs… Il s’interrompt. Puis reprend : Je m’en servirai pour le divorce… Moment suspendu, étrange. Ronan Folgoas reconnaît avoir été un peu désarçonné par cette scène inattendue. Une fois que je l’ai eu quitté, en y repensant, je me suis dit : s’il me raconte tout ça, c’est qu’il n’a rien à se reprocher. Ou alors… C’est la première impression que j’ai eue.

Un suspect à double visage

Au fil des pages, l’auteur décrit un Cédric Jubillar à l’enfance déglinguée : un père géniteur qu’il verra très peu, un placement dans une famille d’accueil, un retour auprès de sa mère et d’un beau-père que Cédric décrit comme violent. Devenu adulte, il peut aussi se révéler vulgaire, méprisant à l’égard de Delphine et dur vis-à-vis de son fils. Quelqu’un qui ne s’aime pas beaucoup non plus. Régulièrement, il répète : Je suis un connard. Mais aussi charmeur, entreprenant même s’il galère pour trouver un emploi stable. Il a un certain dynamisme. Il peut se montrer jovial et peut faire preuve d’humournote Ronan Folgoas.

Et depuis le début de cette affaire, il se révèle aussi joueur. Il joue aussi de cette soudaine notoriétéconvient le journaliste.

Au final, l’affaire Jubillar se résume-t-elle à un simple et tragique féminicide, celui d’un homme ne supportant que sa femme le quitte et a rencontré un autre homme ? Ou réserve-t-elle un autre mystère, sachant qu’aucune autre piste n’a émergé pour l’instant ?

Le mystère JubillarRonan Folgoas, Éditions StudioFact, 315 pages, 19,90 €.

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