1938: Larbi Ben Barek, naissance d'une star du football

Chaque samedi, avec RetroNews, le site de presse de la BnF, revenons sur un épisode du sport français. Ce samedi, l'émergence de Larbi Ben Barek, footballeur entre deux pays: né au Maroc, il était une star de l'équipe française entre 1938 et 1954. A "Double appartenance" qui l'a poursuivi toute sa vie.

Une révélation. Dans son édition du 16 octobre 1938, Paris-Soir est ravi de la recrue Olympique de Marseille. "Ce Larbi de Ben Barek est une perle. Une perle noire … Originaire de Casablanca, il a un physique curieux de Sénégalais […]. Il est plein de talent et a une virtuosité sur le ballon qui l’a fait, dès ses débuts dans l’équipe de Marseille, une des grandes stars. "

"On parle beaucoup du footballeur Ben Barek de l’Olympique de Marseille. Il a été la star de presque tous les matchs de son club cette saison, trouve Excelsior du 11 novembre 1938. Et nous parlons de lui comme candidat probable pour l’équipe de France. Nous n'oublions donc qu'une chose, qui est importante: la nationalité de Ben Barek, qui est marocain. "

Nous sommes en 1938, le Maroc est une colonie française, mais quelle est la nationalité de ses ressortissants? La question se pose, surtout quand il s’agit d’athlètes susceptibles d’apporter leur talent à l’équipe de France, comme Ben Barek. A chaque fédération sa réponse, informe Excelsior : en boxe, les marocains restent marocains alors qu'en athlétisme, ils sont considérés comme français. Et dans le football, pourquoi ne pas répondre essentiellement à la fédération? "Pourquoi s'opposer à la sélection d'un protégé français?Notez que dans l'article de Paris-Soir, cité ci-dessus, nous avons appris que Ben Barek n'était pas inclus dans le quota de deux étrangers admis par équipe.

Quelques jours plus tard, le débat est décidé et le petit journal, dans son édition du 15 novembre, on apprend que l'entraîneur Gaston Barreau a retenu les Marseillais (il n'est mentionné nulle part qu'il est marocain). "Est-ce qu'il va s'entendre avec ses camarades, c'est le problème du jour?" se demande le journal.

Dès son premier entraînement avec l'équipe de France, le joueur a séduit. Ce soir voit en lui "Une nouvelle classe internationale" : "Ben Barek a fait la meilleure impression. C’est vraiment un footballeur qui donne l’impression de connaître son travail." Larbi ", présumé né en 1917, est un homme solide qui peut surprendre les nombreux partisans de l'équipe de France. "

Si Ben Barek ne permettait pas à la France de gagner pour sa première sélection (défaite à Naples en décembre 1938), il se distingue en répondant au public qui la chambre sous prétexte qu'il n'est pas français par une Marseillaise chantée à gorge ouverte. Cela ne tarde pas à devenir un élément essentiel de l'équipe de France. En témoigne l'avalanche de dithyrambes qui lui est tombé sur les épaules après une victoire facile des Bleus contre la Pologne en janvier 1939. Les journalistes de l'intransigeant sont tous des gadgets de la performance de "La mascotte noire". Tout comme les spectateurs de Colombes, qui, alors que les joueurs se précipitent dans le tunnel à la mi-temps, "Commence à l’air des lanternes:" Ben Barek, Ben Barek, Ben Barek. "" A l'extraordinaire footballeur noir va si spontanément, plein de gratitude, l'hommage de la foule parisienne. "

C'est ça. Après cette France-Pologne, Larbi Ben Barek connaît la consécration. Un statut qui lui a valu un portrait en Paris-Soir 25 janvier 1939. Et là, attention, tous les clichés convergent, qui disent comment l'ère a vu un sportif marocain: "Descendant des grands conquérants arabes", que sa mère la laisse enfin essayer à l'étranger. Son voyage en France est, bien sûr, "un enchantement pour nos marocains " ; à son arrivée à Marseille, il "Se pavane un peu sur le port avec ses belles couleurs rouges et ses couleurs vives djeballa (sic)"il ne joue pas pour de l'argent, même s'il reçoit de gros bonus, car pour lui "Les tickets sont de belles images qui vous permettent d’acquérir toutes sortes d’objets agréables". Mais au-delà de cette condescendance, nous trouvons que les règles du système d'étoile déjà travaillé en 1939. Il suffisait de cette rencontre contre la Pologne pour que Ben Barek change de statut: "Le lendemain du match. Glory se rend rapidement à Paris. Ben Barek a parlé pour la première fois de sa vie devant un micro et, le soir, le footballeur marocain est devenu membre du jury de la chanson française dans une grande musique parisienne salle.

Au-delà des clichés accumulés dans Paris-Soir, c'est dans le petit parisien du 7 février nous découvrons un épisode significatif (peut-être fondateur) dans la vie de Ben Barek. Il a eu lieu au début de sa carrière et a déclaré au journaliste Mario Brun, qui l'a transcrit comme suit: "Il a dû faire face à un adversaire qui ne savait pas perdre, pour qui tous les expédients étaient bons, qui ne connaissaient pas d'autre revanche que celle des voyous. Hors du stade, il a été provoqué, entraîné malgré lui dans un combat de rue par ce mauvais joueur, ce mouton noir du sport. En état de légitime défense, il a reçu un coup de poing qui a entraîné une chute malheureuse et la mort. "

Fin de l'histoire

Marocain ou français? Sportif Français, Larbi Ben Barek n'est pas administrativement, ce qui lui permettra d'échapper à la mobilisation de 1939. Pendant la guerre, il a retrouvé son club d'origine, le marocain américain. En 1945, il retourne en France, au Stade Français, dont le président veut monter une équipe de galactiques avant l'heure. Transféré à l'Atletico Madrid en 1948 pour un montant record à l'époque, il retourne à l'OM en 1953 où il termine sa carrière en 1955. S'il n'a posté que 17 sélections en équipe de France (pour trois buts), il reste le joueur qui a eu la plus longue carrière en bleu depuis quinze ans et dix mois, entre sa première sélection, le 4 décembre 1938 et la dernière, le 16 octobre 1954. Cette cape ultime, il le doit au public: nous sommes à l'automne de 1954, Ben Barek n'a pas joué avec l'équipe de France depuis 1948 lorsqu'il se produit au Parc des Princes pour un match amical France-Afrique du Nord … dans le maillot d'Afrique du Nord. Il brille tellement que les spectateurs prétendent, et obtenir le retour en équipe de la France de celui qui est néanmoins resté toute sa vie de nationalité marocaine.

Après une reconversion en tant qu'entraîneur, celle que Pelé a dite "Si je suis le roi du football, alors Ben Barek est le dieu" est décédé en septembre 1992 à Casablanca dans l'oubli le plus total.


Gilles Dhers

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