Ces retraités français qui choisissent l'Afrique

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Un couple de touristes sur une plage de Saly Portudal, Sénégal, mars 2016.
Un couple de touristes sur une plage de Saly Portudal, au Sénégal, en mars 2016. EDWARD MCALLISTER / REUTERS

Une retraite à 9.388 kilomètres. Pascal * est un aventurier. Cette ancienne employée de banque âgée de 62 ans a choisi de vivre à Maurice sans y avoir jamais mis les pieds. En septembre 2018, il quitte son port d'attache de Seine-et-Marne avec son épouse et son envie de vivre ailleurs.

Portugal, Italie, Espagne, Thaïlande, Bali, Grèce, Brésil … mais aussi Algérie, Maroc, Tunisie ou Sénégal. Si les destinations préférées des exilés du troisième âge sont variées, de plus en plus de Français optent comme Pascal pour les côtes africaines. L'Afrique est même devenue le deuxième plus grand continent. Avec 40% des 1,15 million de retraités français résidant à l'étranger, l'Europe est désormais proche de l'Europe (50%), selon les chiffres de 2017 de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV). Les autres continents – Amériques, Asie et Océanie – sont loin derrière, partageant les 10% restants.

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La tendance à la hausse est à la hausse. En quarante ans, la proportion de retraités français vivant à l'étranger a presque doublé, passant de 4,6% en 1980 à 8,2% à fin 2017. Encore une fois, ces données n'enregistrent que ceux dont les prestations sont domiciliées en France. À cela s’ajoutent tous ceux, invisibles dans les statistiques, qui touchent leur retraite en France et passent la moitié de l’année ailleurs.

Boom boom africain

Ces départs se préparent longuement, car passer tout ou partie de sa retraite à l'étranger ne s'improvise pas. Pascal a travaillé sur son sujet pendant six mois. "Quand j'ai fait le choix de Maurice, Il explique, J'ai commencé à suivre les nouvelles locales, j'ai essayé de comprendre quelles étaient les préoccupations des habitants, leur vie quotidienne. J'ai découvert qu'il faudrait rouler à gauche! " il sourit. Au-delà de l'anecdote, il a scrupuleusement travaillé son installation.

Au fur et à mesure de l'émergence de cette communauté de retraités d'un nouveau type, des sites, des forums de discussion, des guides spécialisés et même un salon de beauté ont été créés. "Expatriate, how to use", qui a lieu chaque année au printemps à Paris depuis dix ans, est ouvert aux actifs et aux retraités. En 2018, plus de 2 000 visiteurs ont confirmé l'information trouvée sur Internet: fiscalité, santé, patrimoine, immobilier, sécurité … Toutes les institutions sont représentées. "Nous accueillons de plus en plus de personnes sur le stand de l'assurance pension et le public est très hétérogène", Philippe Bainville, attaché de presse de la CNAV, coorganisateur de cette réunion.

Si l'attractivité des pays européens s'explique notamment par les conditions fiscales avantageuses réservées aux résidents français – allant parfois jusqu'à une exonération fiscale pendant dix ans, comme au Portugal – tel n'est pas le cas. pour l'Afrique. Alors que le Maroc et la Tunisie offrent des régimes fiscaux intéressants et des facilités de permis de résidence, les raisons de la petite-fille africaine se trouvent ailleurs. Souvent dans l'histoire familiale.

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L'Algérie, de loin le plus grand pays hôte du continent, compte plus de 360 ​​000 résidents, dont la moitié sont des veuves de travailleurs émigrés en France dans les années 1960 et 1970, devenus Français et "Revenu à la maison" après leur vie active. Idem pour le Maroc avec 62 000 retraités dont 32 000 veuves, ou la Tunisie avec 22 000 retraités dont 15 000 veuves. À ces terres du Maghreb s'ajoutent le Mali (4 628 retraités, 1 751 veuves) et le Sénégal (3 890 retraités, 2 443 veuves), qui ont également une famille de migrants. Les retraites "Nous ne trouvons pas dans notre salon car ils connaissent parfaitement leur pays", déchiffre Philippe Bainville.

