Comment le patron d'EDF veut scinder son groupe en deux et le privatiser en partie

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Le projet historique prévoit de créer un FED "bleu", qui traitera du nucléaire, et un FED "vert", pour la fourniture d'électricité aux particuliers et aux entreprises.

Par Nabil Wakim Publié aujourd'hui à 17h02, Mis à jour à 17h15

Temps de Lecture 5 min.

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C’est un plan historique qui doit présenter, jeudi 20 juin au matin, au directeur général d’EDF, Jean-Bernard Lévy, les syndicats du groupe: un gigantesque chantier de construction, surnommé "Hercules" en interne, qui consiste en transformant l'électricien créé en 1946 sur la base du programme du Conseil national de la résistance.

Le projet soulève de nombreuses questions parmi les représentants des employés mais également parmi les dirigeants, car il est complexe. Face aux responsables syndicaux, M. Levy devait reprendre l'exposé qu'il avait déjà fait aux principaux dirigeants de l'entreprise début juin. Au programme: la division d’EDF en deux entités distinctes, un EDF "bleu" et un "vert".

La société mère EDF continuerait d’exister et serait totalement détenue par l’État (alors qu’elle en détient maintenant 83%). Elle détiendrait 100% de la filiale "bleue", tandis que la filiale "verte" verrait son capital s'ouvrir au secteur privé.

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Relever le défi du financement nucléaire

"Blue EDF" rassemblerait toute l’énergie nucléaire de la société: exploitation des 19 centrales existantes, nouveaux projets de centrales en France et à l’étranger, mais aussi Framatome, qui fait partie de la société de appartenant à des investisseurs privés. Dans ce même groupe, on trouverait les centrales hydroélectriques exploitées par EDF, soit la quasi-totalité des barrages français, ainsi que RTE, le réseau de transport d’électricité, détenu à 50,1% par le groupe.

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"Green EDF" inclurait la branche commerce, qui fournit de l'électricité aux particuliers et aux entreprises, mais également des activités dans les énergies renouvelables, à l'exclusion de l'hydroélectricité. Ce groupe serait renforcé par le distributeur Enedis (anciennement ERDF), désormais détenu à 100% par EDF, et par la filiale de service, Dalkia.

Cette réforme majeure, voulue par Emmanuel Macron et désormais dirigée par la direction de la société énergétique, est présentée comme une solution permettant à cette dernière de faire face au défi du financement du nucléaire. La flotte française vieillit et nécessite des investissements de plusieurs dizaines de milliards d'euros, tandis qu'EDF est endetté par une dette de 33 milliards d'euros.

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D'autant que l'arrivée de la concurrence, qui s'est accélérée ces dernières années, a un double impact sur le groupe. Premièrement, l’électricien a perdu en moyenne 100 000 clients par mois pendant plus de deux ans, ce qui représente une baisse importante de son chiffre d’affaires. Mais avant tout, pour favoriser l’instauration de la concurrence, un dispositif appelé Arenh (accès régulé au nucléaire historique) impose à EDF de céder une partie de sa production nucléaire à un prix fixe. Cet appareil est considéré comme un "Danger mortel" par les dirigeants de la société, qui estiment que cela revient à subventionner ses concurrents, qu'ils ne sont pas obligés d'investir dans le parc nucléaire.

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