Au fond de la vague, Marine Le Pen surfe sur "l'effet Salvini"

POLITIQUE – Pendant longtemps, la star du berger de l'extrême droite européenne était elle. Maintenant cloué au sol par les affaires et les graves problèmes financiers de son parti, Marine Le Pen se retrouve au bas de la vague et joue la survie du Rallye National dans ce retard.

"Nous risquons la mort" si la justice confirme le gel de l'aide publique du 26 septembre, a reconnu le président de l'ancien Front national, après la saisie de 2 millions d'euros d'aide publique en marge du conflit entre le mouvement et le Parlement européen . Montant des dommages estimés dans le cas des assistants parlementaires du FN, dans lesquels plus d'une dizaine d'actes d'accusation ont déjà été prononcés: 7 millions d'euros. Une somme qui finirait par ruiner un rassemblement national déjà lourdement endetté et contraint de fonctionner au ralenti.

Asphyxiée financièrement, peu audible politiquement, Marine Le Pen est obligée de faire un minimum de retour à Fréjus: pas d'école d'été mais un simple discours dimanche 16 septembre dans le Var. Et les membres qui veulent l'entendre devront payer leur voyage. Un régime avec du pain sec et de l'eau qui frappe tout le mouvement nationaliste qui s'accroche encore à des vents favorables venant de l'est.

Un quart des bureaux sont déjà fermés

Personne ne s'en cache: se battre pour la RN en ces temps de famine est un renoncement à soi-même. En attendant d'être fixé sur son sort judiciaire, la direction de la RN a interrompu la prise en charge d'un tiers du montant du loyer de la permanence, comme depuis 2012. En l'absence de liquidités, le secrétaire départemental (SD) ) du Loiret, Ludovic Marchetti, a renoncé à effectuer les travaux nécessaires dans sa permanence, devenir inutilisable.

À Cherbourg, Jean-Jacques Noël, chef de la chaîne nationale, a fermé son mandat ce mois-ci. Aleksandar Nikolic, qui dirige la fédération Eure-et-Loir, devra fermer les siens à la fin de l'année car il ne peut pas payer le loyer. Un quart des bureaux aurait fermé depuis la saisie, selon le chef des fédérations Jean-Lin Lacapelle.

Côté remorquage, ce n’est pas beaucoup mieux. "C'est le domaine de quelqu'un, certains d'entre eux impriment directement sur Internet, d'autres commandent de leur propre argent", explique Aleksandar Nikolic. "Là où nous avons imprimé 5000 dépliants, nous n'en tirons que 500. Nous sommes obligés de faire les choses à prix", démissionne Ludovic Marchetti alors qu'un plan social menace le siège de Nanterre.

"Le camp des futurs gagnants"

Paradoxalement, cette image catastrophique ne sape que partiellement le moral des dirigeants de l'ancien Front national. Car si l'horizon judiciaire semble très sombre, le contexte politique n'a jamais été aussi prometteur pour le nationaliste d'extrême droite. Ce contexte a un nom: c'est "l'effet Salvini".

L'arrivée au pouvoir du leader de la ligue italienne Europhobe et des anti-migrants galvanise l'électorat de Marine Le Pen et donne une raison d'espérer aux troupes déçues par les revers de 2017. D'autant que le ministre de l'intérieur transalpine une popularité insolente, est un allié historique du président de la RN. "Avant, Marine était présentée comme un exemple par nos amis italiens. Aujourd'hui, Salvini rend la pareille et renforce le moral des membres", affirme un permanent.

Cet "effet Salvini" est d'autant plus soutenu qu'il s'inscrit dans une vague nationaliste qui a déjà submergé une partie de l'Union européenne, à la suite du dirigeant hongrois Viktor Orban. "Prenez l'Autriche, la Suède, les progrès de l'AFD en Allemagne … Tout cela nourrit l'espoir d'être dans le camp des futurs lauréats", rassure Aleksandar Nikolic.

Marine Le Pen a compris et multiplie les références à ses voisins européens. Dans sa retraite (financée par un appel à dons), le député du Pas-de-Calais sourit à Matteo Salvini avec le slogan: "Partout en Europe, nos idées prennent le pouvoir".

Le rebond des européens

La niche Salvini semble d'autant plus prometteuse qu'Emmanuel Macron se prépare à une confrontation avec le camp nationaliste. Soucieux d'être le leader des libéraux pro-européens, le président de la République a choisi un adversaire, l'extrême droite. Un coup de pouce inattendu pour Marine Le Pen quelques mois avant les élections européennes où le rassemblement national jouera son rôle.

Après le triomphe des précédentes élections européennes, où le Front national en tête pourrait prétendre être le "premier parti en France", une nouvelle déception électorale serait meurtrière pour le président du mouvement.

Cependant, s'il est encore loin de son score de 2014 (24,8%), la liste du Rallye National est désormais la seule à pouvoir rivaliser avec la République en mars. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et Franceinfo publié jeudi, le LREM devancerait le RN avec 21,5% des voix contre 21%. Dans le même temps, les listes rivales de républicains, d’insubordés français ou de patriotes de Florian Philippot sont reléguées loin derrière.

Quel baume pour les activistes de droite qui voient dans ces chiffres l'échec de la concurrence féroce menée par Laurent Wauquiez sur les thèmes centraux de la RN (immigration, sécurité, identité).

En France comme ailleurs, "tous les voyants sont verts", explique Ludovic Marchetti, "et compte tenu de ce qui se passe en Europe, nous pouvons maintenant défendre l’idée de réformer l’UE de l’intérieur. Frexit. "

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