Liens forts

Mais au-delà de l'histoire de ces Français arrivés dans les années 1960 et partis à l'âge de la retraite, la Tunisie, le Sénégal et surtout le Maroc restent des destinations privilégiées, malgré les bouleversements du "Printemps arabe". "La Tunisie a connu un net ralentissement de ses installations après la révolution du jasmin et, surtout, les attaques terroristes de 2015, note Paul Delahoutre, créateur du site Retraite sans frontières et éditeur de guides. Mais cela n’a jamais complètement cessé et, depuis un an, les gens reviennent. "

L'attrait jamais nié de ces trois pays peut s'expliquer. Bien sûr on parle français. Bien sûr, ces destinations sont à quelques heures de vol de la France. Bien sûr, la vie est moins chère de 20% à 30% et le climat est plus clément qu'en France. Mais beaucoup de ces voyageurs à la retraite y vont pour retrouver leurs racines et renouer avec l'histoire de leur famille. Bien qu'ils n'aient pas nécessairement la double nationalité, ils ne coupent jamais vraiment la corde avec ces terres où leurs ancêtres vivaient souvent.

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C'est le cas d'une partie de la communauté française qui revient après l'indépendance des années 50 et 60 et qui a maintenu des liens étroits, à l'instar de Serge et Catherine. "J'ai fait mon lycée à Casablanca, dit le designer de 73 ans. Ma famille est présente depuis des générations au Maroc et également en Tunisie. Nous avons gardé une maison à Marrakech qui a été le point de ralliement de toute la famille jusqu'en 2016. Aujourd'hui, nous louons et passons plusieurs mois par an au Maroc. Je suis captivé par l'extrême douceur de vivre qui règne et la gentillesse des gens. "

John est né à Casablanca et sa famille est revenue en 1965. Il avait 16 ans et n'a jamais oublié la lumière ni les paysages. "Absolument magnifique". Après une vie entrepreneuriale à Paris, il s'installe finalement à moins de 100 km de Casablanca, sur la côte, avec son épouse. "Qui est devenu attaché au pays". François, il a fait son lycée à Dakar dans les années 1950 et sa carrière de diplomate l'a ramené au Sénégal: "J'ai des liens familiaux des deux côtés de la Méditerranée. Vivre au Sénégal est un projet de vie."

Pour l'amour ou le hasard

D'autres ont découvert l'Afrique durant leur vie professionnelle ou leurs vacances et le charme n'a jamais été brisé. "Nous sommes arrivés au Sénégal par hasard en 2009 pour une semaine dans un hôtel, rappelle Christian, ancien chef d'entreprise. C'était un coup de foudre! Aujourd'hui, nous n'avons même plus de domicile officiel en France. Et nous sommes taxés ici: nous étions trop fatigués pour voir notre retraite perdre du poids année après année à cause des impôts. Maintenant notre communauté d'amis est plus importante ici que là-bas. " Voici Saly Portudal, à 70 km de Dakar. Là, ce sont les Vosges, où Christian et son épouse passent encore quelques semaines de vacances pendant la belle saison.

Marie * a une autre histoire. Ce professeur nomade, "Qui a aimé être relogé" à la discrétion de ses différents postes, arrive à Tunis à l'aube de la cinquantaine. Originaire de l'est de la France, rien ne la prédestinait à une route méditerranéenne qui la conduisait de la Syrie au Maroc, en passant par la Tunisie. Elle découvre Djerba et tombe amoureuse, au point d'acheter une petite maison qu'elle retapera pendant une douzaine d'années avant de prendre sa retraite. "Aujourd'hui, je partage ma vie entre la Bretagne et Djerba. Pour vivre sur une île, il faut aimer la nature, la mer et s'ouvrir aux autres."

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Pascal, qui a mis ses bagages à Maurice, n'aurait pas mieux dit: "Les gens sont extrêmement sympathiques et sympathiques. Nous ne nous sentions pas comme ça en France." Dans la liste des destinations, l& # 39;L'île de l'océan Indien est un peu une exception, ne serait-ce que pour son éloignement de la métropole et les nombreuses contraintes que le pays impose aux nouveaux arrivants. Une île volcanique comme la Réunion – dont elle n'est séparée que de 172 km – Maurice offre un cadre exceptionnel de plages, de montagnes et un mélange de cultures d'Afrique et d'Asie qui attire de plus en plus. En 2018, plus de 2 600 retraités français ont choisi de s'y installer définitivement.

À l'origine, Pascal rêvait de retourner dans son pays natal, la Martinique. "Mais la vie coûte beaucoup trop cher. Des amis mauriciens m'ont convaincu. Nous n'avons pas une très grande retraite, et à la même dépense qu'en région parisienne, nous avons une qualité de vie nettement supérieure." Si la greffe ne prend pas, Pascal a promis de se défaire pour retourner en France. Aventurier jusqu'au bout.

* Les prénoms ont été changés.

Sandrine Berthaud-Clair

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