A Sarcelles, Nacera Bouaza veut «réinventer le marché du logement social»

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Des formulaires administratifs en pagaille, un dossier monstre à monter, des listes d’attente de plusieurs milliers de noms qui s’allongent de mois en mois, des passages en commission autant attendus que redoutés… La demande d’un logement social ressemble, souvent, à un long chemin de croix. «Le traitement est totalement déshumanisé aujourd’hui, le système est grippé, juge Nacera Bouaza, cofondatrice de Vivre et Habiter. Il faut réinventer le marché du logement social!»

Depuis ses bureaux, situés à l’entrée du quartier du village, à Sarcelles (Val-d’Oise), la jeune entrepreneuse de 32 ans, essaye de donner, dit-elle, un «coup de pied dans la fourmilière». Après être passée au service urbanisme de la ville de Sarcelles, où elle a grandi, puis avoir géré les affaires foncières d’une grande entreprise publique, elle a décidé de monter sa boîte, «Vivre et Habiter», il y a tout juste un an et demi.

Pour ceux qui ne peuvent prétendre ni au logement social, ni au privé

Avec un objectif, précis, aller chercher les «invisibles», ceux qui ne sont ni éligibles au logement social, ni en mesure de se loger dans le parc privé. Sans être informés qu’ils peuvent bénéficier d’un logement intermédiaire. «Il y en a tellement! Ces jeunes avocats, les professions libérales ou les artisans qui n’ont pas le 1% patronal…, lance-t-elle. Tous ces gens sont sous les radars! Or, les bailleurs peinent parfois à louer leurs biens. Certains appartements restent plusieurs mois vacants!»

Nacera souhaite ainsi «fluidifier le marché» du logement social et intermédiaire, en ficelant les dossiers avant de les remettre, clés en main, aux bailleurs sociaux franciliens. A côté des mastodontes comme CDC Habitat, Action Logement ou Immobilière 3 F, la jeune société creuse son sillon, avec plus de 500 demandeurs de logement déjà pris en charge.

Un accompagnement de chacun des demandeurs

«Nous ne sommes pas en concurrence avec eux. Nous expérimentons des partenariats avec certains, ils ont compris l’intérêt de noter présence», souligne la fondatrice. Elle met en avant la «méthodologie» d’accompagnement des demandeurs qu’elle a mis en place. Plus humaine, juge-t-elle, que les procédures administratives développées aujourd’hui.

«Nous les recevons, pendant au moins une heure trente, en présence d’une assistante sociale ou un avocat, si besoin. Nous apprenons à les connaître. Dans les structures classiques, vous déposez un dossier et vous n’êtes plus qu’un numéro. Cela amène des erreurs dans l’attribution de logement, affirme-t-elle. Beaucoup de familles, après avoir obtenu un appartement, refont une demande quelques mois plus tard car cela ne leur convient pas …»

Quatre ans sans nouvelles des bailleurs sociaux…

Sans promettre à ses clients d’obtenir un logement social dans un temps record, au vu de la tension qui règne dans le marché, Nacera Bouaza estime que, travaillant «en profondeur» les dossiers, les chances d’obtenir un appartement sur-mesure rapidement s’accroissent. Cela a été le cas pour Marta, 28 ans, aujourd’hui installée dans un T3 neuf à Versailles (Yvelines).

Réceptionniste et mère d’un enfant, la jeune femme a déposé, dès 2015, un dossier à la mairie de Créteil (Val-de-Marne), pour obtenir un logement social avec son compagnon, manutentionnaire. «Je suis restée quatre ans sans nouvelle, souffle-t-elle. Et, en novembre 2019, la proposition que j’ai eue ne correspondait pas à mes critères…»

Désespérée, Marta se tourne alors vers «Vivre et Habiter», dont elle a eu connaissance «par le bouche-à-oreille». «Là, j’ai été reçue, j’ai pu expliquer ce que je voulais précisément. Vraiment, l’accueil était très encourageant, soutient-elle. Je n’ai pas juste déposé un dossier au guichet !» Au bout de dix jours, Nacera lui transmet une proposition de logement. Son dossier n’est pas retenu en commission.

La seconde proposition, trois mois plus tard, sera concluante. «Et même après, Nacera m’a appelé pour savoir si nous étions bien installés, si nous avions besoin de quelque chose… L’accompagnement se fait de A à Z, félicite Marta. Nous ne sommes pas lâchés en pleine nature. C’est rassurant !» C’est l’autre marque de fabrique de «Vivre et Habiter».

Une expertise financière pour devenir ensuite propriétaire

Outre la recherche et l’obtention d’un appartement, Nacera Bouaza poursuit le travail avec les locataires. «Tous les six mois, nous venons aux nouvelles. Par exemple, s’il y a besoin de travaux, nous les mettons en relation avec un réseau de sociétés ou d’associations de l’économie sociale et solidaire, pour que les frais soient moindres, explique-t-elle. Nous essayons de créer un cercle vertueux.»

Elles apportent, aussi, une expertise financière pour amener les locataires sociaux d’aujourd’hui, à devenir les propriétaires de demain. «Avoir un logement social, c’est aussi pour économiser de l’argent, j’essaye de le faire comprendre à mes adhérents, argue-t-elle. Mettez des sous de côté, achetez, et laissez la place à des personnes dans le besoin!» Pour, une nouvelle fois, fluidifier le marché… Et «faire bouger les lignes».

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