Allemagne: la ville de Chemnitz coupée en deux

Allemagne: la ville de Chemnitz coupée en deux

Huit jours après le meurtre d'un Allemand par un réfugié et après quatre manifestations organisées par l'extrême droite, les esprits restent aux prises.

Des bougies et des fleurs ont été placées sur le sol autour d'une croix de bois. C'est ici, à quelques mètres de l'imposant buste de Karl Marx, qu'un Allemand de 35 ans a été tué il y a une semaine. Le tribunal a décidé dans cette affaire un demandeur d'asile irakien et un Syrien.

Samedi 1er septembre dans l'après-midi, de nombreux passants viennent se rassembler sur place mais découvrent une atmosphère tendue et des débats animés. Un homme, proche du mouvement anti-Islam Pegida, accuse Angela Merkel et l'ouverture momentanée des frontières, il y a trois ans. "Ce meurtre est la conséquence de cette mauvaise décision! Et il n'est pas seul, il y a des dizaines de crimes!" Il lance

Theo, un jeune historien, ose la confrontation. "Je trouve effrayant que vous manipuliez le meurtre d'une personne à des fins politiques. Pourquoi ne vous assurez-vous pas lorsqu'un Allemand tue un autre Allemand?" demande-t-il en rassemblant des sifflets. Entre les deux hommes, le dialogue ne va pas plus loin, les positions sont trop exacerbées. Autour de la place, la police surveille, consciente de la tension dans la ville.

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Quatre manifestations d'extrême droite en une semaine

Une semaine après cet assassinat, Chemnitz et ses 250 000 habitants se sont divisés sur les causes et les leçons à tirer d'un tel événement. Une partie de la population appuie la déclaration de l'extrême droite qui a organisé quatre événements en une semaine.

Samedi, environ 4.500 personnes ont de nouveau participé à une marche silencieuse, à l'appel du parti Alternative pour l'Allemagne, l'AfD. Si aucun slogan n'était lancé lors de la procession, la politique de migration d'Angela Merkel a été directement remise en question par le biais de portraits de personnes tuées depuis 2015 par des réfugiés.

Dans la foule, la colère n'avait besoin que d'exploser. "Nous avons peur de sortir la nuit à cause de ces migrants qui traînent en ville, explique à La Croix une quarantaine qui est venue avec ses amies. Laissez-les rentrer à la maison! "

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La peur présente parmi les habitants mais aussi les migrants

À quelques centaines de mètres, séparés par un rideau de policiers, 3 500 personnes s'étaient rassemblées pour contrecarrer les idées de l'AfD. "Ce meurtre nous a tous choqués, Le juge Thomas Schuler, mais aujourd'hui, nous protestons contre son rétablissement politique. " Ce résident de Chemnitz, impliqué dans le travail avec les réfugiés, veut que les esprits se calment.

"En période de forte tension, aucune solution ne peut être trouvée", il dit. Sa femme propose des moyens de sortir de l'impasse. "Les habitants de Chemnitz ont eu peur, depuis 2015, que cela soit justifié ou non. L'Etat doit rétablir leur sentiment de sécurité. Nous devrions commencer par mettre plus de policiers dans les rues", Elle offre

Jürgen Renz, le dirigeant local du Parti social-démocrate, confirme l'urgence de réagir aux idées d'extrême droite. "Vous devez prendre cette hystérie au sérieux, pense-t-il? A Chemnitz, les statistiques officielles montrent une baisse de la criminalité mais une concentration de crimes violents et de crimes dans le centre-ville. Les gens le voient et ont peur. En octobre débutera la vidéosurveillance des lieux publics du centre-ville. Je ne sais pas si cela suffira. "

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Pour ce politicien dont le parti dirige la ville, il faut aussi "Relancer la démocratie". Le rapport est également tiré par le président de la région de Saxe, Michael Kretschmer, qui a annoncé une augmentation des budgets alloués aux initiatives contre l'extrême droite. Les syndicats d'enseignants exigent davantage de cours d'éducation civique dans les écoles.

Entre ces deux fronts, cependant, aucun rapprochement ne semblait possible samedi, comme les bataillons de police déployés dans la ville pour tenir les deux événements à distance. La situation inquiète Hasan, un Syrien arrivé à Chemnitz en 2015. "Nous avons eu peur pendant huit jours, il admet. Mais cela devrait se calmer dans les prochains jours. Du moins je l'espère. "

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Un week-end sous tension

Samedi 1 septembre soir, Dix-huit personnes ont été blessées en marge de nouvelles manifestations dans la ville allemande de Chemnitz, l'épicentre de la manifestation d'extrême droite contre les migrants.

Des affrontements avec la police ont eu lieu lors de la dispersion de deux assemblées de cortèges opposés totalisant plus de 11 000 personnes.

D'une part, environ 8 000 partisans de l'aile droite anti-migrants ont défilé. En revanche, 3 000 partisans de gauche ont organisé une contre-manifestation pour dénoncer l'extrême droite.

Le dimanche 2 septembre Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a appelé la population à se mobiliser pour défendre les valeurs démocratiques.

Lundi 3 septembre à Chemnitz, un concert de rock contre la xénophobie est prévu sous le slogan "Nous sommes plus nombreux".

Delphine Nerbollier, correspondante spéciale à Chemnitz (Allemagne)

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