Au Soudan, la révolution au bord du gouffre

| |

Le pire a été évité au Soudan, mais jusqu’à quand ? Des dizaines de milliers de partisans de la restauration d’un vrai pouvoir civil, incarné par le Premier ministre Abdallah Hamdok, ont défilé ce jeudi 21 octobre dans la capitale Khartoum. Ils ont évité de croiser le cortège, moins fourni, des manifestants pro-armée, dont le héros est le général Abdel Fatah al-Buhrane. Ces derniers, souvent venus de la campagne, ont entamé depuis six jours un sit-in et réclament, eux, la démission d’Hamdok jugé incapable de juguler la crise économique.

Aux Burhane, quitte le pouvoir ! ou Pas de retour en arrière pour les uns, ont répondu des portraits du Premier ministre Hamdok barrés d’une croix rouge, pour les autres.

Les appels des responsables des deux camps ont sans doute évité la confrontation. En revanche, la rupture semble consommée entre militaires et civils au sein du Conseil de souveraineté. Cet étrange attelage avait été mis en place en août 2019 après la chute du dictateur Omar al-Béchir, au pouvoir depuis trente ans, chassé à la fois par une immense mobilisation populaire et le lâchage de ses « amis » de la haute hiérarchie militaire.

Un difficile partage de pouvoir

Depuis, le général Buhrane préside le Conseil de souveraineté, en charge notamment de la sécurité et de la diplomatie, tandis que le Premier ministre Hamdok, ancien économiste à l’Onu, gère les affaires courantes. Au départ bien réglé, ce partage du pouvoir, « transitoire », s’est peu à peu détraqué à mesure qu’on approche de juillet 2022, date à laquelle la présidence du Conseil de souveraineté doit revenir à un civil.

Lire aussi  Coronavirus. Fermeture des centres commerciaux : le flou, puis la déconvenue

Ce transfert du pouvoir inquiète les généraux à plus d’un titre. Ils y voient une menace pour la mainmise qu’ils maintiennent sur de nombreux pans de l’économie soudanaise (agriculture, télécommunication, ressources minières…).

De nombreux Soudanais exigent aussi que l’armée soit purgée des officiers islamistes de l’ère Béchir, ou encore que les auteurs d’un massacre au cours de la révolution (200 morts en juin 2019) soient poursuivis, ce que le général Buhrane refuse au nom de la stabilité de l’institution.

Pire sans doute pour les militaires : une partie du camp civil envisage toujours d’extrader l’ex-dictateur Bechir à la Haye où la Cour pénale internationale l’accuse de crimes contre l’humanité. Or, un éventuel procès pourrait éclabousser des généraux encore en place, à commencer par l’éminence grise de Buhrane, le puissant général Dagalo, chef d’unités paramilitaires accusées d’exactions au Darfour dans les années 2000.

Les militaires prêts à une fuite en avant

Pour retarder la transition vers un pouvoir exclusivement civil, comme prévu par l’accord de juillet 2019, et se maintenir jusqu’à d’hypothétiques élections prévues en 2024, les militaires semblent prêts à une fuite en avant. Depuis plusieurs mois, Abdel Fatah al-Buhrane se pose en gardien de la révolution soudanaise menacée par l’incompétence du Premier ministre. Pour les manifestants qui soutiennent le gouvernement civil, l’armée instrumentalise la crise économique, notamment les blocages contre « la vie chère » dans l’est du pays, sur la Mer rouge, par où transite une majorité des produits vendus à Khartoum.

Même la tentative de coup d’État rapidement étouffée, menée par les officiers d’une division blindée, le 21 septembre, est devenue suspecte. Certains y voient un coup monté par Buhrane et Dagalo pour jouer encore une fois les sauveurs.

Lire aussi  JO 2021. À Tokyo, les Français aiment la jouer collectif . Sport

.

Previous

L’EPA renouvelle son engagement envers le sénateur Cramer à se rendre dans le Dakota du Nord et à travailler avec les États sur WOTUS et les infrastructures hydrauliques rurales

Gasunie met en garde contre les risques des milliards d’investissements dans l’hydrogène

Next

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.